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Nous aspirons tous à grandir intérieurement. Et peut-être aspirons-nous tous à nous élever dans l’estime des autres. Au XIXᵉ siècle, par exemple, l’homme délaissa les voitures hippomobiles pour le train. Pour moudre son blé, il abandonna le moulin à vent au profit du moulin à vapeur. Et qui, parmi nous, souhaiterait rester sur le quai tandis que passe le train du progrès ?
En ces temps-là, l’un se glorifiait d’avoir inventé le moulin à vapeur, l’autre d’en avoir installé, un autre encore d’y faire moudre son blé et son orge. L’un se vantait d’avoir inventé le train, l’autre de le conduire, un autre d’y voyager. L’un d’avoir créé - produit - quelque chose ; l’autre de l’avoir utilisé - consommé. Ainsi va le monde : certains produisent, d’autres consomment, et tous cherchent à exister dans le regard d’autrui.
Il est presque impossible de parler sans céder, à un moment ou à un autre, à la tentation de se valoriser aux yeux d’autrui. Chacun de nous éprouve ce besoin profond de se sentir important, de ne pas valoir moins que les autres. Le désir de reconnaissance est inscrit au cœur même de l’être humain.
Vous marchez dans une rue animée, vous franchissez le seuil d’un hôtel, vous prenez place à la terrasse d’un café, et soudain les regards convergent vers vous. Ils vous suivent comme le serpent suit la flûte du charmeur. Vous êtes né(e) avec un visage harmonieux, et cette beauté vous accompagne fidèlement, captivant les cœurs sur votre passage. Ou peut-être avez-vous passé des heures au marché, cherchant, comparant, hésitant, jusqu’à trouver la robe ou le costume de vos rêves. Et votre joie naît dans le regard posé sur vous.
Plus votre beauté est éclatante et votre tenue remarquable, plus les regards se prolongent sur vous. Vous le savez. C’est pourquoi vous ne sortez presque jamais sans vous être contemplé(e) dans le miroir, comme pour vous assurer que l’image offerte au monde est digne d’admiration.
Mais quoi que vous fassiez, vous ne pouvez captiver les regards en permanence. Il arrive que vous soyez éclipsé(e) par les Riches et les Célèbres. Même les plus belles personnes tendent l’oreille au tintement des pièces - ou, en ces temps où les pièces se font rares, au simple mot « argent ». Rien d’étonnant, alors, si une belle jeune fille préfère un vieil homme fortuné à un jeune homme séduisant mais sans ressources.
La difficulté surgit lorsque nous n’avons rien dont nous puissions nous enorgueillir, tandis que ceux qui nous entourent ne cessent d’étaler leurs succès. Hélas, nous sommes quotidiennement exposés à cette mise en scène de la réussite. Même retiré(e) chez vous, loin des foules, votre télévision ou votre smartphone vous apportera la parade universelle de la vanité : vantardise des publicités, vantardise des feuilletons, vantardise des chansons, sans compter cette vantardise plus subtile, plus insidieuse, qui se dissimule sous mille formes.
Parfois, tous - jusqu’aux gouvernements et aux grandes entreprises - passent de l’orgueil à la supplique. On implore pendant la crise ; on parade dès qu’elle s’éloigne. La souffrance s’efface vite des mémoires.
Et moi-même, je ne fais pas exception.
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Si tous les hommes n’avaient nourri que de petits rêves, y aurait-il eu un Alexandre le Grand ? L’Empire romain aurait-il vu le jour ? Aurions-nous contemplé des merveilles telles que le Taj Mahal en Inde ou l’Alhambra en Espagne ? Serait-il possible de prendre son petit-déjeuner à Paris, son déjeuner à New York et son dîner dans le ciel, sur le chemin du retour vers Paris ? Existerait-il des villes comme New York, Tokyo ou Dubaï ? Y aurait-il eu des conquêtes spatiales, des découvertes, des sciences, des littératures, le moindre progrès ?
Nous sommes tous attirés par la vie en grand - plus forte, plus rapide, plus impressionnante. Le plus ironique, c’est que quoi que nous fassions, si brillants soyons-nous, il se trouve toujours quelqu’un un pas devant nous, possédant quelque chose d’un peu plus grand, d’un peu plus puissant, d’un peu plus rapide. Un véritable jeu du chat et de la souris.
Je me rends à la périphérie de la ville pour changer d’air et méditer un peu. J’avance encore et je découvre non seulement de vastes champs appartenant à de riches propriétaires, mais aussi des demeures d’une éclatante beauté. Chaque fois que je soupire en me disant : « Si seulement j’avais une maison pareille ! », une autre apparaît, plus belle encore, puis une autre, infiniment plus splendide. C’est comme un homme obsédé par la beauté cherchant une femme dans une grande ville : chaque nouvelle apparition efface la précédente.
Je poursuis mon chemin et j’arrive sur une route asphaltée. Je m’arrête un instant. Ce n’est pas une voiture, mais plusieurs que je verrais volontiers m’appartenir. Cette route me conduit, au-delà des grandes fermes, jusqu’à une usine avicole. Devrais-je aussi envier le propriétaire de cette usine ? Combien de personnes y travaillent ? Combien de familles vivent grâce à elle ? Combien de chômeurs seraient heureux d’y trouver un emploi, même saisonnier ? Combien de poulets et d’œufs y sont produits chaque jour ? Combien de mains les transporteront, les vendront, les distribueront avant qu’ils n’atterrissent sur ma table ? Combien d’autres les consommeront ?
Ce « pauvre » fermier, ce « pauvre » propriétaire d’usine, et tous ceux qui travaillent pour eux… sont, en un sens, à mon service. Ils me servent. Je ne peux même pas compter le nombre de personnes qui me servent chaque jour. Les vêtements que je porte - qui les a confectionnés pour moi ? Je ne les ai pas cousus moi-même. La montre à mon poignet, mon téléphone portable… Ne suis-je pas, d’une certaine manière, un roi ?
Et qui m’a dit, d’ailleurs, que le fermier est heureux ? Tout sourire n’est pas signe de bonheur. Même un comédien insouciant, qui fait rire des millions de personnes, peut un jour mettre fin à ses jours, à la stupeur générale.
Je regarde ces femmes et ces enfants assis à même le sol, attendant la fin de la récolte des pommes de terre. Pour tromper l’ennui, certaines bavardent et plaisantent. D’autres restent silencieuses, observant les ouvriers saisonniers - hommes et femmes, pauvres comme elles, parfois plus encore - arracher les pommes de terre tandis que d’autres les rangent dans des caisses de bois ou de plastique. D’autres encore portent ces caisses sur leurs épaules jusqu’aux camions stationnés à l’extérieur du champ.
Près des camions, quelques voitures et quelques hommes. Une voiture et un homme attirent particulièrement l’attention. Nul besoin de demander : on devine que cet homme est le fermier. La voiture remarquable est la sienne.
Cet homme est la vedette du jour. J’imagine aisément que certains hommes aimeraient être à sa place, posséder ce qu’il possède. Les femmes n’hésiteraient guère à l’épouser ou à l’accueillir comme gendre. Il a un champ immense qui vaut une fortune, une voiture splendide, des vêtements élégants, des lunettes raffinées, et tous s’adressent à lui avec respect, l’appelant « Hajj ». Peut-être possède-t-il d’autres biens ailleurs. Son épouse est peut-être en train de faire des achats dans un centre commercial, ou de jouer au golf, ou encore de profiter d’un sauna dans un hôtel cinq étoiles. Ses enfants, s’il en a, fréquentent sans doute des écoles prestigieuses… Comme ils doivent être chanceux !
Pourtant, je m'arrête pour réfléchir. Prenons la terre : il lui faut des bras pour la préparer ; d'autres peut-être, hommes et femmes, pour semer, et ainsi de suite. Le cultivateur a sans doute besoin d'un ingénieur ou de techniciens spécialisés. Il a certainement besoin de gens pour transporter ceci ou cela, etc., etc. Le jour de la moisson, il y a plus de travail pour plus de monde. Quand la récolte est finie, ces pauvres femmes et ces enfants assis là, qui attendent patiemment, seront autorisés à entrer dans le champ pour glaner les pommes de terre oubliées… Les "bonnes" pommes de terre, elles, seront transportées et livrées aux marchés, aux supermarchés et aux petites épiceries. Une partie sera exportée ou transformée, etc., etc. Je me dis : Tu vois ? Le fermier ne mangera pas toutes ses pommes de terre ! Ce sont des gens comme moi qui les mangeront. Les enfants (et les maris) de ces pauvres femmes seront heureux de manger ces "mauvaises" pommes de terre. Et qui sait ? Il se peut que certains de ces enfants de pauvres deviennent un jour, peut-être moins riches, mais bien meilleurs, d'une manière ou d'une autre, que les enfants de la Star du Jour. Puis, une partie de l'argent que cet homme gagnera grâce à ses pommes de terre ira dans les poches d'autres gens : hôtels, restaurants, écoles, hôpitaux, etc. Je ne peux même pas compter combien de personnes bénéficieront, d'une façon ou d'une autre, des pommes de terre de ce cultivateur. Je ne peux pas compter, par exemple, combien de gosses seront heureux de manger les chips faites avec ces pommes de terre. Sans parler de cet "autre chanceux", le propriétaire de l'usine de chips et ses employés…
Me voilà donc, entre deux immenses champs de pommes de terre, pour méditer sur tout cela. Je pense aux saisonniers qui ont été heureux de trouver du travail dans ces champs. Ces ouvriers, qui ont leur propre famille, ont été payés – quelle qu'ait été la paie.
Cette petite méditation fortuite m'amène à me poser des questions : est-ce que je veux réussir à tout prix, ou être heureux ? Ce n'est pas la même chose, je suppose. Je sais que beaucoup de gens qui ont réussi sont tout sauf heureux, et que beaucoup de gens heureux n'ont pas particulièrement réussi. Alors, qu'est-ce que je veux ? Être à la fois heureux et avoir du succès ? D'accord, mais qu'est-ce qui doit passer en premier : le succès ou le bonheur ?
Il y a une limite à ce que les gens peuvent supporter, quel que soit le (haut) degré de leur foi et le (remarquable) niveau de leur sincérité. Même les prophètes ont connu des moments de faiblesse face à la société, car tout homme aime être apprécié en société. Nul n'aime que l'on dise du mal de lui, moi le premier.
Mais comment faire, comment faire pour me tenir coude à coude avec les autres quand je ne trouve même pas les mots pour expliquer ma situation sans leur mentir ? Comment persévérer ? Comment puis-je être un homme ambitieux quand je vois que des gens moins qualifiés que moi s'en sortent infiniment mieux ? Que me reste-t-il à rêver à mon âge ?
Imaginons maintenant que je décroche un bon emploi après une longue période de chômage. La première chose à laquelle je penserais serait probablement de m'en vanter. J'aimerais que les autres sachent ce que je vaux. Et quand les choses vont mal, que faire ? Je pourrais essayer de me cacher. Mais combien de temps pourrai-je me cacher ? Les gens finiront par savoir que je suis sans travail, que je souffre. Les gens finiront par me montrer leur vrai visage. Ils me montreront ce que je vaux à leurs yeux. Je me sentirais petit, indigne. Je réaliserais que je vaux ce que j'ai, ce que je possède. Je verrais comment les gens que je croyais bons amis réagiraient à ma misère. Je verrais comment les membres de ma propre famille réagiraient à mon chômage interminable. Je verrais comment les gens m'abandonneraient quand j'aurais le plus besoin d'eux. Mais comment me sentirais-je quand j'aurai de nouveau l'argent pour acheter ce que je ne pouvais pas acheter l'année d'avant, ou pour aller dans ces endroits où je n'osais pas montrer mon visage il y a six mois ? C'est la réponse du berger à la bergère, n'est-ce pas ?
Quand je sors dans la rue avec une veste propre et un pantalon propre, qui saura qu'il n'y a pas d'argent dans mes poches ? Parce que je ne mendie pas, les gens penseront que je subviens à mes besoins. Personne ne viendra donc m'aider, même si je suis croulant sous les dettes et que je n'ai probablement pas de quoi manger pour la journée. Je déambule dans la rue comme une personne normale – comme si j'étais riche. Peut-être suis-je riche de cœur. C'est-à-dire que je ne suis pas impressionné par ce que les autres ont. Je me fiche de qui possède quoi. Je ne m'émerveille pas des accomplissements d'autrui. Je respecte tout le monde. Je souhaite du bien à tout le monde. Mais – après tout – moi aussi je souhaite être une personne normale, "comme tout le monde" ! Si les autres sont pressés de tout obtenir en ce bas monde ; s'ils veulent obtenir telle chose à 20 ans, telle autre à 30 ans, encore une à 40 ans, une autre à 50 ans… Moi, j'espère juste obtenir quelque chose avant de mourir ! Et je ferai tout mon possible pour y parvenir, comme si j'allais vivre éternellement.
Maintenant, si j'en avais les moyens, penserais-je à tous ceux qui diraient la même chose, qui éprouveraient les mêmes émotions, qui seraient peut-être dans la même situation et dont je ne soupçonne probablement pas l'existence parce qu'ils ont l'air bien comme il faut quand ils sortent dans la rue ? Peut-être que beaucoup de ces gens se sont retrouvés dans le besoin des choses les plus élémentaires. Peut-être ont-ils tout tenté pour obtenir ces choses essentielles – en vain. Et peut-être se sont-ils finalement convaincus que leur personnalité, leur intelligence, leur talent ou leurs capacités physiques n'étaient pas en cause pour trouver du travail, par exemple, et donc pouvoir acquérir ce dont ils avaient besoin. Peut-être s'en prennent-ils au Destin. Je ne sais pas.
C'est à moi de voir la beauté chez les humains, chez les oiseaux, dans les ruisseaux, chez les animaux, dans le ciel étoilé, dans la mer, dans la poésie, dans la musique, dans les arts, dans les vêtements des gens, dans leurs différences : physiques, culturelles, civilisationnelles et autres. C'est à moi d'apprécier cette chance qui m'a été donnée de ressentir et de percevoir la beauté de ce monde sous toutes ses formes.
Aussi difficile et courte soit-elle, la vie est bien plus belle qu'elle n'en a parfois l'air. Si elle est courte et difficile, c'est certainement pour une raison.
Quand nous sommes jeunes, nous pensons souvent à la belle vie. Mais même quand on l'obtient, la vie ne se résume pas au salaire et à la voiture de fonction. On pourrait bien se retrouver face à une vie insipide, d'un monotone absolu, dénuée de sens. On pourrait se trouver dans une situation très agréable, mais dans une ville pleine de pollution, de déchets, de criminalité, etc. Alors, dirions-nous que la vie n'est pas belle ? La vie se ressent, elle ne se vit pas. Que vous mangiez du poisson ou de la viande, des pommes de terre ou du caviar, cela revient au même. Vous n'avez plus faim. Que vous vous sentiez heureux ou non, voilà la question !
Maintenant, si je veux m'interroger par rapport aux réalités existentielles plutôt que sur mes seuls soucis quotidiens, dois-je me contenter de ne m'inspirer que des oiseaux sans voir le magnifique plumage de ces oiseaux ou leur incroyable migration ? Dois-je me contenter de distinguer les couleurs et les formes et de connaître leurs noms sans réfléchir à l'origine de toutes ces couleurs et ces formes ? Qui les a créées ? Et pourquoi ?
J'ai fini par croire que nous sommes tous humains. Mais c'est plus qu'une simple croyance. C'est une réalité. Nous sommes tous fragiles. Nous avons les mêmes peurs, les mêmes aspirations. Tous mangent des légumes et des fruits, du pain et du fromage – s'ils en ont les moyens. Tous veulent grandir, travailler, se marier. Tous auront – plus ou moins – les mêmes problèmes et les mêmes plaisirs. Nous avons tous besoin d'eau et d'oxygène. La même eau de la Seine ou du Nil est bue par les plantes, les animaux, les Blancs, les Noirs, les Chrétiens, les Juifs, les Musulmans, les athées… Pourvu qu'il y ait de l'eau pour tous ! Parfois, il n'y en a pas, ou pas assez. Des gens meurent de faim ou de soif. D'autres migrent pour fuir la famine. Qui parlerait de beauté à ces gens-là ? Mais que faisons-nous quand il pleut, quand nous avons la brise et les coquelicots, quand nous avons le beurre et le miel ? Que faisons-nous quand la vie est douce et facile ? Eh bien, nous nous moquons du destin !
Je constate que nos yeux n'ont pas toujours la même couleur. Même les yeux de même couleur ne sont pas identiques. Chacun est un être distinct, quelles que soient ses croyances. Chacun a ses propres empreintes digitales et son propre iris, et ce n'est pas parce qu'il est Chrétien, Musulman ou Bouddhiste. Chacun a sa propre voix, son propre cœur, son propre cerveau, sa propre vie. Qui a conçu tout cela ?
Nous pourrions tous dire que le monde serait meilleur sans pauvres ni mendiants, sans veuves ni orphelins, sans guerres ni famines. Mais, je me demande, quel serait notre mérite, à nous humains, si nous ne montrions pas notre humanité au moment des tremblements de terre, des sécheresses, des inondations, des éruptions volcaniques, des crises économiques, etc. ?
Et c'est pourtant le cas, heureusement. Dans les pires adversités, je vois une incroyable entraide, une solidarité, une compassion… Oui, je vois aussi des voleurs et des pilleurs. En temps de guerre, je vois ceux qui massacrent des innocents, qui détruisent tout sur leur passage, et, en même temps, je vois des gens qui prennent des risques incroyables pour sauver des vies. Pourquoi ne verrais-je pas alors, dans ces événements comme dans mes problèmes personnels, une sorte d'alerte, un rappel que j'ai peut-être trop oublié que je ne fais que passer sur cette terre et qu'il est grand temps que je me prépare à une vie éternelle après la mort ?
C'est l'homme qui a osé tuer des humains. Un homme a tué son frère par jalousie. Cette même jalousie fait toujours la guerre et met sur les routes des millions de réfugiés. Ce n'est aucune divinité qui brûle des centaines de tonnes de blé ou les jette à la mer pour faire monter les prix. Ce n'est aucune divinité qui a imposé à quiconque l'option nucléaire ou permis à quiconque d'exploiter les gens. L'air est gratuit pour tous. Le soleil est gratuit pour tous. La vie est gratuite pour tous. Néanmoins, je dois toujours laisser une place à l'imprévu ; je dois toujours m'attendre à une catastrophe climatique ou à une grave crise économique ou sociale. Pessimisme ou réalisme, ça ne change rien. Un bon gardien de but, vous savez, si on parle de football, doit toujours être sur le qui-vive, même contre la plus petite équipe du monde !
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Comme tout le monde, je vois le prestige qui entoure certaines personnes ; je vois comment vivent les « chanceux » ; je vois l’écart grandissant entre les pauvres et les riches… Je me dis alors : il y eut, avant nous, dans l’Antiquité comme dans des temps plus récents, des hommes et des femmes entourés du même éclat. Il y eut de beaux hommes et de belles femmes qui eurent des enfants, habitèrent de splendides demeures, travaillèrent - pour certains -, écoutèrent de la musique, se promenèrent dans des jardins magnifiques, échangèrent des paroles tendres, s’aimèrent, rêvèrent de jours meilleurs, tombèrent malades, divorcèrent, firent la guerre, se blessèrent, s’entretuèrent… et moururent. Des êtres semblables à nous, quoi. N’est-ce donc qu’une perpétuation de l’espèce humaine ? Où allons-nous ? L’homme connaîtra-t-il toujours les mêmes plaisirs et les mêmes frustrations ? Pourquoi sommes-nous sur cette terre ? Viendra-t-il un jour où le malheur disparaîtra pour toujours ? Que vaut la vie si l’on ne la vit pas pleinement, dans la joie et la sérénité ? Et à quoi bon ressasser les questions ? À quoi sert l’Histoire ? À quoi servent la philosophie, la littérature… si des historiens eux-mêmes, des philosophes, des écrivains - hommes et femmes - en viennent parfois à mettre fin à leurs jours pour échapper à leurs terribles réalités ? Je n’ai pas de réponse à tout cela. Pourtant, je constate qu’il existe beaucoup de personnes qui ne se suicident pas. Elles affrontent la vie avec les moyens dont elles disposent. Cela signifie qu’au moins pour elles, la vie mérite d’être vécue. Mais alors, la vie vaut-elle vraiment la peine d’être vécue - quels que soient nos chagrins ?
Lorsque je lis des ouvrages d’Histoire, des récits anciens ou des poèmes, je remarque aisément que les êtres humains ont toujours compté davantage que leurs demeures, leurs montures, leur argent ou tout ce qu’ils pouvaient posséder. L’homme a toujours craint la maladie, la mort, la pauvreté. Il a toujours eu besoin d’être rassuré, protégé, en sécurité. Après les guerres, il a conclu la paix ; il a institué des tribunaux pour rendre la justice ; il a bâti des écoles pour instruire les générations futures ; il a fondé des villes et des villages afin que les hommes se sentent proches les uns des autres, tissent des liens, échangent des services, créent des relations - même lorsque celles-ci ne sont pas parfaites entre voisins ou entre clans.
Certes, l’homme souffre parfois du froid ou de la chaleur, de la faim ou de la soif, de la fatigue, de la peur, de la perte d’êtres chers… Mais il connaît aussi le plaisir de manger après la faim, de boire après la soif, de se reposer après l’effort, d’aimer et d’être aimé.
Autrefois, les gens portaient le savoir – dans leur tête – de leurs anciens, puis le transmettaient aux générations suivantes. Chaque époque voyait s'élever de nouveaux palais, des écoles, des routes, des jardins, des usines, etc. La connaissance que l'homme avait du monde s'élargissait. Et chaque fois, un nouveau royaume émergeait, bon ou mauvais. La question est : pourquoi ces royaumes "bons" n'ont-ils pas duré éternellement ? Pourquoi y a-t-il eu aussi des royaumes "mauvais" ? Voilà une question épineuse.
Bon nombre des objets que nous utilisons aujourd'hui ont été inventés par différents peuples, en différents lieux, à différentes époques. Le bronze, par exemple, fut inventé par les Chinois, le verre par les Mésopotamiens, le papier par les Égyptiens, l'alphabet par les Phéniciens, et ainsi de suite. Chaque peuple apprenait des autres et faisait ses propres inventions, élargissant ainsi la connaissance du monde. Ce savoir se diffusait par le commerce et la conquête. Les conquérants héritaient du savoir du peuple vaincu et le rapportaient chez eux ou le propageaient ailleurs. En même temps, les conquérants apportaient leur propre mode de vie, leurs pensées, leurs arts et leur religion.
L'interaction entre tant de puissances, tant de civilisations et tant de modes de vie a rendu nécessaire pour chaque peuple de défendre sa propre existence. Chaque peuple devait défendre tout ce qui était en jeu pour lui. Cela incluait sa culture. Ainsi, ceux qui croyaient en une divinité, quelle qu'elle fût, devaient défendre leur propre foi en utilisant tous les outils disponibles, y compris ceux qui avaient été inventés ou développés par des nations qui ne partageaient pas nécessairement leur foi. Ces outils pouvaient inclure l'alphabet des Phéniciens et la logique des Grecs. Ainsi, toutes les nations (je veux dire, bonnes ou mauvaises) étaient tout sauf "redondantes". Elles étaient aussi utiles les unes aux autres.
Les Arabes empruntèrent aux Grecs, aux Perses et à d'autres nations un savoir ancien et endormi, le mirent à jour, l'enrichirent, puis le répandirent dans toutes les directions. Bagdad émergea comme la capitale mondiale de la science. Et à l'ouest, il y avait Cordoue, en Espagne, où la science arabe fut transmise à l'Europe par le biais des traductions. Averroès parlait de Dieu aux musulmans et aux Européens non musulmans en utilisant la logique d'Aristote.
Bagdad fut détruite, mais le savoir islamique survécut. Il survécut parce qu'il n'était pas seulement dans les livres que les Mongols jetèrent dans le Tigre, mais aussi dans les cœurs et les esprits des gens. Comme la destruction de la Bibliothèque d'Alexandrie dans l'Antiquité, la perte des bibliothèques de Bagdad aurait pu être une tragédie bien plus effroyable s'il n'y avait pas eu ce que j'ai appelé les interactions. Marrakech, qui fut construite et érigée en capitale par la dynastie almoravide du Maroc, fut délibérément et complètement détruite par leurs successeurs almohades. Ces derniers reconstruisirent toute la ville de la manière la plus magnifique qui soit, car ils avaient déjà "reçu" le savoir nécessaire de leurs prédécesseurs.
L'année de mon baccalauréat, je fus chargé de faire un exposé en arabe sur Mahmoud Sami Al-Baroudi, un éminent poète égyptien d'origine turque. Certains de mes camarades étaient des lecteurs voraces qui avaient lu presque tout, surtout en philosophie et en littérature. Je savais que j'aurais du mal une fois qu'ils commenceraient à me poser des questions, quelle que soit la qualité de mon exposé. Leurs questions furent en effet très difficiles et je fus embarrassé, mais j'avais un atout dans ma manche. Quand je me sentis acculé, je proposai de lire des extraits de la poésie d'Al-Baroudi. Je lus un de ses poèmes d'amour et des applaudissements nourris retentirent dans la classe ! Même ces forts en gueule, que les réponses de personne n'avaient jamais convaincus, furent ensorcelés par la beauté du poème d'Al-Baroudi. Al-Baroudi était un soldat qui aimait la langue arabe. Il lui donna son cœur et elle lui donna la renommée et la gloire. (Il devint plus tard Premier ministre d'Égypte.) Son époque marqua le début de la Renaissance arabe. Cette renaissance arabe commença avec la poésie arabe. Ahmad Shawqi, surnommé le "Prince des poètes", était lui aussi un Égyptien d'origine turque. Ses poèmes, chantés par Oum Kalthoum, "unissaient" les âmes de tant d'Arabes et de musulmans à travers le monde. Ces "nouveaux Arabes" prirent conscience de l'importance de l'arabe classique, même à leur époque. Le Caire, Beyrouth et Bagdad ravivèrent cette belle langue arabe. Étudiant, j'entendais souvent le dicton : "Le Caire écrit, Beyrouth imprime et Bagdad lit" ! Il y avait des lecteurs, des écrivains et des journaux arabes jusque dans les Amériques ! Des écrivains arabes chrétiens, comme Jubran Khalil Jubran, Elia Abu Madi et Mikha'il Na'ima, qui vivaient aux États-Unis, enrichirent encore davantage la littérature arabe par leur poésie et leur prose en arabe. Tant de vieux livres arabes et islamiques furent arrachés à l'oubli (par des Arabes et des orientalistes) et imprimés pour la première fois. Le Caire devint la Mecque des écrivains et traducteurs de langue arabe.
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Le jeu des reproches fait partie de la nature humaine. Nous avons tous tendance à accuser les autres de nos malheurs. Et lorsqu’aucune personne précise ne peut être désignée, nous accusons la malchance. Mais essayons un instant d’être objectifs. Le gouvernement le mieux intentionné et le plus compétent ne peut garantir un emploi à tous. L’entreprise la plus patriotique et la plus compatissante ne peut assurer une croissance durable et continue. Il y aura toujours une minorité de « malchanceux ». Même des personnes hautement qualifiées - médecins, ingénieurs, cadres supérieurs - peuvent, dans bien des pays, être surprises de ne pas trouver un emploi à la hauteur de leurs compétences.
Certains salariés négocient leur salaire. Les diplômés des universités prestigieuses obtiennent souvent les meilleures rémunérations. D’autres changent d’emploi pour de meilleures conditions ou un meilleur traitement. Les moins qualifiés se regroupent en syndicats pour revendiquer des augmentations ou défendre leurs droits. Mais est-ce là toute l’histoire ?
Il est intéressant de constater que certains choisissent volontairement de « ralentir ». Ils quittent des postes bien rémunérés pour occuper des fonctions moins exigeantes. La raison invoquée est le stress. Ils préfèrent sacrifier une partie de leurs revenus afin de préserver leur équilibre intérieur.
Il existe encore une autre catégorie : ceux qui ne « travaillent » pas réellement et perçoivent pourtant un salaire. Ils se rendent sur leur lieu de travail, pointent, puis restent assis tandis que d’autres peinent de longues heures pour obtenir la même paie à la fin du mois. Paradoxalement, ceux qui travaillent effectivement semblent plus heureux que ceux qui ne font rien. Ces derniers ne sont pas heureux du tout, car leurs collègues qui travaillent se moquent constamment d’eux, en disant des choses comme : « Bande d’inutiles, nous travaillons pour vous nourrir. Vous volez notre argent… »
Beaucoup de ceux qui travaillent avant même de toucher leur salaire ne sont pas heureux non plus. Les raisons peuvent être le stress, le harcèlement, les brimades ou toute autre forme d’injustice. L’employeur peut être juste et équitable, mais manquer de considération. Il peut ne pas se soucier de vos problèmes personnels ou familiaux. Vos problèmes sont vos problèmes ; ils ne doivent pas affecter votre travail.
D’autres travailleurs prennent les choses avec résignation et protestent rarement, voire jamais. Certains ne prennent presque jamais de vacances. Certains travaillent dans des mines dangereuses ou dans l’industrie sidérurgique, où le feu est un spectacle quotidien. D’autres travaillent dans les champs, sous un soleil brûlant. D’autres encore travaillent loin de chez eux, laissant derrière eux leur conjoint, leurs enfants et leurs proches. Certains sont migrants, d’autres sont dans l’armée ou marins en haute mer. Ils font tout cela avec le moins de plaintes possible, car ils ne peuvent être payés s’ils ne travaillent pas.
Le travail est bien préférable au chômage. Un travailleur peut se permettre des choses qu’un chômeur ne peut pas. La différence est immense lorsque vous ne pouvez pas emprunter de l’argent pour faire face à un besoin urgent parce que vous ne pouvez pas garantir le remboursement, alors qu’un travailleur ayant un revenu stable le peut. Pire encore, il est extrêmement douloureux de se voir au chômage à quarante ans ou plus, alors que des amis et des proches plus jeunes sont déjà à l’aise financièrement.
Mais une fois que vous obtenez un emploi, vous devenez comme les autres travailleurs. Vous commencez, vous aussi, à souffrir de problèmes nouveaux ou anciens. Vous commencez à penser aux vacances, entre autres choses.
Les vacances sont, pour beaucoup, l’occasion de se reposer et de se divertir. À peine certaines personnes sont-elles revenues de leurs congés annuels qu’elles commencent à préparer les suivants, qui, évidemment, ne viendront pas avant onze longs mois. Une des raisons peut être qu’elles aiment se vanter de leurs vacances. Une autre peut être qu’elles se lassent tout simplement du travail entre quatre murs.
Ce qui m’a toujours frappé comme étrange, c’est que la plupart de ceux qui remplissent les autocars de tourisme dans mon pays sont des personnes âgées. Loin de moi l’idée de suggérer que les seniors devraient rester chez eux pour aider leurs petits-enfants à faire leurs devoirs. Mais cela me pousse à me demander si un grand nombre de personnes n’attendent pas en réalité avec impatience la vieillesse et la retraite. Ne serait-ce pas, pour elles, le moment de rattraper le « temps perdu » passé « entre quatre murs » ?
Pourquoi donc attendre si longtemps ? Après tout, le travail n’est pas une malédiction. En effet, le travail est souvent quelque chose de merveilleux. Pourtant, la rémunération qu’un employeur verse à un employé n’est qu’une compensation nominale - disons morale - de l’effort fourni. Cette rémunération ne peut en aucun cas compenser tout l’effort investi dans le travail. Chaque effort physique, mental ou psychologique que vous faites pour accomplir la tâche attendue par votre employeur aura certainement, à un moment donné, des répercussions (négatives) sur votre corps ou sur votre psychisme plus tard dans la vie. Aucun argent ni privilège obtenu en échange de votre travail ne remplacera une partie de votre corps une fois endommagée. L’argent ne peut remplacer un nerf perdu ni un poumon abîmé.
Le tabagisme, l’obésité et l’hypertension artérielle font partie des problèmes liés au travail. Si vous y ajoutez, par exemple, le harcèlement ou les brimades, à quoi ressemblera votre vie ? Comment vous comporterez-vous envers votre famille ? Est-il normal de crier sur votre conjoint aimant à la maison et de sourire à votre supérieur qui vous maltraite au travail ? Comment supporter le poids des formalités et de l’étiquette si votre enfant souffre à l’hôpital ?
Les choses empirent lorsque votre emploi n’est pas stable. Tant que votre travail est précaire, l’angoisse ne vous quitte guère. Si vous ne pouvez pas cotiser pour votre retraite plus tard, que faites-vous ?
Vos enfants aussi souffriront si vous perdez votre emploi. Ils éviteront leurs amis proches parce qu’ils ne pourront plus payer les mêmes petites choses, ne serait-ce qu’une friandise. Que faites-vous alors ? Attendrez-vous les prochaines élections pour voter pour le parti qui promet davantage d’emplois ?
Même si vous obtenez un emploi après des années d’attente, cela n’effacera pas les effets de votre chômage. La peur de perdre votre travail restera en vous. Cette peur affectera votre santé à un moment donné plus tard dans la vie.
Presque tous les travailleurs perdent quelque chose en travaillant. Le paysan qui travaille dans les champs sous un soleil brûlant devra un jour faire face à de violents maux de tête. La crainte constante d’une mauvaise récolte viendra aggraver ses problèmes. Il en va de même pour tant d’autres travailleurs.
Alors, si tel est le travail, comment pourrait-il être « quelque chose de merveilleux », dira-t-on ?
On pourrait imaginer que certains « travailleurs » n’ont rien à craindre. On pourrait penser qu’un artiste, par exemple, est quelqu’un de libre, qui travaille à son rythme et mène une vie professionnelle réussie et agréable. Mais les artistes aussi souffrent. Un artiste peut devoir pleurer des jours et des nuits, peut-être des années, avant de vous faire sourire quelques secondes. Lui aussi connaît le stress et l’angoisse. Lui aussi a besoin d’argent et de stabilité. Lui aussi a des relations sociales. Lui aussi craint la pauvreté, s’il n’est pas déjà pauvre. (Rien de nouveau à cela.) Pourtant, de nombreux artistes se considèrent heureux et accomplis.
Même les vedettes ont leurs propres « problèmes de travail ». Il n’est pas facile de devenir une star. Le glamour de la célébrité et de l’opulence ne dure pas toute une vie. Et pour les artistes, cela est douloureux. Dès qu’une star devient une ancienne gloire, les problèmes commencent à s’accumuler. Mais, d’une certaine manière, cela nous arrive à tous. Dès que nous atteignons un certain âge, les préoccupations de santé commencent à apparaître, entre autres choses.
Il n’est pas rare de voir un écrivain afficher un sourire radieux après avoir terminé un long roman. Il n’est pas rare de voir une femme sourire avec bonheur après avoir donné naissance à un enfant. Il n’est pas rare de voir un étudiant au comble de la joie après avoir obtenu un diplôme. Mais ce roman doit encore être vendu, cet enfant doit être élevé, et ce diplôme doit être reconnu par un employeur. Ainsi va la vie. C’est cela, le charme de la vie.
C’est pourquoi il est bénéfique de prendre le temps de l’introspection, de réfléchir afin d’essayer de comprendre la vie et le monde qui nous entoure.
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Aucun système politique ni économique n’a jamais réussi à éradiquer la pauvreté de manière définitive. Les historiens rapportent qu’au temps du calife ‘Umar Ibn ‘Abd al-‘Azîz (682-720), il n’y avait absolument aucun pauvre. Tous les hommes étaient mariés, soit avec leurs propres moyens, soit grâce au soutien de l’État. Les caisses publiques étaient si pleines que le calife aurait dit à son vizir : « S’il n’y a plus de pauvres, si tous les hommes sont mariés et qu’il reste encore tant d’argent dans nos coffres, alors achetez d’immenses quantités de grains et nourrissez tous les oiseaux du pays ! » Pourtant, peu de califes omeyyades succédèrent à ‘Umar Ibn ‘Abd al-‘Azîz, et son œuvre ne lui survécut guère. Pourquoi tous les souverains ne furent-ils pas aussi vertueux que lui ? Pourquoi ne furent-ils pas tous aussi justes que ‘Umar Ibn al-Khattâb (584-644) ? Pourquoi ne furent-ils pas tous aussi épris de science que le calife abbasside al-Ma’mûn (786-833) ? Les raisons sont-elles intrinsèques ou extrinsèques ? Ces hommes agirent-ils par amour du pouvoir, afin de le conserver, ou parce que leur nature même les portait à être ce qu’ils furent ?
Il y a un siècle, les enfants regardaient leurs parents et les écoutaient parler. Il y a quelques décennies encore, tous les regards se tournaient vers l’écran de télévision, et l’on se faisait taire mutuellement lorsqu’un bel acteur prenait la parole ou qu’une chanteuse envoûtante entonnait une mélodie. Jusqu’alors, le Coran était la télévision. La Bible était la télévision. La Vérité était la télévision. Le bonheur était la télévision. Et si vous ne ressembliez pas à ceux que vous admiriez à l’écran, vous aviez l’impression de ne pas appartenir au monde d’aujourd’hui.
Même à présent, alors que le smartphone et la tablette sont devenus indispensables, presque envahissants, et que les réseaux sociaux ont créé des dépendances à tout âge et sous toutes les latitudes, la télévision demeure reine dans bien des foyers. Que voit-on sur cet écran ? J’y ai vu, entre autres, des émissions où une jeune fille pouvait gagner, en une demi-heure, en citant un maximum de chansons et d’interprètes, davantage qu’un ingénieur chevronné ne gagne en soixante jours de travail - voire plus. J’y ai vu des programmes laissant entendre qu’il vaudrait mieux, pour un écolier, devenir coureur de fond ou joueur de tennis que médecin dans sa propre clinique, au cœur de la plus grande ville du pays. J’y ai vu des cuisinières analphabètes et de jeunes chanteurs amateurs devenir des vedettes, tandis que les esprits les plus brillants de la nation ne sont « rappelés » au public que le jour de l’annonce de leur décès.
À force de regarder la télévision chaque jour, on pourrait finir par croire que les « gens qui ont réussi » occupent déjà tout l’espace - remplissant l’écran de leur éclat et de leurs sourires béats - et qu’il ne reste plus rien à rêver pour le simple téléspectateur. Cela était vrai bien avant l’ère des influenceurs.
Mais la faute incombe-t-elle à la télévision seule ? Est-elle l’unique coupable ? Pour ma part, j’ai beaucoup appris grâce à elle, tout comme j’ai beaucoup appris grâce à Internet. Le problème vient-il donc du média, ou de celui qui le regarde ? Autrement dit, le téléspectateur ne devrait-il pas posséder une sorte d’immunité intérieure face à ce qu’il voit ? Et comment acquérir une telle immunité ?
Autrefois, il n’y avait pas de télévision. Mais il y avait l’école. On y allait pour apprendre - et aussi pour rêver. Lorsque vous êtes seul, plongé dans un livre d’histoire, de poésie, dans un roman ou tout autre ouvrage, votre esprit vagabonde. La lecture suscite la réflexion. Mais cela peut être vrai aussi devant un écran. Nombreux sont ceux qui sont devenus vedettes de cinéma, champions adulés, scientifiques éminents ou auteurs reconnus, parce qu’une image aperçue à l’écran a fait naître en eux un rêve. Même à l’école, cependant, tous n’ont pas la possibilité de laisser vagabonder leur esprit.
Oui, l’école peut enseigner le monde, la vie, les problèmes et les moyens d’y faire face. Mais cela ne suffit pas toujours. La vie peut être - et sera de plus en plus - complexe, même pour ceux qui, enfants, étudiaient quarante heures de mathématiques par semaine ou apprenaient la programmation à six ans. On ne résout pas toutes les difficultés par des calculs de génie. Comprendre le monde demeure essentiel, surtout en une époque où l’individu prime souvent sur le groupe.
Supposons maintenant que vous ayez étudié, obtenu un diplôme, décroché un bon emploi, et regardé beaucoup la télévision. Seriez-vous heureux pour autant ? Ce n’est pas l’impression que j’ai lorsque j’écoute la radio ou que je parcours le Web. Dans mon pays du moins, j’entends quantité de personnes se plaindre de la société, des voisins, des proches.
Les exemples abondent : bien des couples ne savent pas résoudre leurs conflits. Beaucoup ignorent comment dialoguer avec leurs enfants, leurs collègues ou leurs employeurs. Nombreux sont ceux qui supportent difficilement leurs problèmes de santé. D’autres luttent contre des troubles psychologiques qu’ils ne parviennent pas à maîtriser. Croyez-le ou non, j’ai entendu un intervenant régulier d’une émission radiophonique réputée affirmer qu’il connaissait plusieurs psychiatres et psychologues qui, eux-mêmes, consultaient des psychologues !
Même les pays riches, dont les citoyens sont réputés heureux, croulent sous les difficultés - l’obésité n’étant pas la moindre. Nous sommes tous dans la même barque.
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Que peut-on - ou que devrait-on - apprendre de ces calamités où des milliers d’êtres humains perdent la vie, où des milliers d’autres sont mutilés, rendus orphelins, veufs, sans abri ; où des villes entières sont rasées, des villages effacés de la carte ; où des paysages paradisiaques se transforment en terres désolées ?
L’horreur n’a rien de nouveau. Ceux qui sont à l’abri, confortablement installés dans leurs fauteuils, peuvent discourir à loisir, moraliser tant qu’ils le souhaitent. Mais parleraient-ils avec les mêmes mots, le même ton, la même assurance, s’ils se trouvaient au cœur du désastre ?
Je me souviens d’un documentaire consacré aux forêts tropicales d’Australie. Les caméras glissaient avec grâce entre des arbres majestueux, des fleurs éclatantes, des oiseaux et des animaux exotiques. Je me disais qu’il ne pouvait exister lieu plus enchanteur pour des vacances. Puis, soudain, un incendie infernal éclata et réduisit en cendres arbres, fleurs, oiseaux et bêtes sauvages. J’ai soupiré lorsque la voix off expliqua que ces feux étaient fréquents dans ces forêts, qu’ils relevaient d’un phénomène naturel. L’émission avait eu la sagesse d’avertir les touristes amoureux de la nature et d’offrir une leçon à ceux qui se laissent trop facilement séduire par la beauté.
Mais tous les phénomènes naturels ne se laissent pas prévoir. En décembre 2004, des milliers de touristes venus du monde entier périrent lors du tsunami. Personne - et surtout pas les populations locales - n’avait pu anticiper une telle catastrophe. Alors, comme toujours, les questions surgirent. Des questions existentielles. Certains changèrent de vie ; d’autres continuèrent comme si rien ne s’était produit. Moi aussi, je m’interroge. Bien avant l’arrivée d’Internet dans notre pays, je me posais déjà cette question que j’ai lue plus tard sur le Web : les deux guerres mondiales furent-elles un châtiment divin ? Pourquoi un tel sort pour des peuples à l’origine d’un prodigieux essor technologique dont nous récoltons aujourd’hui les fruits ? Ces hommes et ces femmes inventèrent, innovèrent, travaillèrent dans les mines de charbon, luttèrent pour les droits humains. Pourquoi furent-ils « récompensés » par deux guerres sanglantes ?
Plus troublant encore : au cours de ces conflits - et durant la Guerre froide qui suivit - un développement technologique phénoménal eut lieu. Comme si nos avions civils d’aujourd’hui n’auraient pu voler aussi loin ni aussi vite sans ces guerres. Comme si nos téléphones portables, nos connexions Internet, nos écrans, seraient restés confinés aux romans de science-fiction sans ces tragédies planétaires. Les Nations Unies ne virent le jour qu’après ces conflits. La démocratie se diffusa largement après ces guerres qui avaient emporté les enfants et petits-enfants de grands inventeurs, d’ingénieurs, d’enseignants et d’ouvriers patients des mines. Serait-il superstitieux d’y voir un lien avec la séparation de l’Église et de l’État - comme en France en 1905 ? Ou faudrait-il l’expliquer par une « immoralité croissante » ? (Certains soutiennent d’ailleurs que l’« immoralité réelle » s’accentua encore après 1968.) D’autres invoquent plutôt les rivalités impériales et la lutte des grandes puissances pour la suprématie et les territoires d’outre-mer. Quelles que soient les causes, il n’est jamais mauvais de poser des questions.
Souvent - mais pas toujours - ceux qui ont frôlé la mort ne sont pas ceux qui posent les questions les plus vertigineuses : « Pourquoi une telle chose existe-t-elle ? » Je fus profondément touché par l’histoire d’une jeune Allemande et de sa mère, présentes au Sri Lanka lors du tsunami. Un jeune Sri-Lankais les sauva au péril de sa vie. Elles revinrent plus tard le retrouver ; il racontait l’événement tandis qu’elles l’écoutaient, tête baissée. De ces ruines naquit une amitié inattendue. Voilà l’un des paradoxes lumineux des catastrophes. Mais la question demeure : pourquoi faut-il qu’elles existent ?
Y a-t-il un « bon côté » aux désastres ? Tremblements de terre, cyclones, éruptions volcaniques, incendies, inondations : simples accidents naturels qui frappent au hasard ? Même si les scientifiques - qui n’ont élaboré des théories solides sur ces phénomènes qu’à partir des années 1960 - démontraient qu’ils participent à l’équilibre global de la planète, certains demanderaient encore : pourquoi cet équilibre exige-t-il tant de souffrances ? Ceux qui veulent « régler leurs comptes » avec Dieu demanderaient : si Dieu est parfait, pourquoi aurait-Il créé une terre imparfaite ? Pourquoi sacrifier des populations pour en préserver d’autres ?
Je ne prétends pas avoir les réponses. Mais regardons les choses en face.
La Terre n’est peut-être pas parfaite. Mais que dire des touristes qui économisent toute une année pour se rendre dans un lieu précis ? Pourquoi choisissent-ils tel endroit plutôt qu’un autre ? Recherchent-ils le paradis - ou les marges de l’enfer ?
Les scientifiques affirment que la plupart des séismes causent peu ou pas de dégâts, que l’activité volcanique est majoritairement sous-marine, créant de nouveaux fonds océaniques loin de nos villes.
L’« imperfection », s’il y en a une, est peut-être d’origine humaine. Le réchauffement climatique est largement imputable à la pollution provoquée par l’homme. D’où l’importance des accords internationaux sur le climat.
Les pays pauvres supplient les pays riches de cesser de polluer - tandis que les pays riches proposent parfois de payer les pauvres pour obtenir un « droit de polluer » chez eux.
Que la Terre soit imparfaite ou que l’homme l’ait rendue telle, il n’est jamais trop tard pour tenter de la rendre meilleure - aussi parfaite que possible.
En temps normal, le monde regorge de lieux enchanteurs - sinon, pourquoi voyager ? Si tant d’étrangers se trouvaient en Asie du Sud-Est en 2004, c’est qu’ils étaient attirés par sa beauté.
Et même lorsque tout est détruit, l’homme demeure capable d’agir. C’est ici qu’intervient la solidarité.
Solidarité : charité, compassion, altruisme, bénévolat. Quand des milliers d’étudiants donnent leur sang et accourent vers les zones sinistrées, voilà la solidarité.
Certes, tous les hommes ne se ressemblent pas. Tandis que certains attisent les guerres, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge unissent leurs forces pour sauver des vies, quelles que soient les croyances. L’essentiel est d’éteindre l’incendie - peu importe qui l’a allumé.
Quand on apprend que deux cents secouristes périrent en Chine en mai 2008 en sauvant leurs concitoyens, que des enseignants moururent après avoir protégé leurs élèves, on ne peut qu’éprouver de la fierté d’appartenir à l’humanité. L’homme est capable d’élever le monde en se mettant au service d’autrui.
Comparez cette solidarité aux pillages qui suivent parfois les catastrophes. Comparez-la aux rivalités qui déclenchèrent les guerres mondiales. Comparez les bains de sang d’hier à l’esprit qui présida à la naissance de l’Union européenne. L’homme porte en lui le meilleur et le pire.
Et quoi de plus beau que de reconstruire des vies brisées ? La destruction est effroyable. Ses conséquences durent des années. Mais la plupart des destructions sont d’origine humaine. Les catastrophes naturelles n’ont pas ravagé le cœur de l’Europe au XXe siècle - les hommes l’ont fait.
Les esprits pragmatiques se mettent aussitôt à l’œuvre, laissant à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César. Parfois, les anciens destructeurs deviennent bâtisseurs. Les États-Unis, après avoir contribué à vaincre le Reich hitlérien et l’empire japonais, mirent en place le plan Marshall. Une génération prospère en récolta les fruits, tournant la page des horreurs vécues par leurs pères. « Le malheur des uns fait le bonheur des autres », dit le proverbe.
Après chaque catastrophe, du travail renaît. Des entreprises prospèrent. Les infrastructures sont reconstruites, souvent meilleures qu’avant. De jeunes ingénieurs, des techniciens, des PME trouvent l’occasion de prouver leur valeur.
Quant au châtiment divin, il signifie des choses différentes selon les croyances. Juifs, chrétiens et musulmans connaissent le récit du Déluge. Le monde fut détruit, puis la vie reprit. Si Dieu permit la renaissance après le Déluge, Il peut sauver la Terre du pire - s’Il le veut. Peut-être cela dépend-il aussi du comportement humain. Le Coran, par exemple, contient de nombreux avertissements en ce sens.
Châtiment divin ou non, une jeunesse grandissante souffre aujourd’hui d’éco-anxiété. Beaucoup redoutent que la planète soit « au bord du gouffre ». Les conditions climatiques extrêmes sont réelles. Les rapports alarmants abondent.
Mais dites cela à ceux qui cherchent fortune dans les environnements les plus hostiles, là où prospèrent trafics illégaux, exploitation sauvage, absence d’écoles, d’hôpitaux, de routes… là où le sourire ne signifie plus rien.
Les exemples abondent : côtes submergées, eaux montantes menaçant des millions de vies, décharges à ciel ouvert, puits asséchés, animaux mourant de soif… Il faut une grande force morale pour affronter cela. Et pourtant, parfois, une pluie bienfaisante, une bonne récolte suffisent à redonner espoir.
Nous ne sommes pas au Paradis. Une catastrophe reste une épreuve douloureuse - qu’elle soit naturelle ou non, châtiment divin ou non.
La véritable question est peut-être celle-ci :
Et si j’étais, moi, parmi les victimes ?
7
Les étudiants en journalisme apprennent que « quand un chien mord un homme, ce n’est pas une nouvelle » ; en revanche, « un homme mord un chien », voilà une nouvelle. Une femme appela un médecin en direct à la radio pour demander pourquoi sa fille de trois ans continuait à téter son biberon (même lorsqu’il était vide !). CE N’EST PAS UNE NOUVELLE, dirait-on. Et c’est vrai. Un autre auditeur téléphona plus tard pour conseiller à cette femme de mettre quelque chose d’amer dans le biberon ou sur la tétine afin d’en dégoûter l’enfant. Il expliqua qu’il avait essayé cela avec sa propre fille quand elle avait trois ans, et que cela avait fonctionné. CE N’EST PAS UNE NOUVELLE non plus. Mais l’homme reconnut ensuite qu’un problème bien plus grave était apparu. « Aujourd’hui, ma fille a vingt-sept ans, expliqua-t-il. Elle est professeure d’université dans un pays étranger et pourtant elle suce encore son pouce ! » VOILÀ UNE NOUVELLE, n’est-ce pas ? Mais est-elle assez étrange pour susciter l’étonnement de tous ?
Dans Le Collier unique, Ibn ‘Abd Rabbih (860-940) raconte l’histoire d’un tabi‘î (un disciple des Compagnons du Prophète Muhammad) qui voyageait avec quelques-uns de ses élèves lorsqu’ils croisèrent un homme ivre chantant un magnifique distique en arabe :
L’amour m’a humilié, et me voici humilié ;
Et vers celle que j’aime, nul chemin ne conduit.
(En arabe, avec la rime, c’est infiniment plus beau.)
أَذَلَّنِي الْهَوَى فَأَنَا الذَّلِيلُ ... وَلَيْسَ إِلَى الَّذِي أَهْوَى سَبِيلُ
Le tabi‘î descendit alors de sa monture et se hâta de noter ces vers. Étonnés, ses élèves lui demandèrent : « Vous écrivez les paroles d’un homme ivre ? » Il répondit : « Ne connaissez-vous pas le proverbe qui dit : “Il arrive qu’une perle se trouve dans les ordures” ? Eh bien, ceci est une perle dans des ordures. »
On présenta un jour au calife abbasside Hârûn al-Rachîd un homme de génie capable d’emboîter cent aiguilles les unes dans les chas des autres sans qu’aucune ne tombe. Le calife lui demanda d’en faire la démonstration et, lorsqu’il l’eut accomplie avec brio, il se tourna vers ses hommes et dit : « Donnez à cet homme cent dinars et cent coups de fouet. » Stupéfait, le génie protesta : « Majesté, je comprends les cent dinars, mais pas les cent coups de fouet ! » Le calife répondit : « Cent dinars pour ton génie, et cent coups de fouet pour avoir gaspillé ton génie en futilités. »
Nous sommes tous intelligents, n’est-ce pas ? Mais mettons-nous toujours notre intelligence au service du bien ?
À vingt ans, étudiant, je me tenais un jour seul face à notre salle de classe lorsqu’un camarade s’approcha de moi, secoué de rire : « En venant à la faculté, un groupe d’enfants m’a arrêté et m’a demandé : “Dis-nous, si tu le sais : est-ce qu’une poule urine ?” » Tu sais quoi ? Je ne m’étais jamais posé la question !
Nous tenons tant de choses pour acquises - de petites choses, j’entends. Combien de fois t’es-tu arrêté pour réfléchir au tic-tac de ta montre, à ce minuscule insecte que tu vois parfois courir sur la page lorsque tu lis un livre, aux feuilles mortes dans ton jardin ou en forêt, à l’esprit humain qui a conçu toutes les inventions que tu utilises chaque jour ? Comme les hommes de l’Antiquité qui s’émerveillaient devant les Sept Merveilles en oubliant les millions de petites merveilles autour d’eux, nous admirons encore les Pyramides et oublions de penser aux petites choses en nous-mêmes et dans notre environnement.
On s’est émerveillé devant le ballon des frères Montgolfier, devant le premier vol transatlantique en solitaire et sans escale de l’histoire, devant l’Airbus A380. On s’émerveille encore devant la Grande Muraille de Chine, les pyramides de Gizeh, la tour Eiffel et la Statue de la Liberté. Nous admirons les performances époustouflantes des animaux de cirque et des clowns, les robots qui auront peut-être un jour des sentiments, les exploits stupéfiants d’athlètes recordmen, les talents extraordinaires de nos artistes (que l’on érige parfois en dieux !). Presque chaque semaine, un nouveau record entre dans le célèbre Guinness World Records.
Quand les gens pensent à quelque chose, ils oublient souvent autre chose - quelque chose de plus important. Lorsque nous nous regardons dans le miroir, pensons-nous au miroir lui-même ? Lorsque nous utilisons notre ordinateur, pensons-nous à l’esprit qui l’a inventé ? Lorsque nous nous émerveillons de notre imagination humaine, pensons-nous à l’origine même de l’esprit humain ? Combien d’entre nous s’étonnent du fait que, bien que nous ayons le même père et la même mère, nous ne soyons pas identiques ? Même les « vrais jumeaux » se distinguent par leurs empreintes digitales et leurs iris.
Il arrive que l’on se retrouve soudain dans une situation où l’on se sent idiot, où les choses les plus évidentes deviennent incompréhensibles, où la vie paraît soudain lourde, vide de sens. Faut-il attendre ce moment-là pour commencer à méditer ?
Si l’exercice débarrasse notre corps de ses « toxines », la méditation ne pourrait-elle pas faire de même pour les « toxines » de notre âme ? La méditation sur les petites choses - celles auxquelles la plupart ne pensent même pas - ne pourrait-elle pas nous donner une lumière que d’autres n’ont pas ?
Un Américain disparut en Australie. Après environ trois mois, il réapparut de l’autre côté du désert australien, vêtu d’une simple chemise et d’un pantalon, chaussé de sandales en cuir, une gourde à la main. On lui demanda pourquoi il avait affronté seul un désert si effrayant avec si peu d’équipement. Il répondit : « Je voulais simplement découvrir Dieu. » Personnellement, je n’en croyais ni mes yeux ni mes oreilles en voyant ces images à la télévision, moi qui avais lu comment des chameliers afghans guidaient autrefois les colons européens à travers les déserts inexplorés du continent australien.
Ai-je besoin d’aller jusqu’au désert australien pour méditer ? Je peux lever les yeux vers le soleil d’où je suis : n’est-ce pas le même soleil que tout le monde voit ? N’est-ce pas la même lune que connaissent tous les peuples ? Le même ciel, les mêmes étoiles, la même terre, la même eau, le même air, le même corps humain, la même âme humaine ? Ne pourrait-ce pas être le même Créateur - quel qu’il soit - qui a fait tout cela pour nous tous ? Ne devrions-nous pas être étonnés que les hommes partagent les mêmes choses et pourtant adorent des dieux différents ?
Est-il facile de penser, d’ailleurs ? Comment « penser » lorsque des images se déversent en avalanche dans notre esprit depuis la télévision, le Web… ? Combien de personnes pourraient aller en forêt (sans caméra, sans smartphone, sans cigarettes), avec seulement un esprit et un cœur, deux pieds prêts à marcher, et des yeux disposés à contempler de belles fleurs - de petites fleurs - cachées derrière de petits rochers que peu prennent la peine de regarder ? Qui, aujourd’hui, irait dans les bois observer les feuilles mortes, les toucher, les examiner ; observer les insectes, les oiseaux migrateurs, et réfléchir à toute sa vie ?
Peut-être que ceux qui ont vécu avant nous n’avaient ni machines à calculer ni ordinateurs sophistiqués ni logiciels de génie, mais ils étaient intelligents à leur manière. Peut-être devons-nous, nous aussi, être doublement intelligents : penser aux grandes choses et méditer aussi les petites.
Prenons cet exemple. Nous, musulmans du monde entier, venons de célébrer l’Aïd al-Adha (la Fête du Sacrifice). Tout le monde en profite-t-il de la même manière ? Beaucoup sacrifient un mouton sans pouvoir en manger la viande, parce qu’ils sont malades. D’autres, en parfaite santé, ne peuvent même pas s’offrir un mouton. Trop cher pour eux. Qui devrait envier l’autre : celui qui ne peut manger de son mouton ou celui qui ne peut en acheter ?
Le problème, c’est que les sentiments et les émotions sont parfois plus forts que le savoir et les convictions. Il n’est pas facile d’accepter que son supérieur soit moins compétent que soi. Il n’est pas facile pour un bel homme de comprendre pourquoi sa bien-aimée épouse un homme « laid ». Il n’est pas facile pour une femme de couleur de comprendre pourquoi elle est ainsi - si cela lui pose problème - ni pour un ingénieur prospère de comprendre pourquoi son fils unique est handicapé. Les scientifiques ne peuvent expliquer, par exemple, pourquoi un couple marié n’arrive pas à avoir d’enfant malgré tous les efforts imaginables. Mais ils peuvent expliquer le mécanisme physiologique ou pathologique qui empêche la conception. Les scientifiques n’ont pas de problème avec le monde physique. C’est pourquoi ils ont rendu notre monde matériel si confortable : moyens de transport admirables, télécommunications dignes des contes de fées, services médicaux inespérés. Nos cuisines, nos salons, nos bureaux, nos sacs regorgent d’objets technologiques que nous devons à nos vénérables scientifiques. Mais les scientifiques sont comme nous, comme toi et moi : ils ont aussi des émotions. Un scientifique peut rester meurtri toute sa vie si une découverte lui est injustement attribuée à un autre.
Les scientifiques peuvent inventer des techniques révolutionnaires, soigner les corps et améliorer l’agriculture, mais ils ne peuvent empêcher la sécheresse ni les inondations. Ils peuvent envoyer des hommes sur Mars, mais ne peuvent détourner un tremblement de terre ou un ouragan, qui détruisent en quelques heures plus que la science ne construit en des années. Là encore, c’est une question d’émotion. On ne peut rien expliquer à une veuve assise devant sa maison détruite par les eaux, ni à des parents qui viennent de perdre leur fils unique.
Et la foi ? Certains y croient. Ils s’y attachent dans les temps ordinaires comme dans les crises. Ils y trouvent des explications qui les aident à surmonter une perte, une rupture, une faiblesse ou un drame personnel. Cette explication n’est ni fortuite ni superficielle. Elle implique un engagement. Si nous demandons de l’aide à un dieu, nous devons raisonnablement nous attendre à devoir le remercier d’une manière ou d’une autre. C’est là la ligne de démarcation entre foi et incroyance. Certains ne peuvent accepter l’idée de dépendre de qui que ce soit ou d’obéir à qui que ce soit. Ils se voient comme entièrement auto-construits, auto-suffisants, ne devant rien à personne ni à aucune divinité. Ils n’ont rien à remercier à Dieu : car s’ils admettaient leur dette envers une divinité, ils craindraient d’être appelés à vivre selon la volonté de celle-ci plutôt que selon la leur.
En réalité, même le Coran, par exemple, ne dit pas que l’absence de foi en Dieu et en l’Au-delà condamne à l’échec ici-bas. La réussite matérielle est ouverte à tous. Le problème, c’est que lorsque nous échouons - pour des raisons objectives - il nous est difficile d’expliquer cet échec objectivement à nous-mêmes. Car il est dans la nature humaine d’attribuer ses échecs aux autres et de devenir arrogant dans le succès.
D’où vient cette arrogance ? De notre désir de nous exhiber. Nous voulons montrer que nous sommes indépendants, les meilleurs. Nous voulons que le monde sache que nous avons obtenu notre poste par mérite. Il en va de même pour notre conjoint, nos enfants, notre fortune. Tout serait le fruit de notre ambition. Tout serait question de mérite.
C’est aussi parce que, la plupart du temps, nous ne pensons qu’à un moment de notre vie. Prenons-nous toujours notre existence dans sa totalité ? Pensons-nous au temps de la vieillesse, lorsque nous ne pourrons plus chanter ni danser, ni jouer au golf ou au tennis, ni nager, ni même marcher, lorsque nous ne pourrons plus manger seuls avec un couteau et une fourchette, lorsque nous serons placés dans une maison de retraite, peut-être abandonnés par nos enfants comme par le personnel ?
Beaucoup divorcent après la retraite. Le moment tant attendu pour se reposer et jouir de la vie devient soudain un enfer à cause du conjoint, des enfants ou d’autre chose. Si nous n’y sommes pas préparés, à quoi nous sert notre cerveau ?
Oui, un peu d’Histoire, un peu de philosophie, un peu de spiritualité, un peu de « tourisme gratuit » (une simple promenade à pied ou à vélo autour de chez soi), un peu de méditation - tout cela peut être inestimable. Nous savons tous que beaucoup ont de bonnes assurances et pourtant sont malheureux. Beaucoup disposent des meilleures pensions de retraite et sont malheureux aussi. Il y a, à l’évidence, d’autres choses dans la vie qui comptent tout autant.
8
Qu’est-ce qui me pousse à écrire en anglais et en français, et qu’est-ce qui pousse certains Anglais et Français à apprendre l’arabe ? Pourquoi ne devrais-je pas écrire en arabe ? Si j’écris dans une langue étrangère, serais-je nécessairement influencé par la culture de la langue dans laquelle j’écris ?
La culture est-elle importante pour moi en tant qu’individu ? Eh bien, j’ai besoin de ma manière de penser lorsque je suis confronté à un problème. J’ai besoin du sentiment d’appartenir à un lieu, à quelque chose, même lorsque je n’ai aucun problème. Si je ne me sens pas appartenir à l’endroit où je me trouve, c’est un véritable problème. C’est alors que j’ai besoin de ma façon de penser pour m’aider à le surmonter. Autrement dit, mon identité est davantage une nécessité psychologique que sociale. Ces aspects identitaires font partie de ma culture - ou plutôt de ma culture collective, celle que je partage avec des millions de personnes dans mon pays. Mais il existe aussi une part plus spécifique de ma culture - ma culture individuelle - que je partage avec bien moins de personnes dans mon pays, et avec beaucoup plus ailleurs.
Personnellement, je mange avec les mains et je ne serais jamais à l’aise avec un couteau et une fourchette. Si je veux être moderne (encore que je ne sache pas très bien ce que cela signifie), dois-je nécessairement manger d’une certaine façon, m’habiller selon la mode ou parler d’une manière particulière ? Pour ma part, je crois que même si je considère ma voie comme la meilleure pour moi, les autres sont libres d’avoir la leur, dans le cadre d’un ordre juridique général accepté par tous pour le bien d’une société apaisée. Je devrais donc pouvoir manger ce que je veux comme je le veux lorsque je suis seul ou avec des personnes qui me ressemblent. Je porte ce que je veux, comme je le veux, sans provoquer ni blesser personne. Je parle du mieux que je peux, sans singer quiconque ni prétendre être ce que je ne suis pas. Voilà ma culture. Mon mode de vie est une représentation visible - presque ostensible - de ma culture. Si j’aime un morceau de musique américaine, cela fait partie de ma culture. Si j’aime une station de radio ou un magazine français, cela en fait partie également. Je suis marocain et j’aime beaucoup de choses marocaines. Mais j’aime aussi beaucoup de choses qui ne le sont pas. J’aime le sens du devoir des Américains. J’aime l’amour des Allemands pour la lecture. J’aime la littérature française du XIXᵉ siècle, etc. Et je suis parfaitement à l’aise avec ce que j’aime.
Si je peux m’offrir ce que j’aime, tant mieux. Sinon, ce n’est pas grave. Je n’ai pas besoin d’avoir une voiture ou même un ordinateur portable pour être un homme moderne. Je peux très bien travailler dans des cybercafés et voyager en taxi ou en bus. Aucun problème. Si d’autres pensent que je ne suis pas une personne moderne - quoi que cela veuille dire - ou que j’ai échoué socialement ou professionnellement, ce n’est pas pour moi un drame. Ce qui est important pour moi, c’est de travailler dur pour atteindre ce que je veux. Ce qui compte, c’est d’être un homme de mon temps. J’ai besoin de savoir et de comprendre ce qui se passe dans le monde. J’ai besoin de comprendre l’Histoire pour voir ce qui était possible autrefois et ne l’est plus aujourd’hui, et ce qui peut encore changer demain, pour le meilleur ou pour le pire. J’ai besoin de comprendre la manière dont les autres pensent. J’ai besoin d’apprendre les traditions et les modes de vie d’autres peuples. Si je sais comment les autres pensent et agissent, j’améliorerai ma propre façon de penser.
Devrais-je aller dans un pays étranger particulier uniquement pour voir à quoi ressemblent ses habitants ? Pourquoi pas ? Pourtant, je peux le faire sans quitter ma ville natale. Ce qui m’importe davantage, c’est de comprendre comment ces peuples sont devenus ce qu’ils sont, comment ils réfléchissent, comment ils résolvent leurs problèmes, quels sont leurs rêves et leurs aspirations… Je peux apprendre cela à l’école, par la lecture, à travers les médias. Lorsque j’en sais davantage, je repousse un peu plus loin les frontières de ma culture. Les auteurs français deviennent alors mes auteurs, mes maîtres ; de même les auteurs américains, les journalistes égyptiens, les poètes arabes… Ma culture devient aussi vaste que mon savoir. C’est ce que j’entendais par « culture spécifique » ou « culture individuelle ». Dans cette perspective, je ne ferais plus de distinction entre culture et civilisation. Cependant, je continuerais à distinguer ma culture en tant que culture arabo-berbère de la culture occidentale, par exemple. Elles ne sont pas identiques - et c’est parfaitement normal. Je ne commencerai pas à comparer laquelle est la meilleure. Ma culture est bonne tant qu’elle me convient, tant que je m’y sens à l’aise. Je n’attends de personne qu’il s’habille comme moi ou qu’il mange comme moi (même s’il est musulman comme moi). J’attends seulement qu’il me comprenne - même pas nécessairement qu’il m’accepte tel que je suis. Nous sommes tous des êtres humains : nous partageons à peu près les mêmes problèmes, mais nous les affrontons de manières différentes. Lorsque j’écris, j’expose ma manière de penser, ma façon de résoudre mes difficultés - fondée sur ma propre culture individuelle, qui n’est ni meilleure ni pire que celle des autres.
Que se passerait-il si j’étais invité à un dîner officiel où je devrais respecter une certaine étiquette ? Franchement, je serais très embarrassé, peut-être même ridiculisé. Mais une fois sorti de là, j’oublierais tout et je redeviendrais moi-même.
D’ailleurs, j’en ai déjà fait l’expérience - et je n’hésiterais pas à la renouveler.
9
Dans certains endroits, les gens ne se sentent pas en sécurité parce qu’ils craignent les inondations. Ailleurs, ils ne se sentent pas en sécurité parce qu’ils redoutent la sécheresse. Mais la sécurité est-elle toujours d’ordre physique ? Il y a des personnes mariées qui ne se sentent pas en sécurité dans leur mariage, des salariés qui ne se sentent pas en sécurité dans leur emploi, des personnes en bonne santé qui ne se sentent pas en sécurité sans assurance médicale adéquate ; des personnes qui ne se sentent pas en sécurité à cause de leur couleur, de leur « race » ou de leur religion ; d’autres encore qui ne se sentent pas en sécurité parce qu’elles sont sans cesse stéréotypées, jugées sur leur apparence, leur origine, leurs fêtes…
Vous avez sans doute vu à la télévision ces images de voyageurs entassés dans des trains bondés à la veille des grandes fêtes. Des hommes et des femmes qui ont quitté leurs villages et leurs hameaux pour travailler dans des villes lointaines, et qui languissent auprès de leurs familles, à qui ils rapportent de l’argent et des cadeaux. Qui a le plus besoin de l’autre ? Le travailleur migrant ou sa famille restée au village ? Qui est en quête de sécurité ? La solitude n’est-elle pas une forme d’insécurité ? Le sentiment de sécurité ne vaut-il pas plus que l’argent et les présents ?
Il y a de nombreuses années, mon frère cadet m’invita à partager l’Aïd al-Adha (la Fête du Sacrifice) avec lui dans la ville du sud, Essaouira. J’y allai la veille de l’Aïd. J’arrivai à la gare routière de Casablanca en fin d’après-midi. Mais je dus attendre plusieurs heures avant le départ du car pour Essaouira. Et je ne m’ennuyai pas un instant. J’étais fasciné par l’agitation des voyageurs cherchant à réserver leurs billets vers presque toutes les régions du pays. Je vis des hommes porter des moutons sur leurs épaules, d’autres hisser les bêtes sur les toits des autocars… Et lorsque notre car quitta Casablanca, dans la soirée, un groupe de passagers se mit à chanter - certains en arabe, d’autres en berbère. Ils chantaient, tapaient des mains avec joie. Ils auraient même dansé s’il y avait eu assez d’espace. Le car roulait sur ses quatre roues de caoutchouc, dans la nuit, et pourtant tout le monde se sentait en sécurité, au point que beaucoup s’endormirent. Tous plaçaient leur confiance dans le chauffeur. D’une certaine manière, nous sommes tous cet enfant qui court dans les bras de sa mère pour se sentir protégé.
Pour certains, il s’agit d’une quête de sécurité ; pour d’autres, d’une quête de bonheur. Pourquoi les Romains sont-ils venus dans mon pays, le Maroc, en Afrique du Nord ? À cette époque, il n’y avait ni Arabes ni islam dans cette région. Mais ce n’était pas une terre sans maîtres. Volubilis, par exemple, la plus célèbre cité romaine du Maroc, fut fondée au IIIᵉ siècle avant J.-C. Elle devint la capitale de la Maurétanie, un territoire amazigh (berbère). Les Phéniciens, eux aussi, avaient établi des comptoirs sur nos côtes dès le XIIᵉ siècle avant J.-C. Les Portugais fondèrent leur première colonie sur la côte atlantique au début du XVIᵉ siècle. Puis, au début du XXᵉ siècle, les Espagnols et les Français se partagèrent le pays, tandis que d’autres nations européennes convoitaient ce privilège. Pourquoi ? Parce que tous voyaient dans cette terre des opportunités ; tous y percevaient les moyens d’assurer une certaine prospérité et une part de bonheur à leurs populations respectives. Nous allons tous là où nous entrevoyons une possibilité de bonheur.
Certaines personnes se préoccupent d’une autre forme de sécurité et de bonheur. J’ai écouté quelques émissions de radio en anglais animées par des non-musulmans. Une question revenait souvent : « Si je fais ceci ou cela, serai-je sauvé ? » Tous les hommes se posent-ils de telles questions ?
Un soir, en quittant l’école où je donnais des cours du soir, une élève de dix-sept ans me fit signe et me dit d’une voix pleine d’admiration : « Professeur, regardez là-bas ! » Elle pointait du doigt, presque tremblante, une voiture garée de l’autre côté de la rue. Je la vis : elle était magnifique. Je compris alors pourquoi la jeune fille la contemplait avec une telle révérence.
L’image est puissante. La philosophie est faible face à l’image. Lorsque nous allons au marché acheter des fruits et des légumes, nous pensons aux prix, non à Celui qui a créé ces fruits et ces légumes. Nous ouvrons notre réfrigérateur avec notre estomac, non avec notre cœur et notre âme. Lorsque nous ouvrons notre armoire, nous ne pensons pas à Celui qui a créé la laine, le coton, la soie… Nous ne pensons pas à notre vue ni à notre ouïe tant que nos yeux et nos oreilles ne nous font pas souffrir. Nous ne pensons pas à notre cœur tant que nous ne sommes pas malades. Nous ne pensons pas à la mort tant qu’elle ne s’approche pas de nous. Et nous craignons tous la mort. Pourtant, il y a une vie après la mort. Le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) a dit : « Tout le corps de l’être humain se décomposera, sauf le dernier os du coccyx (l’extrémité de la colonne vertébrale), et à partir de cet os, Allah reconstituera tout le corps. Puis Allah fera descendre de l’eau du ciel, et les hommes pousseront comme des plantes vertes. »
10
Que pensons-nous savoir d’Allah ? Pas autant qu’Il sait de nous, en tout cas. Le moins que l’on puisse dire est qu’Allah est incomparable. Il ne change pas : le même pouvoir qu’avant, la même connaissance infinie, la même vigilance, la même disponibilité, la même divinité. Allah est Dieu. L’homme est homme. Allah est Un. L’homme est trop nombreux. L’homme ne peut même pas être maître de la planète Terre. Et quand il oublie ce fait et agit comme s’il était Dieu, Allah n’hésiterait pas à le rappeler par toutes sortes de malheurs et de souffrances. Et pourtant, Allah reste « Miséricordieux, Aimant ». (11.90) « N’est‑Il pas Celui qui répond à l’injuste lorsqu’il crie vers Lui et qui ôte le mal ? » (27.62) « Si Allah châtiait les hommes pour ce qu’ils méritent, Il ne laisserait sur la terre aucune créature vivante ; mais Il les retarde jusqu’à un terme fixé, et quand leur terme vient – alors, certes, ils sauront qu’Allah voit toujours Ses serviteurs. » (35.45) « Allah est plein de compassion, miséricordieux envers les hommes. » (2.143) C’est la règle. Allah se soucie même de nos sentiments, peu importe notre foi. Dans le Coran, nous lisons : « Ô vous qui croyez ! Qu’aucun peuple ne se moque d’un autre peuple qui pourrait être meilleur que lui, et que les femmes ne se moquent pas des femmes qui pourraient être meilleures qu’elles ; ne vous diffamez pas, ne vous insultez pas par des sobriquets. Mauvais est le nom d’indécence après la foi. Et quiconque ne se repent pas, ce sont eux les méchants. » (49.11)
Il est donc normal que Allah n’aime pas que nous soyons indifférents à Lui. Peu importe ce que nous faisons, notre croyance en Allah restera limitée, tout comme notre gratitude envers Lui. Nous ne pourrons jamais rembourser nos parents pour leurs bienfaits, alors comment pourrions-nous rembourser Allah ? Mais si nous ne faisons pas de notre mieux pour être reconnaissants envers Allah, qui d’autre devrions-nous remercier ?
Allah est grand et veut que l’homme soit grand aussi : en ayant plus de vertus que de vices, en ayant de grandes valeurs, en vivant selon ses valeurs, en se purifiant. Allah dit au Prophète Muhammad (paix sur lui) : « Et toi, tu es d’une nature immense. » (68.4) La gratitude est une grande valeur. La prosternation devant Allah, par exemple, est un honneur pour l’homme, non un rabaissement ou une humiliation. La prosternation glorifie Allah et élève le comportement et l’âme du fidèle.
Lorsque je crois en Allah, je ne fais que témoigner d’un fait existant indépendamment. Je reconnais un fait – que j’existe ou non, que je croie ou non. Avant Galilée (1564‑1642), la plupart des gens pensaient que la Terre était plate. Avant Hubble (1889‑1953), la plupart des scientifiques pensaient qu’il n’y avait qu’une seule galaxie dans le monde. Ce qui devrait nous étonner, c’est que ce petit cerveau qu’Allah a créé dans nos petites têtes a déjà tant compris du monde. Ce que nous ne pouvons pas savoir, nous devons le croire. Nous devons admettre que « de la connaissance, il vous a été accordé peu. » (17.85) Et pourtant, Allah ne veut pas que nous croyions aveuglément en Lui.
Même si nous sommes paresseux, ou que nous n’avons pas le temps ou les moyens, nous n’avons pas nécessairement besoin de voyager loin pour méditer. Dans le marché le plus proche, nous trouvons d’innombrables variétés de fruits locaux et importés, de toutes couleurs, formes et saveurs. Mais nous prenons souvent cela pour acquis. Un bon croyant de notre époque ne peut peut-être pas plonger dans la mer et observer la vie incroyable des poissons et plantes marines. Il ne peut peut-être pas explorer la forêt amazonienne ou d’autres jungles, ni marcher dans les hautes montagnes ou glaciers et voir comment vivent les hommes, animaux et plantes. Il n’est peut-être ni neurologue, ni cardiologue, ni botaniste, mais lorsqu’il est devant son écran de télévision et regarde des documentaires ou lit des livres, il ne peut s’empêcher de dire « subhanallah » (Gloire à Allah) avec son cœur et sa langue. Depuis son lieu sûr à la maison, il peut méditer sur l’immensité de l’espace et sur ces créatures fragiles vivant dans la nature parmi des prédateurs sauvages, ou sur les personnes isolées dans des conditions extrêmes, ou encore sur les cellules de son propre corps… Les leçons tirées de ces méditations ne font qu’augmenter le moral de « celui qui a un cœur ou qui prête l’oreille avec intelligence ». (50.37) Un croyant qui médite ainsi sur la puissance et la connaissance infinies d’Allah ne peut que devenir de plus en plus fort. Et lorsque les circonstances sont plus fortes que lui (drame personnel, guerre, chômage aigu, maladie, inflation soudaine…), et que le diable et les démons l’encerclent de toutes parts, eh bien, cette précieuse connaissance d’Allah le sauve, ne serait-ce que pour surmonter une crise le temps de retrouver sa force mentale. Et c’est ce qu’on entend par « guérison et miséricorde ». Allah dit : « Et Nous révélons du Coran ce qui est une guérison et une miséricorde pour les croyants. » (17.82) Allah « guide vers Lui tous ceux qui se tournent vers Lui, qui ont cru et dont les cœurs trouvent repos dans le souvenir d’Allah. Certes, dans le souvenir d’Allah les cœurs trouvent le repos ». (13.27‑28)
Réfléchissez. Combien de fois avez-vous été fatigué, malade, démoralisé ou déprimé ? Peut-être peu ou plusieurs fois. Mais combien de fois avez-vous réussi à empêcher vos jours et vos nuits d’être engloutis comme les économies d’un chômeur ? Jamais. Nous sommes faibles. Nous sommes mortels. Allah est Dieu. Allah n’est pas comme nous. Cela semble évident, du moins pour un croyant, mais nous oublions souvent cela quand nous sommes à l’aise.
Supposons que je me lève au milieu de la nuit et que je pense à l’ensemble de la situation, pas seulement à mes soucis quotidiens : que ressentirais-je ? Eh bien, premièrement, même si je loue Allah dans les veilles nocturnes, Il est toujours occupé avec le reste du monde – tout le temps. « Ni somnolence ni sommeil ne Le saisissent. » (2.255) Pour Allah, c’est toujours le JOUR. Même si je fais cet effort que beaucoup d’autres ne voudraient pas faire, que cela ajoute-t-il à Allah ? C’est symbolique, et Allah aime cela. « Il est Pardonneur, Répondant. » (35.30) C’est un signe d’amour. « Il est le Pardonneur, le Bien-Aimant. » (85.14) Même la meilleure expression de gratitude ne peut rembourser Allah pour le moindre de Ses bienfaits. Je dois tout à Allah, ma vie et plus encore. Si je suis beau, c’est Allah qui m’a donné ma beauté. Si je suis fort, c’est Lui qui m’a donné ma force. Si je suis intelligent, c’est Lui qui m’a donné mon esprit. Si je suis riche, c’est Lui qui me pourvoit. Si je deviens célèbre, c’est Allah qui me le permet. Si j’appartiens à un État riche, démocratique et puissant, c’est aussi un bienfait d’Allah. Tout ce que je suis, tout l’état dans lequel je me trouve, c’est par la grâce d’Allah. Tout bien que je fais, c’est grâce à Lui, par la permission d’Allah. Dans le Coran, nous lisons : « Et tout ce dont vous jouissez, c’est d’Allah. » (16.53) Et cela inclut le fait d’adorer Allah ! « …et parmi eux, certains surpassent (les autres) par de bonnes actions, par la permission d’Allah. Voilà le grand bienfait ! » (35.32)
À Allah je dois ma vie, donc Son Hymne je loue, et devant Lui je me prosterne. À Lui et par Lui je dis : Gloire à Allah. Louange à Allah. Nul ne mérite l’adoration sauf Allah. Allah est le Très Grand. Il n’y a de force et de puissance que par la permission d’Allah, le Très Haut, le Puissant.
QUESTION : si tout ce qui me concerne appartient à Allah, que me reste-t-il pour en être fier ? Que fais-je dans ce monde ? Quelle est ma valeur en tant qu’être sur cette Terre ? Eh bien, je suis enseignant. Je ne possède pas l’école où je travaille. Mais je peux faire mon travail correctement ; je peux apprécier ma vie en tant qu’enseignant ; je reçois mon salaire et j’achète ce dont j’ai besoin. Et je peux être heureux de cela. Beaucoup de gens ne possèdent pas leur maison et n’ont aucun problème avec cela. Vous voyez mon point ?
Possède-je ma vue et mon audition, par exemple ? Allah dit : « Qui possède l’ouïe et la vue ; et Qui fait sortir le vivant des morts et fait sortir le mort du vivant ? » (10.31) « Dis : Avez-vous imaginé, si Allah vous retirait votre ouïe et votre vue et scellait vos cœurs, Qui est le Dieu qui pourrait les restaurer, sinon Allah ? » (6.46)
Possède-je mon corps ? Allah dit : « Celui que Nous amenons à un âge avancé, Nous le ramenons dans la faiblesse (après la force). N’avez-vous donc aucun sens ? » (36.68) « Allah est Celui qui vous a façonnés dans la faiblesse, puis a assigné après la faiblesse la force, puis, après la force, la faiblesse et les cheveux blancs. Il crée ce qu’Il veut. Il est Savant, Puissant. » (30.54) « Et Allah vous crée, puis vous fait mourir, et parmi vous il en est qui est ramené au stade le plus abject de la vie, de sorte qu’il ne sait rien après (avoir eu) la connaissance. Certes, Allah est Savant, Puissant. » (16.70) « Allah recueille les âmes au moment de leur mort, et celles qui ne meurent pas encore dans leur sommeil. Il conserve celle pour laquelle Il a décrété la mort et renvoie les autres jusqu’à un terme fixé. En cela sont certes des signes pour ceux qui réfléchissent. » (39.42)
Possédons-nous notre eau ? « Avez-vous pensé : Si (toute) votre eau disparaissait dans la terre, qui pourrait alors vous donner de l’eau jaillissante ? » (67.30)
Possédons-nous nos récoltes ? Que se passerait-il si Allah envoyait contre elles l’inondation, les sauterelles, les vermines ou juste quelques mois de sécheresse ? « Nous leur avons donc envoyé le déluge, les sauterelles, les vermines, les grenouilles et le sang – une succession de signes clairs. Mais ils étaient arrogants et devinrent un peuple coupable. » (7.133)
« Dis : Avez-vous pensé si Allah rendait la nuit éternelle pour vous jusqu’au Jour de la Résurrection, quel dieu, à part Allah, pourrait vous apporter la lumière ? N’entendrez-vous donc pas ? Dis : Avez-vous pensé si Allah rendait le jour éternel pour vous jusqu’au Jour de la Résurrection, quel dieu, à part Allah, pourrait vous apporter la nuit où vous reposez ? Ne verriez-vous donc pas ? » (28.71‑72) « Dis : Qui peut vous servir de protection contre Allah, s’Il veut vous nuire ou vous faire profiter ? Non, mais Allah est toujours conscient de ce que vous faites. » (48.11) « Ou qui est celui qui vous serait une armée pour vous aider à la place du Tout Miséricordieux ? Les mécréants ne sont que dans l’illusion. » (67.20)
« Et souvenez-vous du bienfait d’Allah envers vous. » (3.103) « Souvenez-vous de toutes les bénédictions de votre Seigneur, afin que vous réussissiez. » (7.69)
Oui, pour beaucoup de gens, Allah n’a rien à voir avec notre vie ou notre succès. Mais ceux qui croient en Allah et en l’Au-delà veulent savoir comment exprimer au mieux leur gratitude envers Lui.
Eh bien, si je ne peux pas rembourser Allah pour Ses innombrables bienfaits, je peux toujours faire de mon mieux. Le Coran est rempli d’exemples de ce que je peux faire pour adorer. En même temps, je peux « payer en avant » - envers l’humanité - en servant les gens. Allah accepte l’aumône, non pour Lui-même, mais pour Ses serviteurs - croyants et non-croyants. « Allah est plein de compassion, miséricordieux envers les hommes. » (2.143) « Allah accorde Ses bénédictions sans compter à qui Il veut » (24.38), c’est-à-dire aux croyants et aux non-croyants. « Chacun, Nous l’approvisionnons, ceux-ci et ceux-là, de la générosité de ton Seigneur. Et la générosité de ton Seigneur ne peut jamais être interdite. » (17.20) Et pourtant, Allah me donne, en tant que croyant, la chance (et l’honneur) de faire le bien, de donner la charité si je le peux, à Ses serviteurs, par amour pour Lui, en signe de gratitude envers Lui, et je ne dis pas, comme les non-croyants : « Quand il leur est dit : Dépensez de ce dont Allah vous a pourvus », ils « disent à ceux qui croient : Allons-nous nourrir ceux qu’Allah, s’Il voulait, nourrirait ? Vous n’êtes que dans l’erreur manifeste. » (36.47)
De plus, je peux entreprendre des études exigeantes, accumuler une expérience intéressante et obtenir un emploi bien rémunéré et en être fier. Si je perds cet emploi lors d’une récession économique, que faire ? Je peux rencontrer un problème social ou de santé qui m’empêche de terminer mes études ou d’obtenir mon emploi de rêve : que faire alors ? Bien sûr, la foi ne m’apportera pas une solution concrète immédiate, sauf dans le cas de « l’injuste » lorsqu’il « crie vers » le Seigneur (27.62). Juste parce que je suis « saint » ne signifie pas que je marcherai sur l’eau ou passerai à travers un trou de souris. Mais le fait que je croie que ma subsistance (rizq), mon âge (‘omr) et tout ce qui me concerne sont entre les mains d’Allah, Seigneur des Mondes, me procure une certaine sérénité, un sentiment de sécurité. Quand quelqu’un refuse de m’embaucher ou me licencie, je sais que ce n’est qu’une épreuve, et que cette personne ou cette entreprise ne peut m’empêcher d’obtenir ce que je souhaite ailleurs, si Allah le veut. Nous avons tous besoin d’une forme de protection. Les syndicats ont été créés pour cela. Les soins de santé et toutes sortes d’aides sociales ont été conçus à cet effet. Même le plan d’aide le plus généreux, l’aide la plus bienveillante de l’État, est limitée dans le temps. Mais lorsque nous devons payer nos loyers, acheter de la nourriture pour nos enfants…, il est normal, humain, de demander de l’aide aux hommes. Nous avons tous besoin de protection. Mais quel problème y a-t-il si Allah est mon, notre Protecteur ? Au contraire, c’est notre meilleure assurance ! Allah dit dans le Coran : « Ceux que vous adorez à la place d’Allah ne possèdent aucune provision pour vous. Cherchez donc votre subsistance auprès d’Allah, adorez-Le et remerciez-Le, car c’est vers Lui que vous serez ramenés. » (29.17) « Dis-leur : Si vous possédiez les trésors de la miséricorde de mon Seigneur, vous les retiendriez sûrement par crainte de les dépenser, car l’homme a toujours été avare. » (17.100) « Ou ont-ils une part dans la souveraineté ? Alors, ils ne donneraient pas aux hommes même le grain de la datte. » (4.53) Ainsi, tout ce qui m’arrive, bon ou mauvais, est supposé être une forme d’éducation, un rappel bienveillant et réfléchi pour moi. Je devrais donc penser aux autres autant qu’à moi-même. Si je parviens à contrôler ma cupidité et mon égoïsme, c’est bon pour moi. Allah dit : « Et quiconque est préservé de son avarice - ceux-là sont les réussis. » (59.9)
Avez-vous déjà vu un nid ? Y avez-vous réfléchi ? Si un homme et une femme prennent soin de leurs enfants, ils peuvent espérer en bénéficier dans leur vieillesse. Mais lorsqu’un couple d’hirondelles prend grand soin de construire un nid, puis s’efforce de nourrir et protéger ses petits, ceux-ci grandissent, deviennent entièrement développés et s’envolent. Qui pourra alors rendre aux parents la reconnaissance pour leur bonté ? Cela n’est qu’une miséricorde d’Allah. Dans le Hadith, nous lisons : « Allah a divisé la Miséricorde en cent parts. Il en a gardé quatre-vingt-dix-neuf parties avec Lui et a envoyé une seule partie sur la terre. Et à cause de cette unique partie, Ses Créatures sont miséricordieuses les unes envers les autres, de sorte que même la jument lève son sabot loin de son petit, de peur de l’écraser. »
Cela quand je suis en mesure de donner ; mais qu’en est-il lorsque j’ai besoin d’aide ? Eh bien, lorsque vous voyez un vol d’hirondelles, pouvez-vous les différencier ? Pouvez-vous dire qui est qui ? Allah dit : « Il n’y a pas d’animal sur la terre, ni de créature volante à deux ailes, qui ne soit un peuple comme vous. Nous n’avons rien négligé dans le Livre (de Nos décrets). Puis ils seront rassemblés auprès de leur Seigneur. » (6.38) À moins d’utiliser des caméras spéciales, nous ne pouvons pas les différencier, mais ces hirondelles se connaissent, d’une manière ou d’une autre, et chacune connaît son Dieu. « N’as-tu pas vu qu’Allah, c’est Lui que louent tous ceux qui sont dans les cieux et sur la terre, ainsi que les oiseaux en plein vol ? Chacun connaît la véritable adoration et louange, et Allah est au courant de ce qu’ils font. » (24.41) De même, quand je me lève au milieu de la nuit pour aller chercher un verre d’eau, qui en est conscient ? Si je prie Allah au milieu de la nuit, qui le sait ? Personne sauf Allah, qui dit : « Votre Seigneur connaît mieux ce qui est dans vos cœurs. Si vous êtes vertueux, alors certes, Il a toujours été Pardonneur envers ceux qui se tournent vers Lui. » (17.25) « Ceux qui évitent les énormités du péché et les abominations, sauf les offenses involontaires – pour eux, certes ! Ton Seigneur est de vaste miséricorde. Il connaît mieux que vous depuis le moment où Il vous a créés à partir de la terre et lorsque vous étiez cachés dans le ventre de vos mères. Ne vous attribuez donc pas de pureté. Il connaît mieux celui qui se détourne du mal. » (53.32) « Et toi (Muhammad), tu n’es occupé par aucune affaire et tu ne récites pas de leçon de ce Livre, et vous (les hommes) n’accomplissez aucun acte, mais Nous sommes témoins lorsque vous êtes engagés dans ces actes. Et pas un atome de poids dans la terre ou dans le ciel n’échappe à ton Seigneur, ni ce qui est moindre ou plus grand, mais cela est (écrit) dans un Livre clair. » (10.61) « Demande pardon à ton Seigneur et tourne-toi vers Lui repentant. Il te permettra de jouir d’une bonne fortune jusqu’à un temps fixé. Il donne Sa générosité à tout bienfaiteur. » (11.3) Oui, pourrait-on dire, mais cela ne répond toujours pas à la question ! Qu’en est-il lorsque j’ai besoin d’aide ?
Eh bien, lorsque je fais quelque chose de bien, j’établis une connexion directe avec mon Seigneur, avec Allah Tout-Puissant. Je montre ma sollicitude pour Allah et Il prend soin de moi - même lorsque, à cause de mes malheurs apparemment interminables, j’ai l’impression qu’Allah m’a complètement oublié. La vérité est que personne ne sait quand le salut viendra ni à quoi il ressemblera. Même les prophètes ne peuvent le savoir. Allah dit : « Jusqu’à ce que, quand les messagers désespérèrent et pensèrent qu’ils étaient refusés, alors vint Notre aide, et qui Nous voulions fut sauvé. » (12.110) Allah a dit cela à Son dernier Prophète ! Et nous, qui tombons si vite dans le désespoir ?
L’épreuve n’est pas facile. Ce n’est pas facile de voir les gens vous mépriser parce que vous êtes sans emploi, célibataire, malade ou autre. Ce n’est pas facile de voir les gens vous laisser tomber dans votre heure de besoin. Ce n’est pas facile de voir toutes les portes se fermer devant vous. C’est douloureux de se sentir comme un oiseau sans ailes ni queue. Ce n’est pas facile de se sentir seul. Mais l’épreuve n’est pas la même pour tous. Comme dans le Hadith, un homme dit : « Ô Messager d’Allah ! Qui des gens est éprouvé le plus sévèrement ? » Il répondit : « Les Prophètes, puis ceux qui leur sont proches, puis ceux qui leur sont proches. Un homme est éprouvé selon sa religion ; s’il est ferme dans sa religion, alors ses épreuves sont plus sévères, et s’il est faible dans sa religion, il est éprouvé selon la force de sa religion. Le serviteur sera continuellement éprouvé jusqu’à ce qu’il marche sur la terre sans aucun péché. » Aussi dans le Hadith : « Un croyant ne reçoit pas (le malheur) d’une épine ou plus, sauf qu’Allah l’élève en rang ou efface ses péchés à cause de cela. » Ibn Mas’ud, compagnon du Prophète (paix sur lui), rapporta : « J’ai rendu visite au Prophète (paix sur lui) alors qu’il souffrait de la fièvre. Je lui dis : ‘Vous semblez beaucoup souffrir, ô Messager d’Allah.’ Le Prophète (paix sur lui) répondit : ‘Oui, je souffre autant que deux personnes.’ Je demandai : ‘Est-ce parce que vous avez une double récompense ?’ Il répondit que c’était le cas, puis ajouta : ‘Aucun musulman n’est frappé par un mal, que ce soit la piqûre d’une épine ou quelque chose de plus (douloureux que cela), sauf qu’Allah fait tomber ses péchés, tout comme un arbre perd ses feuilles.’ »
Allah n’éprouve personne, sauf dans un but que Lui seul connaît. L’épreuve (par l’adversité) signifie perte et souffrance. Mais le malheur ne frappe-t-il que les croyants forts ? Qu’en est-il des gens ordinaires, croyants ou non-croyants, frappés par des inondations, sécheresses, incendies, guerres, épidémies, chômage, inflation… ?
Dans le Coran, nous lisons : « Si vous souffrez, certes ils souffrent autant que vous souffrez et espèrent de la part d’Allah ce qu’ils ne peuvent espérer. Allah est toujours Savant, Sage. » (4.104) « Les hommes pensent-ils qu’ils seront laissés en paix parce qu’ils disent : ‘Nous croyons’ et qu’ils ne seront pas éprouvés par l’affliction ? Certes, Nous avons éprouvé ceux qui étaient avant vous. Ainsi Allah connaît ceux qui sont sincères et connaît ceux qui feignent. » (29.2‑3) « Si vous avez reçu un coup, les (mécréants) ont reçu un coup semblable. Ce ne sont que les vicissitudes que Nous faisons suivre les unes aux autres pour les hommes, afin qu’Allah connaisse ceux qui croient et choisisse des témoins parmi vous ; et Allah n’aime pas les injustes. » (3.140) « Qu’importe à Allah votre châtiment si vous êtes reconnaissants (pour Ses bienfaits) et croyez en Lui ? Allah est toujours Répondant, Connaisseur. » (4.147)
C’est cet espoir (d’obtenir l’amour et le plaisir d’Allah) qu’il faut chérir. Allah rappelle aux fidèles que « …la miséricorde de ton Seigneur est meilleure que (la richesse) qu’ils amassent. » (43.32) « Cette vie dans le monde n’est qu’un passe-temps et un jeu. Certes, le foyer de l’Au-delà – c’est la Vie, si seulement ils savaient. » (29.64) Cela concerne uniquement les croyants. Même si j’avais tout ce que je voulais, mon bonheur ne serait pas ou ne devrait pas être total dans un monde où je ne suis pas seul, où il y a des millions de sans-abri, d’orphelins, de mères célibataires sans revenus…
De plus, l’épreuve a une récompense. Quand on réussit un test, on gagne - éventuellement - à la fois la vie dans ce monde et celle de l’Au-delà. Si je ne me soucie pas de l’Au-delà, si je ne veux que le succès social, le bonheur et la joie éternelle ici et maintenant, pourquoi Allah se soucierait-il de moi ?
Allah dit : « Dis : Qui a interdit les ornements d’Allah qu’Il a produits pour Ses serviteurs et les bonnes choses de Sa subsistance ? Dis : Ceux-là, au Jour de la Résurrection, seront seulement pour ceux qui ont cru durant leur vie terrestre. Ainsi détaillons-Nous Nos révélations pour des gens qui savent. » (7.32) « Ainsi Allah leur donna la récompense du monde et la bonne récompense de l’Au-delà. Allah aime ceux dont les actions sont bonnes. » (3.148)
11
C’est un prêche, oui. Mais le fait est que même ceux qui ne croient pas en l’Au-delà ne savent pas vraiment ce qui leur adviendra après la mort.
Même si le vendeur de glaces ne vous voit pas, vous ne pouvez pas simplement prendre la glace et partir. Il vous donne ce que vous voulez, vous lui rendez ce qui lui est dû. Même si Allah ne nous demandait rien du tout, nous devrions tout de même Lui être reconnaissants pour tout ce qu’Il nous donne. « Ne voyez-vous pas comment Allah a rendu à votre service tout ce qui est dans les cieux et sur la terre et vous a comblés de Ses bienfaits, à l’extérieur comme à l’intérieur ? » (31.20)
Combien de personnes connaissent le fleuve Mississippi ? Combien connaissent les affluents qui alimentent le Mississippi, l’Amazone ou le Nil ? La plupart ne savent pas ou s’en moquent. Mais Allah sait et se soucie de tout. « Aucune feuille ne tombe sans qu’Il en ait connaissance, aucun grain dans l’obscurité de la terre, rien de humide ou de sec n’échappe à Son registre clair. » (6.59) Eh bien, dites cela aux experts qui s’inquiètent que le stockage de données devienne de plus en plus difficile à cause de l’expansion d’Internet.
Beaucoup peuvent imaginer le passé et l’avenir, mais l’imagination ne remplace pas la vérité. Allah dit, par exemple : « Certes, la conjecture ne peut en aucun cas se substituer à la vérité. » (10.36) Allah ne se contente pas « d’imaginer », Il sait. En écrivant un roman, par exemple, un romancier peut oublier un détail. Il peut oublier qu’un personnage avait un cheval, un chapeau ou un appel téléphonique. Mais Allah n’oublie rien. « …et ton Seigneur n’a jamais été oublieux. » (19.64) « Mon Seigneur n’erre ni n’oublie. » (20.52) « Et pas le poids d’un atome sur la terre ou dans les cieux n’échappe à ton Seigneur, ni ce qui est plus petit ou plus grand, mais tout est consigné dans un Livre clair. » (10.61)
Les hommes ne connaîtront peut-être jamais celui qui a provoqué cet incendie dévastateur ou les avares qui ont contribué à la sécheresse en un lieu à cause de la déforestation sauvage et de l’exploitation illégale du bois. Allah les connaît tous. « Ne croyez pas qu’Allah ignore ce que font les méchants. Il ne fait que leur accorder un délai jusqu’au jour où les yeux seront figés (dans la terreur). » (14.42) L’État ne connaît peut-être pas tous les citoyens ayant besoin d’une aide urgente. Allah les connaît tous. Il dit : « (La aumône est) pour les pauvres qui sont accablés pour la cause d’Allah, qui ne peuvent voyager sur la terre (pour le commerce). L’homme irréfléchi les croit riches à cause de leur retenue. Tu les reconnaîtras à leur signe : ils ne quémandent pas avec insistance. Et tout bien que vous dépensez, sachez qu’Allah en est pleinement informé. » (2.273) « Et ne laisse pas ta main attachée à ton cou, ni ne l’ouvre totalement, de peur que tu ne t’asseyes blâmé et dépouillé. Certes, ton Seigneur élargit la subsistance pour qui Il veut et la restreint pour qui Il veut. Certes, Il est toujours Connaisseur, Clairvoyant de Ses serviteurs. » (17.29‑30)
Avant de se demander pourquoi Allah ne vient pas au secours de ceux qui sont dans le besoin urgent, il faut se demander : pourquoi Allah se donne-t-Il la peine de compter chaque feuille qui tombe, chaque grain dans l’obscurité de la terre, chaque humide ou sec dans un lieu où personne ne va, où la vie est impossible ? Nous pouvons comprendre pourquoi Allah compte nos moindres pensées et actes. Il dit : « … chaque âme sera rétribuée pour ce qu’elle a acquis ; aucune injustice ne sera faite ce jour-là. Certes, Allah est prompt au calcul. » (40.17) « Et Il pardonne beaucoup. » (42.30) Mais quel livre pourrait contenir une quantité d’informations aussi inimaginable sur les hommes, animaux, plantes, fleuves, montagnes, déserts, glaciers, nuages, récoltes, moyens de subsistance – pour ne parler que de notre planète terre… ? Quelle intelligence pourrait traiter toutes ces données ? « Certes, Allah est prompt au calcul. » (14.51) « Ne sais-tu pas qu’Allah connaît tout ce qui est dans les cieux et sur la terre ? Certes, tout est consigné. Certes, cela est facile pour Allah. » (22.70)
Et pourquoi tout cela ? Une raison probable est que ces données font partie de la générosité d’Allah, Allah « Qui a créé les cieux et la terre, et fait descendre l’eau du ciel, produisant ainsi des fruits pour votre nourriture, et rend les navires utiles pour vous afin qu’ils naviguent sur la mer à Son commandement, et a rendu utiles pour vous les rivières ; et Il fait que le soleil et la lune, constants dans leurs courses, soient à votre service, et a rendu utiles pour vous la nuit et le jour. Et Il vous donne tout ce que vous Lui demandez, et si vous vouliez compter les bienfaits d’Allah, vous ne pourriez les énumérer. Certes, l’homme est vraiment injuste, ingrat. » (14.32‑34)
Quand j’y pense, je me demande : si Allah se soucie autant de tant de choses, de tant de gens, moi y compris, comment ne pourrais-je pas me soucier de Lui ? Avec quel visage reviendrai-je vers Allah si Il n’est pas satisfait de moi ? Sera-t-Il heureux que je sois revenu vers Lui ? Se réjouira-t-Il de me revoir ? Dans le Coran, je lis : « Ceux-là sont ceux qui ne croient pas aux révélations de leur Seigneur et à la rencontre avec Lui. Leurs œuvres sont donc vaines, et au Jour de la Résurrection Nous ne leur assignerons aucun poids. » (18.105) « Allah ne leur parlera ni ne les regardera le Jour de la Résurrection, et Il ne les fera pas croître… » (3.77) Ne devrais-je pas me soucier d’Allah MAINTENANT pour qu’Il se soucie de moi APRÈS ? Allah dit : « Ils oublient Allah, alors Il les a oubliés. » (9.67) « Il dira : Ainsi soit-il. Nos révélations sont venues à toi mais tu les as oubliées. De même, tu es oublié ce Jour. » (20.126) Si j’aime une chanson, par exemple, je peux être tenté de la répéter toute la journée, mais qu’en est-il d’Allah, qui dit : « Souvenez-vous donc de Moi, Je Me souviendrai de vous. Remerciez-Moi et ne Me rejetez pas. » (2.152) « Et ne soyez pas comme ceux qui ont oublié Allah, alors Il fit qu’ils oublièrent leur âme. » (59.19) « Et lorsque vous avez accompli vos dévotions, souvenez-vous d’Allah comme vous vous souvenez de vos pères ou avec un souvenir plus vif. » (2.200) « Ceux qui se souviennent d’Allah, debout, assis et couchés, et considèrent la création des cieux et de la terre, (et disent) : Notre Seigneur ! Tu n’as pas créé cela en vain. Gloire à Toi ! » (3.191)
Quand nous sommes éprouvés, nous pensons immédiatement à la sortie. Mais l’épreuve est, paradoxalement, dans le meilleur intérêt de l’homme. Elle est destinée à ouvrir nos yeux sur la Vérité de notre existence dans ce monde. C’est pourquoi Allah dit : « Et si Allah augmentait la subsistance de Ses serviteurs, ils se révolteraient certainement sur la terre, mais Il fait descendre par mesure comme Il veut. Certes, Il est Informé, Clairvoyant de Ses serviteurs. » (42.27) En d’autres termes, Allah veut nous sauver de nos désirs et illusions. Il dit : « Celui qui se fie à une preuve claire de son Seigneur est-il semblable à ceux pour qui le mal qu’ils font est embellit tandis qu’ils suivent leurs propres passions ? » (47.14)
On peut se demander : si Allah est si « rigide » sur la justice et l’équité, pourquoi rend-Il les hommes si différents les uns des autres en couleur, santé physique et forme, conditions matérielles, etc., etc. ? Oui, c’est Allah qui est à l’origine de ces différences. Il dit : « Voyez comment Nous préférons l’un d’eux à un autre, et en vérité l’Au-delà sera plus grand en degrés et en prééminence. » (17.21) Les différences existent, si ce n’est pas dans la vie du monde, ce sera dans l’Au-delà. Alors, toléreriez-vous ces différences dans ce monde (qui ne sont que temporaires) ou celles de l’Au-delà (qui sont éternelles) ? Si vous y réfléchissez un peu objectivement, vous vous demanderez si ces différences mondaines ne sont pas en réalité la meilleure preuve, la plus claire, qu’il existe effectivement une vie après la mort et que toutes nos différences ici ne sont qu’une épreuve pour chacun d’entre nous.
Allah ne m’a pas rendu pauvre ou faible pour que d’autres se réjouissent de ma misère, mais pour que toi, quand Allah te donne les moyens, tu m’aides dignement en tant qu’être humain avec une âme humaine comme la tienne. En faisant cela, tu exprimes gratitude envers Allah et solidarité envers l’humanité. Bien sûr, Allah pourrait m’aider directement, Il pourrait t’avoir mis à ma place, mais qu’est-ce qui fait de toi un humain si tu ne m’aides pas ? Qu’est-ce qui fait de moi un humain si je ne t’aide pas à ta place ? Dirais-je : « Devons-nous nourrir ceux qu’Allah, s’Il le voulait, nourrirait ? » (36.47)
Pourtant, on ne doit pas être « angélique ». Chaque individu a sa part de responsabilité, l’État ou la communauté a la sienne. Même si tu as les moyens d’aider tout le monde autour de toi, tu n’es pas censé donner tout ton argent aux gens, ce n’est pas ton rôle et ton argent n’est pas entièrement à toi. Tu fais juste ce que tu peux, tu montres ton humanité. Allah dit : « Et ne laisse pas ta main attachée à ton cou, ni ne l’ouvre totalement, de peur que tu ne t’asseyes blâmé et dépouillé. Certes, ton Seigneur élargit la subsistance pour qui Il veut et la restreint pour qui Il veut. Certes, Il est toujours Connaisseur, Clairvoyant de Ses serviteurs. » (17.29‑30) « Et ceux qui, lorsqu’ils dépensent, ne sont ni prodigues ni avares ; et il y a toujours une juste voie entre les deux. » (25.67) Sois simplement humain, en traitant les nécessiteux humainement. C’est tout le but.
La pandémie de Covid a montré combien d’États riches ont demandé une forme d’aide, et personne, moi le premier, ne voit là aucune honte. « Ô hommes ! Vous êtes pauvres par rapport à Allah. Et Allah ! Il est l’Absolu, le Détenteur de l’Éloge. » (35.15)
La solidarité humaine, tant individuelle que collective, rend les hommes beaux ; elle répand l’amour parmi les hommes honnêtes. En Argentine, par exemple, beaucoup ont échangé biens ou services lors de la crise économique. C’est fabuleux. La crise peut passer, mais les bons souvenirs demeurent, restent avec nous toute la vie. À Gruissan, un village de pêcheurs français, les pêcheurs ont établi une sorte de tribunal pour partager les zones de pêche équitablement et enregistrent tout ce qui concerne leurs activités dans des registres spéciaux, certains vieux de plusieurs siècles. C’est incroyable, et c’est tout humain. Au Maroc, nous avions un système similaire pour partager l’eau dans les anciennes médinas. Certaines personnes recueillent les aliments non utilisés dans les restaurants et hôtels, au lieu de les jeter, pour nourrir les gens dans le besoin. D’autres font de grands efforts pour réduire la pollution plastique et autre dans les océans et rivières… En bref, je ne peux énumérer tous les actes de bienfaits réalisés par tant de personnes à travers le monde. Tout cela est humain et merveilleux ! Même en temps de guerre, il y a du personnel de santé qui risque sa vie pour sauver des gens. Il y a aussi beaucoup de gens qui donnent de l’argent ou autres ressources pour s’occuper des animaux. Comme je l’ai dit, Allah est grand et veut que l’homme soit grand aussi. Tout au long de l’histoire islamique, beaucoup de musulmans ont parfaitement compris cela. Il y a toujours eu l’institution du Waqf, qui collecte des dons volontaires et les dépense, selon la volonté de chaque donateur, pour des écoles, des ponts, routes, puits, etc. L’État lui-même est une forme de solidarité dans le sens où il collecte des impôts et les dépense selon les besoins. Lorsqu’une ville est détruite par un tremblement de terre ou une tornade, les pauvres et les riches sont affectés. Tous les riches n’ont pas de jets privés. Beaucoup ont besoin de routes, ponts et écoles pour leurs enfants, et l’État est là pour aider. Mais l’État ne peut pas tout faire. Les calamités peuvent être un moyen (difficile) de rappeler à l’homme ce fait.
Heureusement, mon État peut me donner des bons alimentaires, des allocations chômage ou toute autre aide en compensation de la perte d’emploi, etc. Que se passerait-il si je perdais ma vie à cause d’un ouragan ou d’inondations éclair ? Allah peut me donner une autre vie après la mort. Aucun État ne peut faire cela. Beaucoup de gens sont reconnaissants simplement d’avoir survécu à une catastrophe. Dans le Coran, nous lisons : « Souviens-toi de celui qui eut une dispute avec Abraham au sujet de son Seigneur, parce qu’Allah lui avait donné le royaume ; et quand Abraham dit : Mon Seigneur est Celui qui donne la vie et fait mourir, il répondit : Je donne la vie et fais mourir. Abraham dit : Certes, Allah fait lever le soleil à l’Est, fais donc le faire lever à l’Ouest. Ainsi fut confondu le mécréant. Et Allah ne guide pas les gens injustes. » (2.258) Nous lisons également : « Sont-ce eux qui distribuent la miséricorde de ton Seigneur ? Nous avons réparti leur subsistance dans la vie du monde, et élevé certains d’entre eux au-dessus d’autres afin que certains travaillent pour d’autres ; et la miséricorde de ton Seigneur est meilleure que (les richesses) qu’ils amassent. » (43.32) « La vie de ce monde n’est qu’un passe-temps et un jeu. Certes, le domicile de l’Au-delà – voilà la vraie Vie, si seulement ils savaient. » (29.64) « Ce que vous possédez disparaît, et ce qu’Allah possède demeure. Et vraiment, Nous récompenserons ceux qui sont patients en proportion du meilleur de ce qu’ils faisaient. » (16.96) « Ne sais-tu pas qu’Allah est Celui à qui appartient la souveraineté des cieux et de la terre, et vous n’avez, en dehors d’Allah, aucun protecteur ni aide ? » (2.107) « Allah peut tout faire. » (18.45) « …et Il ne fait participer personne à Son gouvernement. » (18.26) « Quant à ces paraboles, Nous les avons établies pour les hommes, mais personne ne saisira leur sens sauf les sages. » (29.43)
Pourquoi lire de telles choses ? La meilleure explication ne convainc pas tout le monde. L’esprit peut être fort, le cœur peut être fort, mais la psyché perd sa force, brusquement ou progressivement, en l’absence de soutien matériel ou moral ; alors la nafs ammara se rebelle contre la nafs lawama, et il peut s’écouler un certain temps avant que l’âme ne soit apaisée. Parfois, très peu suffit à calmer l’âme si l’esprit est déjà préparé. D’où l’importance de la lecture du Coran. Tôt ou tard, le Coran, s’il est lu correctement, aide à apaiser les peurs de chômage, de maladie, de perte… Dans le Coran, nous lisons : « …et leur donnera en échange sécurité après leur peur. » (24.55)
Alors, sur qui dois-je m’appuyer ? D’ailleurs, sous le règne du calife Omar ibn al-Khattab et de certains autres dirigeants musulmans, musulmans et non-musulmans avaient droit à l’aide de l’État. Cela reposait sur des principes islamiques authentiques et ne dépendait pas de la bonne volonté des dirigeants. C’était uniquement une question de disponibilité des fonds de l’État. C’est de l’argent public. Il est du devoir de l’État, quand il le peut, d’aider les nécessiteux, ce n’est pas une faveur du dirigeant. Très peu de dirigeants donnent de leur propre poche. Ce serait peut-être injuste pour les générations futures si mon État emprunte excessivement pour m’aider sans s’assurer qu’il pourra rembourser dans un futur proche. Les statistiques récentes montrent que les niveaux d’endettement public n’ont jamais été aussi élevés depuis la Seconde Guerre mondiale. Dans de nombreux États, beaucoup de gens ne peuvent même pas recevoir leur salaire mensuel ou leur pension à temps et beaucoup d’entreprises font faillite à cause des retards de paiement de l’État. De même, si Allah exhorte les fidèles à s’aider dignement via le zakat et l’aumône, même en temps normal et lorsque les caisses de l’État sont pleines, c’est parce que, philosophiquement parlant, la seule différence entre les riches et les pauvres est qu’Allah donne aux riches directement et aux pauvres indirectement, par l’intermédiaire des riches. Allah me donne mon salaire par mon patron. Pour cela, je rends grâce à Allah, pas à mon patron ou autre. Je remercie les hommes lorsqu’ils me font du bien pour le bien qu’ils me font « avec la permission d’Allah », mais je crois que tout vient d’Allah. Je vote pour la personne qui a fait du bien à ma communauté, car il est naturel d’apprécier et d’encourager ceux qui font le bien. Le problème survient lorsque, chaque fois que j’ai un problème, je me tourne vers l’État pour obtenir de l’aide. Je pourrais obtenir l’aide souhaitée, mais le risque est que mon Iman (foi) s’affaiblisse avec le temps à cause de cette dépendance. Et ensuite, chaque État a des moyens limités. Si chaque gouvernement dépense avec toute sa puissance pour assurer la paix sociale ou pour toute autre raison, cela peut mener à des désastres socio-économiques et même politiques : hyperinflation, défaut de paiement… tout cela en découle. Et alors, je pourrais avoir besoin de l’aide d’Allah, pour maladie, perte, etc. Après tout, la vie est un ressenti, ce n’est pas seulement l’argent. « Certes, Allah ! C’est Lui qui donne subsistance, le Seigneur de la puissance inébranlable. » (51.58) « Quiconque désire la récompense de ce monde, sache que chez Allah est la récompense du monde et de l’Au-delà. Allah est toujours Audient, Clairvoyant. » (4.134) « Aucune âme ne peut mourir sauf avec la permission d’Allah et à un terme fixé. Quiconque désire la récompense du monde, Nous la lui donnons ; et quiconque désire la récompense de l’Au-delà, Nous la lui donnons. Nous récompenserons les reconnaissants. » (3.145)
12
Le Prophète Muhammad (paix et bénédictions sur lui) a dit : « J’ai été envoyé pour parfaire la noblesse du caractère. » L’islam n’était pas entièrement nouveau. Il est venu aider les nouveaux croyants à parfaire leur conduite. Il y a du bien et du mal partout. Un dirigeant non musulman peut être mille fois plus utile à son peuple qu’un dirigeant musulman à son propre peuple musulman. La justice sociale, dans une société non musulmane, serait-elle différente de celle d’une société musulmane ? Un dirigeant corrompu est un dirigeant corrompu, un dictateur est un dictateur, un ivrogne est un ivrogne, qu’il soit musulman ou non musulman. Le Prophète Muhammad (paix sur lui) nous raconte l’histoire de cette prostituée qui entra au Paradis parce qu’elle donna à boire à un chien assoiffé. Il dit : « Allah avait pardonné à une prostituée. Elle passa près d’un chien haletant au bord d’un puits. Voyant que la soif l’avait presque terrassé, elle ôta sa chaussure, l’attacha à son voile et en retira de l’eau. Allah lui pardonna pour cela. » Le Prophète Muhammad (paix sur lui) envoya un groupe de ses compagnons se réfugier sous la protection d’un roi chrétien. Le Coran n’a pas interdit aux hommes musulmans d’épouser des femmes chrétiennes ou juives.
Les anges m’évaluent constamment. D’une certaine manière, mon rang s’élève ou s’abaisse selon mes actions, bonnes ou mauvaises. Si je me distingue par mon œuvre, en tant que croyant, individuellement ou en groupe, mes anges inviteront d’autres anges à observer ce que je fais ou à écouter ce que je dis. N’est-ce pas magnifique ? Mais là réside la difficulté : je ne verrai pas même mes anges - du moins pas avant l’heure de ma mort. Je dois donc penser autrement lorsqu’il s’agit de la Foi. Je dois croire en al-ghayb, l’Invisible. Le Coran dit : « Ceux qui croient à l’Invisible, accomplissent la prière et dépensent de ce que Nous leur avons attribué ; ceux qui croient à ce qui t’a été révélé (Muhammad) et à ce qui a été révélé avant toi, et qui ont la certitude de l’Au-delà. Ceux-là sont sur une voie droite venant de leur Seigneur, et ce sont eux les bienheureux. » (2.3-5) Mon corps est vivant, sans aucun doute, mais je ne suis pas seulement ce corps. J’ai des sentiments, des pensées, des souvenirs… C’est un être d’une nature différente de mon être physique. Mon corps peut être vivant tandis que mon « être invisible » peut être mort. Pensons seulement à la maladie d’Alzheimer. La Foi vient remplir la partie la plus précieuse de mon être, mon cœur, d’une présence qui me fait sentir que je ne suis pas seulement chair et sang, mais bien davantage. Elle me fait percevoir mon corps comme quelque chose de sacré, qui doit être pur intérieurement comme extérieurement. Voilà pourquoi je fais mes ablutions pour purifier l’extérieur, et j’accomplis la prière pour purifier l’intérieur.
Il n’y a pas de Foi sans croyance en l’Invisible (al-ghayb). Allah aurait pu mettre fin à la vie de quiconque Lui désobéissait, et ne laisser subsister que ceux qui Lui obéissaient. Mais Il ne veut pas nous contraindre. Il veut que nous croyions par conviction. C’est pourquoi le Coran parle de « l’égarement » (ad-dalâl) : « Il dit : “En vérité, vous et vos pères étiez dans un égarement manifeste.” » (21.54) C’est comme si l’on était perdu dans un désert ; si l’on connaissait la route, on atteindrait le lieu sûr. C’est comme si quelqu’un, depuis un hélicoptère, nous indiquait le chemin.
La vie est semblable au travail. On se fatigue en travaillant, mais à la fin de la journée on prend une douche, on dîne, on s’occupe du reste… avec bonheur. Seulement, pour la vie d’ici-bas, cette « fatigue » durera jusqu’à ce que l’on obtienne une place au Paradis. Allah dit : « Et ils diront : Louange à Allah qui a éloigné de nous l’affliction. Certes, notre Seigneur est Pardonneur, Reconnaissant. Lui qui, par Sa grâce, nous a installés dans la demeure de l’éternité, où ni peine ni lassitude ne nous touchent. » (35.34-35)
Mais la vie est aussi un sentiment. Malgré toute ma fatigue, je peux me sentir heureux. Comme une mère qui passe deux heures près de la chaleur dans la cuisine, mais qui, une fois à table avec son mari et ses enfants, oublie toute sa fatigue. Comme un maçon qui travaille des heures sous le soleil et qui, une fois rentré chez lui le soir, retrouve dans le sourire de sa femme et de ses enfants l’oubli de sa lassitude. Ainsi, malgré toutes mes épreuves, toutes mes tribulations, toutes mes privations, ma Foi rendra ma vie douce. Lorsque le Prophète (paix sur lui) dit : « Le monde est la prison du croyant et le paradis du mécréant », cela ne signifie pas que ma vie de croyant sera un enfer sur terre. Cela signifie seulement que je devrai consentir à des sacrifices qu’un non-croyant ne ferait pas. Le sentiment qu’Allah est avec moi allégera certainement mes souffrances, physiques ou morales, et ma tristesse, de temps à autre, ne fera que donner plus de profondeur à ma joie, moins de monotonie à mes jours - car l’ennui n’est pas toujours un mal. Ce qui est réellement néfaste, c’est la dépression, et c’est précisément ce que la Foi aide le croyant à éviter. Si certains ne trouvent le bonheur qu’en accumulant l’argent ou les biens matériels, moi, en tant que croyant, je peux être heureux d’un simple sourire, d’un appel téléphonique, ou d’un regard posé sur une rose dans le jardin.
Allah sait parfaitement ce que je désire. S’Il me soumet à l’épreuve, c’est afin que je manifeste par mes actes, par mes paroles et par mes sentiments si je Le veux, Lui, ou si je ne veux que moi-même et mon confort. Est-ce que je veux servir Allah, ou est-ce que je veux qu’Allah me serve ? Allah dit dans le hadith qudsi : « Je suis tel que Mon serviteur pense de Moi, et Je suis avec lui lorsqu’il se souvient de Moi. S’il se souvient de Moi en lui-même, Je Me souviens de lui en Moi-même ; s’il se souvient de Moi en assemblée, Je Me souviens de lui en une assemblée meilleure que la sienne ; s’il se rapproche de Moi d’un empan, Je Me rapproche de lui d’une coudée ; s’il se rapproche de Moi d’une coudée, Je Me rapproche de lui de deux brassées ; et s’il vient vers Moi en marchant, Je viens vers lui en hâte. » Et dans le Coran nous lisons : « Votre Seigneur sait mieux ce qu’il y a dans vos âmes. Si vous êtes vertueux, Il est certes Pardonneur envers ceux qui reviennent à Lui. » (17.25) Ainsi, je ne me soucie pas si d’autres autour de moi semblent plus favorisés que moi. Allah dit : « Ne convoitez pas ce par quoi Allah a favorisé certains d’entre vous plus que d’autres. Aux hommes revient une part de ce qu’ils ont acquis, et aux femmes revient une part de ce qu’elles ont acquis. Demandez plutôt à Allah de Sa grâce. Certes, Allah est Omniscient. » (4.32) « Il vous fera jouir d’une belle provision jusqu’à un terme fixé. Il accorde Sa grâce à quiconque est généreux. » (11.3) Tout est affaire de foi. Ce qui importe n’est ni mon emploi ni mon chômage, ni le fait d’être marié ou célibataire ; ce qui importe, c’est mon intention, la sincérité ou l’insincérité de ma foi ; ce qui importe, c’est ce que je porte dans mon cœur. Le Prophète (paix sur lui) a dit : « Vous ne goûterez à la réalité de la foi que lorsque vous saurez que ce qui vous a atteint ne pouvait vous manquer, et que ce qui vous a manqué ne pouvait vous atteindre. » Lorsque je perds mon emploi, Allah sait déjà quel emploi je trouverai ensuite, quand, où et comment. Dans un hadith, nous lisons : « La création de chacun de vous est rassemblée dans le ventre de sa mère sous forme de goutte pendant quarante jours, puis elle devient une adhérence pour une période similaire, puis un morceau de chair pour une période similaire. Ensuite Allah envoie un ange qui y insuffle l’âme et il lui est ordonné d’écrire quatre choses à son sujet : sa subsistance, la durée de sa vie (en ce monde), ses œuvres et s’il sera heureux ou malheureux. » Ce que je ressens, la manière dont j’accomplis ce que j’ai à faire - en cherchant un autre emploi, une personne à épouser, un autre foyer où vivre - voilà ce qui importe. L’un des compagnons du Prophète (paix sur lui) rapporta : « Mon père avait mis de côté des dinars pour l’aumône et les donna à un homme dans la mosquée. Je me rendis auprès de cet homme et repris ces dinars. Il dit : “Je n’avais pas l’intention qu’ils te soient donnés.” Nous allâmes alors auprès du Messager d’Allah (paix sur lui) et lui exposâmes l’affaire. Il dit à mon père : “Yazid, tu as été récompensé pour ce que tu avais l’intention de faire.” Et il me dit : “Ma’n, tu as droit à ce que tu as pris.” » Le Coran dit : « Celui qui thésaurise ne thésaurise que contre lui-même. Allah est le Riche, et vous êtes les pauvres. Et si vous vous détournez, Il vous remplacera par un autre peuple, et ils ne seront pas comme vous. » (47.38) « Quiconque espère la rencontre d’Allah, qu’il sache que le terme fixé par Allah arrive assurément. Il est l’Audient, l’Omniscient. Et quiconque lutte ne lutte que pour lui-même, car Allah Se passe de toute la création. » (29.5-6)
Lorsque j’entends la sirène d’une ambulance, est-ce que je cesse de manger et de boire, ne serait-ce qu’une seconde, par solidarité ? Lorsqu’un cortège funèbre passe près de moi, est-ce que je m’arrête, ne serait-ce qu’un instant, par solidarité ? Si je cesse de manger et de boire, cela n’aidera pas la victime. Si je m’arrête une seconde, cela ne ramènera pas le mort à la vie. Ce n’est qu’une question de foi. Et de sensibilité. Un compagnon du Prophète (paix sur lui) a rapporté : « Nous étions avec le Prophète (paix sur lui) lorsqu’un convoi funéraire passa et il se leva. Lorsque nous allâmes pour le porter, nous découvrîmes qu’il s’agissait des funérailles d’un Juif. Nous dîmes alors : “Ô Messager d’Allah, c’est le convoi funéraire d’un Juif.” Il répondit : “La mort est un événement redoutable ; lorsque vous voyez un convoi funéraire, levez-vous.” »
Et il y a, heureusement, dans toutes les nations et dans toutes les religions, de nombreuses personnes qui veulent agir de bonne foi. Si la bonne foi ne produit pas toujours ses effets auprès des hommes, auprès d’Allah elle ne se perd jamais. « Certes, Allah ne laisse pas se perdre la récompense des bienfaisants. » (9.120)
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En me créant, Allah m’a donné l’opportunité de vivre cette brève expérience terrestre dont je me souviendrai lorsque je serai au Paradis - si toutefois j’y entre un jour. Ma connaissance du monde, d’Allah, de moi-même doit être pour moi une lumière. Ma connaissance doit fortifier ma foi. Ma connaissance et ma foi seront comme mes deux mains, mes deux yeux, mes deux oreilles, mes deux pieds. Ainsi, mon esprit - qu’il réside dans mon cerveau ou dans mon système digestif - ne fonctionnera pas indépendamment de mon cœur. J’ai besoin des deux, comme j’ai besoin de mes deux mains, de mes deux yeux… Mon esprit et mon cœur m’indiqueront comment œuvrer au mieux pour cette vie d’ici-bas - qui n’est qu’« un jeu et une distraction » (6.32) - et pour ma vie éternelle, où je pourrai voir Allah de mes propres yeux, si j’entre au Paradis.
Dans ma prime jeunesse, j’avais besoin de savoir sans remettre en question. J’ai grandi en tant que musulman ; à l’école, on m’a appris à lire le Coran, à faire mes ablutions, à accomplir mes prières, etc. En grandissant, j’ai appris davantage à la mosquée, à travers les médias, les livres, la société, etc. Mais vint un moment où je compris que ce que je savais ne suffisait pas.
Les imams et les prêcheurs ne seront pas avec moi partout et à chaque instant. Mon cœur et ma conscience, eux, seront avec moi partout et à chaque instant. Je dois donc travailler mon cœur. Mais comment ? Lorsque je suis perplexe parce que je ne sais pas quoi faire, cela signifie que je respecte Allah. C’est par amour pour mon Seigneur. Et cela est une bonne chose. Et Allah aime cela. Il dit : « Il n’y a pas de péché pour vous dans les erreurs commises involontairement, mais (il y a péché) dans ce que vos cœurs préméditent. Allah est Pardonneur, Miséricordieux. » (33.5) « Sachez qu’Allah connaît ce qu’il y a dans vos âmes ; prenez donc garde à Lui. Et sachez qu’Allah est Pardonneur, Clément. » (2.235) « Quiconque commet un mal ou fait du tort à lui-même, puis implore le pardon d’Allah, trouvera Allah Pardonneur, Miséricordieux. » (4.110)
C’est la défiance qui pose problème. Même entre nous, êtres humains, il n’est pas juste de défier celui dont nous attendons du bien. Le point essentiel est qu’il existe des limites qu’il faut être prêt à accepter. Tout cela constitue un ensemble « d’opérations », un processus qui se déroule dans le cœur. La défiance naît d’abord dans le cœur ; elle doit donc être combattue d’abord dans le cœur. En termes simples, je dois faire de mon mieux pour plaire à Allah, non pour Le défier. Je dois faire de mon mieux, mais non l’impossible. Le Prophète (paix sur lui) a dit : « La religion est aisée ; celui qui la rend rigoureuse sera dominé par elle. Suivez donc une voie médiane (dans l’adoration) ; si vous ne pouvez pas, approchez-vous-en, annoncez la bonne nouvelle et recherchez l’aide d’Allah le matin, le soir et une partie de la nuit. » Je dois donc faire ce que je peux. Si je peux adorer Allah la nuit pendant que les gens dorment, c’est excellent, c’est l’honneur suprême d’un croyant véritable (mou’min). Si je peux jeûner fréquemment, c’est excellent aussi. Mais l’islam ne me demande pas de m’imposer ce que je n’ai pas la force de porter. Je peux exprimer ma gratitude envers Allah de multiples manières. Le Prophète (paix sur lui) a dit : « Accomplissez les bonnes œuvres correctement, sincèrement et avec modération, et sachez que vos œuvres ne vous feront pas entrer au Paradis, et que l’œuvre la plus aimée d’Allah est celle qui est régulière et constante, même si elle est petite. » « Ton corps a un droit sur toi, tes yeux ont un droit sur toi et ton épouse a un droit sur toi. » « Commence par toi-même et dépense pour toi-même ; s’il reste quelque chose, dépense-le pour ta famille ; s’il reste encore quelque chose, dépense-le pour tes proches ; et s’il en reste encore, alors dépense-le ainsi, ainsi… » - et il indiquait devant lui, à droite et à gauche.
Le Coran dit : « Ils t’interrogent sur ce qu’ils doivent dépenser. Dis : Ce que vous dépensez de bien doit aller aux parents, aux proches, aux orphelins, aux nécessiteux et au voyageur. Et tout bien que vous faites, Allah en est Parfaitement Informé. » (2.215) Le simple fait que je sois disposé à donner est un signe que je veux être reconnaissant envers Allah. Le Coran dit : « Qu’a Allah à faire de votre châtiment si vous êtes reconnaissants et croyants ? Allah est Reconnaissant, Omniscient. » (4.147)
Ce désir de donner, d’être bon, n’est pas propre aux croyants en Allah. Ce désir est humain, car il vient du cœur, et chaque être humain possède un cœur. Même les animaux ont quelque chose de cet ordre. Combien de personnes ont été sauvées de la mort par leurs animaux domestiques.
À présent, j’ai le désir de faire le bien. Mais comment le faire ? Est-il toujours facile de faire le bien, d’ailleurs ? Un jour, j’écoutais une émission de radio où des auditeurs demandaient conseil à d’autres auditeurs. L’un d’eux dit : « Je suis le plus jeune de trois frères vivant dans un pays étranger. Mon problème est que je vois l’un de mes frères fréquenter l’épouse de mon autre frère. Je suis traumatisé parce que je ne sais pas si je dois fermer les yeux pour préserver la paix avec mes deux frères ou avertir mon pauvre frère trahi par sa femme et par son frère. Aidez-moi. J’ai besoin de vos conseils. » Je suis désolé, je ne peux pas donner mon avis sur cela.
Mais l’autre jour, en marchant dans les bois, je trouvai une cigarette. Je me dis : dois-je l’écraser puisqu’elle ne fera que nuire à la santé de quelqu’un ? Ou devrais-je plutôt la laisser pour un pauvre homme qui ne peut pas s’en acheter une ? Eh bien, je ne l’ai pas écrasée. Parfois, il faut agir sur-le-champ.
Écoutez cette histoire incroyable que j’ai entendue à la radio. Un vieux chasseur expérimenté fut interrogé sur ses exploits cynégétiques. S’exprimant devant des membres de sa tribu qui le connaissaient bien, il déclara avoir chassé soixante-douze loups et des dizaines de renards, entre autres. Lui et ses compagnons avaient mangé ces loups et ces renards. « Un jour, dit-il, mes amis et moi étions tapis derrière un mur improvisé, à l’affût de renards, de loups ou de lapins. Soudain, un lapin apparut sur le sol nu. Je le vis dans ma ligne de mire - je n’avais jamais manqué un gibier - et tandis que je l’observais à travers la lunette de mon fusil, le muezzin commença l’appel à la prière. Le lapin s’arrêta net. Il se redressa sur son arrière-train et demeura immobile. Lorsque le muezzin eut terminé son appel, le lapin passa ses pattes avant sur son visage, comme en prière, puis s’éloigna. J’en fus profondément ému, et je le laissai partir. »
Dois-je penser la foi uniquement en termes de probité : je dois faire ceci, je ne dois pas faire cela ? Ne dois-je pas aussi jouir de ma vie en tant qu’être humain ?
Le Coran m’invite, en tant que croyant, à « parcourir la terre et voir comment Il a commencé la création, puis comment Allah la fera croître une autre fois » (29.20). Ce voyage - en arabe, siyaha - est à la fois spirituel et matériel. Lorsque je pratique cette forme de tourisme spirituel (siyaha) afin d’offrir un repos à mon cœur pour qu’il ne s’aveugle pas, je pratique en réalité ma foi - tout comme si j’étais en prière. Allah dit : « N’ont-ils pas observé le ciel au-dessus d’eux, comment Nous l’avons construit et embelli, et comment il ne présente aucune fissure ? Et la terre, Nous l’avons étendue, y avons implanté des montagnes fermes et y avons fait pousser toutes sortes de magnifiques espèces, en vision et en rappel pour tout serviteur repentant. » (50.6-8) Autrement dit, je jouis de la vie. Je vis ma vie terrestre tout en préservant et en fortifiant ma foi.
La confrontation peut parfois fonctionner avec les hommes, mais jamais avec Allah. Si je veux la paix avec Allah, il n’y a qu’une seule voie : l’istighfar - demander pardon à Allah. Lorsque j’implore Son pardon, je confirme en réalité ma conviction qu’Allah est mon Seigneur et que Lui seul décide de mon destin. Je confirme que je crois en l’Invisible. C’est extrêmement important. Les véritables croyants « croient en l’Invisible » (2.3), « ceux qui craignent leur Seigneur dans le secret et redoutent l’Heure » (21.49). Plus je sais, plus je devrais craindre mon Seigneur. « Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah. Allah est Puissant, Pardonneur. » (35.28)
Les savants qui réfléchissent de bonne foi ne peuvent que mieux connaître Allah et Le craindre davantage. Mais qu’en est-il de quelqu’un comme moi, qui ne suis pas un érudit ? Au minimum, je dois éviter toute forme de confrontation avec Allah. Si je comprends quelque chose, tant mieux. Si je ne comprends pas la logique d’une règle, par exemple, je dois respecter la science d’Allah qui l’a établie. Je dois également témoigner humblement de la justice d’Allah. « Allah atteste - et les anges et les détenteurs du savoir avec Lui - qu’il n’y a de divinité que Lui, maintenant la création avec équité. Nulle divinité hormis Lui, le Puissant, le Sage. » (3.18)
C’est une question de foi. Je fais confiance au fait qu’Allah n’a pas établi une règle contre l’intérêt de l’homme. Je fais confiance à l’existence d’un bien dans cette règle, même si je ne le perçois pas moi-même. Si je ne parviens pas à comprendre la sagesse qui sous-tend certaines prescriptions, je dois néanmoins m’y conformer - comme je le ferais pour des lois établies dans l’intérêt public. J’accepte d’abord la règle, puis je philosophe à son sujet. Je dois reconnaître que ma connaissance est limitée face à celle d’Allah. Même si je pensais connaître tout ce qui est sur la terre et dans le ciel, je pourrais encore ignorer l’essentiel : le destin de mon âme après la mort. Allah dit : « Ils ne connaissent qu’une apparence de la vie d’ici-bas, et ils sont inattentifs à l’Au-delà. » (30.7) « Nous avons exposé dans ce Coran toutes sortes d’exemples pour les hommes, mais l’homme est, plus que tout, enclin à la polémique. » (18.54) « Ils n’en ont aucune science ; ils ne suivent que conjecture, et la conjecture ne remplace jamais la vérité. Détourne-toi donc de celui qui se détourne de Notre rappel et ne désire que la vie d’ici-bas. Voilà toute l’étendue de leur savoir. » (53.28-29) « La plupart d’entre eux ne suivent que conjecture. Or la conjecture ne remplace en rien la vérité. » (10.36)
En tant que croyant, désireux d’être sincère dans ma réflexion sur la foi, je ne chercherai pas le savoir uniquement dans les livres et les écoles. Je suis instruit chaque jour dans l’école de la vie. Mes épreuves, mes difficultés, m’enseignent énormément sur moi-même et sur le monde. Je sais, je crois, et je n’établis aucune barrière entre le Visible et l’Invisible, entre le monde et le Paradis. Le Coran m’apprend que, le Jour du Jugement, le bon croyant dira : « Tenez, lisez mon livre ! » (69.19) Et au mécréant il sera dit : « Lis ton livre. Ton âme te suffit aujourd’hui comme comptable. » (17.14)
Il n’y a pas de retour possible : personne ne recevra une seconde chance pour réfléchir ou décider. Si je refuse de prendre en compte l’Invisible MAINTENANT, je pourrais le regretter ALORS. Allah dit : « Toute âme goûtera la mort. Et vous ne recevrez votre pleine rétribution qu’au Jour de la Résurrection. Quiconque sera écarté du Feu et introduit au Paradis aura certes réussi. La vie d’ici-bas n’est qu’un plaisir illusoire. » (3.185) « Ceci est un message clair pour l’humanité afin qu’ils soient avertis, qu’ils sachent qu’Il est un Dieu unique et que les gens doués d’intelligence méditent. » (14.52)
Croire en l’Invisible n’est pas chose aisée. Dans la sourate Yousouf, il est dit : « Et même si tu t’efforces beaucoup, la plupart des gens ne croiront pas. » (12.103) « Et la plupart d’entre eux ne croient en Allah qu’en Lui associant des partenaires. » (12.106) Lorsque je suis mis à l’épreuve, mes épreuves renforceront ou affaibliront ma foi. Le savoir seul ne suffit pas, mais il aide. Les gens dépensent beaucoup d’argent en consultations psychiatriques. Si j’acquiers ce type de connaissance - par l’expérience personnelle, par mes épreuves, par la siyaha (tourisme spirituel) - je n’aurai jamais besoin de psychiatre. Lorsque je suis dans l’adversité, que j’implore Allah de m’aider et qu’Il me vient en aide d’une manière inattendue, cela fortifie ma foi. J’apprends par cette expérience que lorsqu’Allah promet quelque chose, Sa promesse est véridique. C’est pourquoi la -, chaque fois que possible, est très importante. Il est essentiel pour le croyant de voir la beauté dans toutes ses manifestations.
Cependant, pour nous, enfants d’Adam, la beauté de ce monde ne doit être qu’un avant-goût de la véritable beauté, celle du Paradis. La bonté de ce monde n’est qu’un échantillon de la bonté divine.
« Allah est plein de miséricorde, Il est Clément envers les hommes. » (2.143) Allah sait ce qu’est la vie. C’est Lui qui a créé le monde et la vie. « Béni soit Celui dans la main de qui est la Souveraineté, et Il est capable de toute chose. Qui a créé la vie et la mort afin de vous éprouver pour savoir lequel de vous agit le mieux ; et Il est le Puissant, le Pardonneur. » (67.2) Allah fait tourner notre monde chaque jour, chaque minute, chaque seconde. « Tous ceux qui sont dans les cieux et sur la terre implorent Son aide. Chaque jour Il exerce le pouvoir universel. » (55.29) Allah sait ce que cela signifie pour moi d’avoir un travail, de me marier, d’avoir un toit, des enfants, de bien manger, de bien dormir. Allah sait ce qu’est le bonheur. Allah sait aussi des choses que je ne sais pas. « En vérité, Allah! Avec Lui est la connaissance de l’Heure. Il fait descendre la pluie et connaît ce qui est dans les ventres. Nul ne sait ce qu’il gagnera demain, et nul ne sait dans quel pays il mourra. En vérité, Allah est Omniscient, Parfaitement Connaisseur. » (31.34) Allah sait ce qui est bon pour moi et ce qui est mauvais pour moi. « Il se peut que vous détestiez une chose qui est bonne pour vous, et il se peut que vous aimiez une chose qui est mauvaise pour vous. Allah sait, vous ne savez pas. » (2.216) Ce qui importe, c’est mon intention, ma foi, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Ce qui importe, c’est ce que j’ai dans le cœur. La vie est la vie. La plupart des gens, croyants ou non, mangent, boivent, travaillent, dorment, se marient, construisent des maisons, conduisent des voitures, etc. Mais, apparemment, la plupart des gens ne vivent que pour le monde. Si je suis croyant, je peux « chercher la demeure de l’Au‑delà avec ce qu’Allah m’a donné » sans négliger ma « part du monde ». Tout ce que je dois faire, c’est être « bon, comme Allah a été bon envers moi. » Allah dit : « Mais cherchez la demeure de l’Au‑delà avec ce qu’Allah vous a donné et ne négligez pas votre part du monde, et soyez bons comme Allah a été bon envers vous, et ne cherchez pas la corruption sur la terre; en vérité, Allah n’aime pas les corrupteurs. » (28.77) Personne ne me demande, en tant que croyant, d’abandonner ma « part du monde ». Pour les bons croyants, tout est ‘ibada (acte d’adoration); même faire l’amour avec son époux ou son épouse est ‘ibada. Mais pour être considéré comme un bon croyant, je dois être éprouvé. Je veux quelque chose d’Allah ? Alors je dois placer ma confiance en Lui et faire preuve de patience. Je dois être parmi « ceux qui sont fermes et placent leur confiance en Allah. » (16.42) Au lieu d’être rongé par le remords, je choisis patience, contentement et confiance en Allah. Si je fais cela, voici ce qu’Allah me promet : « Quiconque agit correctement, homme ou femme, et est croyant, nous lui ferons mener une vie agréable, et Nous le récompenserons proportionnellement au meilleur de ce qu’il accomplissait. » (16.97) « Ô vous qui croyez ! Craignez Allah et dites des paroles droites; Il ajustera vos œuvres pour vous et pardonnera vos péchés. Quiconque obéit à Allah et à Son messager a certainement remporté une victoire éclatante. » (33.70-71) Mes « œuvres » incluent tout ce que je fais dans ma vie.
Oui, c’est plus facile à dire qu’à faire. Mais que puis‑je faire ? Ai‑je un autre choix ? Une vie de qualité est réservée aux fidèles seulement. Allah dit : « Allons‑nous traiter ceux qui croient et font de bonnes œuvres comme ceux qui sèment la corruption sur terre ? Ou traiter les pieux comme les méchants ? » (38.28) « Ou ceux qui commettent des méfaits pensent‑ils que Nous les rendrons égaux à ceux qui croient et font de bonnes œuvres, dans la vie et dans la mort ? Mauvais est leur jugement ! » (45.21) « Mais celui qui se détourne de Mon rappel aura une vie étroite. » (20.124) Si je suis raisonnable, je ne voudrais pas avoir « une vie étroite ». Mais une vie étroite n’est pas toujours liée aux choses matérielles. Comme je l’ai dit plus haut, la vie est un ressenti.
Allah sait que les moyens matériels sont très importants. Allah sait que certains bons croyants ne peuvent se passer d’une voiture, que d’autres doivent payer leur loyer en urgence, que d’autres sont malades et ont besoin de médicaments en permanence, que d’autres n’ont même pas de rasoir pour se raser ou de chaussettes ou de chaussures… Mais Allah ne voit pas seulement mes privations. Il voit aussi la récompense que je ne peux pas encore voir. Il voit ma récompense dans ce monde et dans l’Au‑delà. Il dit : « Quiconque désire le pouvoir, sache que tout pouvoir appartient à Allah. À Lui montent les bonnes paroles, et les pieuses actions Il les élève. » (35.10) « En vérité, Allah n’inflige pas d’injustice, même du poids d’une fourmi; et s’il y a une bonne action, Il la double et donne (à celui qui l’accomplit) de Sa part une immense récompense. » (4.40) Pourquoi Allah me priverait‑Il de choses qu’Il sait si chères pour moi ? Ne suffit‑il pas que je croie en Lui déjà et que je m’efforce de L’agréer ? Eh bien, cela peut ne pas suffire. La foi nécessite le yaqine absolu (croyance/foi absolue). Allah dit : « Ou pensez‑vous entrer au paradis alors qu’il ne vous est encore venu ce qui est venu à ceux qui vous ont précédés ? L’affliction et l’adversité les ont frappés, ils ont été ébranlés comme par un tremblement de terre, jusqu’à ce que le messager (d’Allah) et ceux qui croyaient avec lui disent : Quand viendra l’aide d’Allah ? Maintenant, certes, l’aide d’Allah est proche. » (2.214) Quand je suis conduit à montrer patience et renoncement, les autres diront de moi : celui-ci est paresseux, il ne vaut rien ; celui-ci aimerait être nourri par les autres. Tout cela fait partie de mon épreuve. C’est une expérience pour moi afin que j’aie une forte personnalité, plus de confiance en moi, pour vivre selon de vrais principes et non seulement pour l’argent. « Ceux qui croient et ne ternissent pas leur foi par le mal, la sécurité est pour eux; et ils sont bien guidés. » (6.82) « Ceux qui ont cru et dont les cœurs trouvent repos dans le rappel d’Allah. En vérité, c’est dans le rappel d’Allah que les cœurs trouvent le repos ! » (13.28) Ce sont mes épreuves qui feront de moi « un esclave reconnaissant ». (17.3) Ce serait un grand honneur pour moi si Allah me considérait comme « un esclave reconnaissant ». Allah dit : « Peu de Mes serviteurs sont reconnaissants. » (34.13) Si je suis reconnaissant, Allah prendra soin de moi de la meilleure manière possible, car « Il donne Sa générosité à quiconque est généreux. » (11.3) Quoi de mieux que de mener une vie gérée d’en haut par le Seigneur, qui sait tout, qui peut tout ? Je gère mon cœur, Allah gère ma vie comme aucun manager ne pourrait le faire.
Quid de mes frustrations de ne pas avoir obtenu ce travail précis, cette maison ou cette personne ? Allah me dit : « Aucune calamité n’arrive sans la permission d’Allah. Et quiconque croit en Allah, Il guide son cœur. Et Allah est Omniscient de toutes choses. » (64.11) « Rien de mauvais ne survient sur la terre ou en vous-mêmes, sauf qu’il est consigné dans un Livre avant que Nous le fassions exister – c’est facile pour Allah – afin que vous ne vous affligiez pas pour ce qui vous a échappé, ni ne vous réjouissiez pour ce qui vous a été donné. Allah n’aime pas les orgueilleux vaniteux. » (57.22-23) En d’autres termes, ma patience et mon contentement envers Allah effaceront toutes mes frustrations.
Mais Satan rôdera toujours autour de moi. Satan peut ne pas me troubler lorsque je suis seul. « Il n’a aucun pouvoir sur ceux qui croient et placent leur confiance en leur Seigneur. » (16.99) Mais dès que je suis au milieu des autres, Satan sera là aussi. Il inspirera chez eux des paroles qui me feront me sentir frustré des choses que je n’ai pas pu obtenir dans le passé ou que je n’arriverai peut-être pas à atteindre dans le futur. Pendant que je suis éprouvé, Satan me causera des problèmes avec des amis, des membres de la famille, etc. Ces amis, voisins, membres de famille ne penseront pas à Satan. Mais c’est ma responsabilité de savoir que Satan utilisera certaines de ces personnes pour me rendre malheureux. Allah dit : « En vérité, la conspiration n’est que du diable, afin qu’il afflige ceux qui croient; mais il ne peut leur nuire en rien sauf par la permission d’Allah. En Allah, que les croyants placent leur confiance. » (58.10) Cependant, durant mes épreuves, Allah m’enverra quelqu’un pour m’aider lorsque je ne pourrai pas m’aider moi-même. Mais Allah ne me donnera pas tout ce que je veux ou tout ce dont j’ai besoin, même par la meilleure âme au monde, tant que je n’ai pas passé l’épreuve. Sinon, pourquoi cela s’appellerait-il une épreuve ? Allah peut faire en sorte que ma famille, ou une charité, m’aide avec la nourriture mais pas avec l’argent. Je n’aurai l’argent désiré que si Allah le veut.
Si je dis non, il y a l’État qui peut me donner un revenu universel de base, une allocation chômage ou un bon de carburant, etc., la réalité me montrera cependant que cela ne suffit pas. Nous avons vu des milliers de manifestants tout casser parce que leur salaire ne leur suffisait pas. Ces gens ont un travail et un salaire, mais se plaignent de ne pas pouvoir aller au restaurant ou au cinéma, par exemple. En aucun cas nous ne pouvons substituer l’État à la Providence.
Si Allah veut que je passe par une épreuve, je ne pourrai y échapper. Donc je ne devrais pas blâmer les gens pour ce qu’ils ne peuvent pas me donner. Allah dit : « Dis à Mes serviteurs de parler des paroles meilleures. Le diable sème la discorde parmi eux. En vérité, le diable est pour l’homme un ennemi déclaré. » (17.53) Ces personnes qui sont « mauvaises » envers moi peuvent être bonnes envers d’autres. Ces personnes peuvent être « mauvaises » envers moi maintenant parce que j’ai été mauvais envers elles dans le passé. Allah dit : « Quiconque fait le bien, même du poids d’un atome, le verra; et quiconque fait le mal, même du poids d’un atome, le verra aussi. » (99.7-8) Donc, si je peux faire le bien, je devrais le faire pour l’amour d’Allah. Allah dit : « Si vous annoncez vos aumônes, c’est bien; mais si vous les cachez et les donnez aux pauvres, cela vous sera meilleur. » (2.271) « Une parole aimable accompagnée de pardon vaut mieux que l’aumône suivie d’un préjudice. Allah est Absolu, Clément. Ô vous qui croyez! Ne rendez pas vaines vos aumônes par des reproches ou des blessures. » (2.263-264) « Et tout bien que vous dépensez, c’est pour vous-mêmes, si ce n’est que vous cherchez le Visage d’Allah; et tout bien que vous dépensez, Il vous le remboursera pleinement et vous ne serez pas lésés. » (2.272) En d’autres termes, je dois être bon et ensuite faire le bien. Je dois faire ce que je peux. Je ne suis pas obligé de faire du bien à une personne qui ne fera que me nuire. J’ai le choix. Moi seul peux connaître les limites de ma patience à cet égard. « Allah n’impose à aucune âme une charge supérieure à sa capacité. » (2.286) Je devrais prendre la vie telle qu’elle vient. Je gère mon cœur et Allah gérera ma vie.
Allah dit : « Ceux qui persévèrent à chercher l’agrément de leur Seigneur, accomplissent régulièrement la prière, dépensent de ce que Nous leur avons accordé en secret et ouvertement, et repoussent le mal par le bien, ceux-là auront pour suite la demeure céleste, les Jardins d’Éden qu’ils entreront, avec tous ceux qui agissent bien parmi leurs pères, leurs épouses et leurs descendants. Les anges entreront auprès d’eux par chaque porte, (en disant) : Paix sur vous, car vous avez persévéré. Ah ! Quelle douce sera la récompense de la demeure céleste. » (13.22-24) Voilà le fruit d’une éducation islamique. Mes parents, mes frères et sœurs - nous pouvons tous nous retrouver là‑bas, au Paradis, comme nous nous sommes rencontrés ici sur terre. Une bonne éducation (ou son absence) nous réunira ou nous séparera - pour toujours.
Nous pouvons tous être psychologiquement brisés à un moment ou un autre. Seule la foi peut nous aider à nous relever. La foi est lumière. La foi est liberté. La foi est la liberté de tous sauf du Seigneur. En tant que croyant, je me libère de ce qui remplit mon cœur de rancune et de remords. Je me valorise. Si je cherche cette importance en moi, je la trouverai dans ma foi.
Le pouvoir de la société est plus lourd que les montagnes. Même avec la foi, il faut beaucoup d’efforts pour s’en libérer sans choquer. Que me dit alors la foi ? Un jour, un homme sage vit un homme debout, regardant à droite et à gauche. L’homme sage lui dit : « Que cherches‑tu, homme ? » L’homme répondit : « Je cherche un endroit propre pour prier. » L’homme sage lui dit : « Purifie ton cœur et prie où tu veux ! » Si je peux purifier mon cœur, en tant que croyant, je peux aller où je veux, avec qui je veux ; je peux manger ce que je veux, où je veux ; je peux porter les vêtements que je veux, où je veux. Mon cœur me guidera. Allah dit : « Il n’y aura pas de péché imputé à ceux qui croient et accomplissent de bonnes œuvres pour ce qu’ils ont pu manger dans le passé. Alors, soyez attentifs à votre devoir envers Allah, faites de bonnes œuvres; encore une fois, soyez attentifs à votre devoir et croyez; et encore une fois, soyez attentifs à votre devoir et agissez correctement. Allah aime les bons. » (5.93)
Voyez les degrés de la foi ? Si je fais une erreur la première, la deuxième ou la dixième fois, je serai puni d’une manière ou d’une autre, et je comprendrai que ceci ou cela n’est pas bon pour moi ; mon cœur en tirera une leçon et me conduira là où je n’aurai plus de problèmes avec Allah ou avec les gens. C’est la sagesse. C’est ainsi que la liberté, telle que je la vois en tant que croyant, deviendra une seconde nature pour moi. Je gère mon cœur, Allah gérera ma vie. Mon cœur est la partie la plus précieuse de moi. Si je le garde pur, ma vie sera pure.
Liberté, oui, mais j’ai aussi besoin d’argent. L’argent est essentiel. Il n’est pas étonnant que lorsque nous lisons un livre comme celui-ci, nous voulions savoir immédiatement ce qu’Allah nous réserve. C’est tout à fait normal. Je viens de dire que le pouvoir de la société est plus lourd que les montagnes. Les gens voudraient savoir si vous avez votre propre maison, si vous êtes marié… Ils vous jugeront sur cela. Dites‑moi ce que vous possédez, et je vous dirai ce que vous êtes.
Et même si personne ne me demande quoi que ce soit, j’ai toujours besoin d’un minimum d’argent. À un certain âge, je devrais être marié. Je devrais être autonome et ne pas dépendre de ma famille, par exemple. Peu importe ma foi, je ne peux m’empêcher de sentir la pression de la société. C’est très, très difficile. Mais quand j’y pense objectivement, je me dis : Allah a tant à me donner, mais moi - que puis-je Lui donner ? Allah ne cherche aucun moyen de subsistance de ma part. Il dit : « J’ai créé les djinns et les humains uniquement pour qu’ils M’adorent. Je ne cherche pas de subsistance de leur part, et je ne leur demande pas de Me nourrir. En vérité, Allah est Celui qui donne la subsistance, le Seigneur à la force inébranlable. » (51.56-58) Ce qu’Allah attend de moi, c’est que je Lui réserve une place spéciale, très, très spéciale dans mon cœur.
Si j’ai choisi pour mes prières l’endroit le plus beau de ma maison, je devrais réserver pour le Seigneur l’endroit le plus beau, le plus pur, le plus intime de mon cœur. Le Coran parle de tijara (commerce) : si tu fais cela, Je te donne ceci. J’ai besoin d’Allah. J’ai besoin de la grâce d’Allah. J’ai besoin de l’aide d’Allah. Mais je ne dois pas commercer avec Allah, au sens littéral. Je ne dois pas traiter Allah comme un échange de services. Je dois Le voir comme un ami, un ami fiable et fidèle pour toujours. Je ne Lui cache rien, Il sait tout. Je ne feins pas, Il sait ce qu’il y a dans mon cœur. S’Il me prive de quelque chose, je Lui parle avec la plus grande politesse possible. Je Lui demande ce que je veux, je Lui raconte mes souffrances. Je Lui montre mes larmes que je ne montrerais à personne. Je Lui dis les mots les plus beaux, ceux que je ne dirais à personne. Je Lui montre combien je L’aime, combien c’est un honneur de L’avoir comme Dieu, comme protecteur. Je Lui montre que je L’aime pour ce qu’Il est. Je Lui montre combien j’ai besoin de Lui, de Sa grâce, de Son paradis, de Sa Face. Je Lui montre, par mes paroles et mes actes, que je ne suis rien sans Lui. Il me rendra heureux tel que je suis, heureux de ce que je fais. Il me fera sentir que je ne suis plus seul et solitaire. Il me rendra heureux. Il me donnera - s’Il le veut - plus que ce que j’ai demandé. « La récompense de la bonté n’est-elle pas autre chose que la bonté ? » (55.60) Si je souille mon cœur par un péché, je verse des larmes, je mouille mes yeux pour le purifier. Je balaie mon cœur chaque jour avec le tasbih de ma langue. Je rends l’endroit d’Allah dans mon cœur plus propre que mes vêtements, ma nourriture, ma maison. Et je dis : « Louange à Allah, qui n’a pas pris de fils, qui n’a pas de partenaire dans la Souveraineté, et qui n’a pas de protecteur par dépendance. Et magnifiez-Le avec toute magnificence. » (17.111)
L’argent peut acheter une belle voiture, une maison splendide, l’amour d’une femme aux yeux magnifiques, mais jamais le plaisir d’Allah.
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Quelle est la différence entre Allah et Satan ? Eh bien : « Le Diable vous promet la pauvreté et vous ordonne la turpitude. Mais Allah vous promet, de Sa part, pardon et faveur. Allah est Immense, Omniscient. » (2.268) « Satan est pour l’homme un ennemi déclaré. » (12.5) « Satan fut toujours pour l’homme un abandonneur à l’heure du besoin. » (25.29) Quant à Allah : « Allah ne voulait pas que votre foi fût vaine, car Allah est Plein de compassion et Miséricordieux envers les hommes. » (2.143) « …et Il est le Plus Miséricordieux de ceux qui font miséricorde. » (12.64)
Le Coran dit : « L’homme a été créé faible. » (4.28) Pourtant, il ne me dit pas d’aller pécher ; il me dit que si je pèche, je dois être honnête et demander pardon. Si, l’espace d’un instant, j’écoute Satan et commets un péché, je dois me repentir, et il se peut que je sois puni même si je me repens, afin de ne pas être encouragé à poursuivre dans cette voie, la voie de Satan. Allah dit : « Délaissez le péché apparent et le péché caché. Ceux qui acquièrent le péché recevront la rétribution de ce qu’ils ont acquis. » (6.120) Allah veut me sauver. Allah veut que je mène une vie pure dans une société pure. Si je ne suis pas pur, je ne devrais pas m’attendre à ce que ma société le soit. Si la société est saine et droite, cela ne garantit pas que je le serai moi aussi. Je dois surveiller mes propres actes. Personne ne peut surveiller autrui en permanence. Je ne peux pas toujours me fier à l’intégrité ou à la probité de quelqu’un, car chacun peut me tromper. L’Histoire est pleine de récits de trahison. Même les croyants les meilleurs, les plus sincères, sont faillibles : ils peuvent commettre des erreurs. Alors Allah a prévu un moyen de réduire ces erreurs. Les savants appellent cela sadd adh-dharā’iʿ, c’est-à-dire l’interdiction de ce qui peut conduire au péché. Si l’on laisse un homme seul avec une femme, ils risquent, tôt ou tard, de commettre une faute, ou du moins d’en éprouver le désir. Le Prophète (paix et bénédictions sur lui) a dit : « Chaque fois qu’un homme se trouve seul avec une femme, le troisième est Satan. » Si vous laissez votre fils ou votre petit frère se rendre dans un lieu où l’alcool et les drogues circulent librement, il est fort probable qu’il fasse comme les autres. Que faites-vous pour le protéger ? Vous l’empêchez d’y aller. S’il ne vous écoute pas, que se passera-t-il ? Il en va de même pour le Coran. Le Coran interdit l’adultère parce que, vous le savez, les conséquences peuvent être graves pour tous. Les enfants, par exemple, ont le droit légitime de connaître leur père biologique, ce qui n’est pas toujours possible. Seriez-vous heureux d’apprendre que l’enfant que vous appelez votre fils, que vous avez nourri pendant tant d’années, est en réalité le fils d’un autre homme ? Si cela ne vous est pas arrivé personnellement, cela est arrivé à bien des hommes.
Dans certains pays, une femme peut épouser plusieurs hommes en même temps. Certains hommes s’en accommodent, parce qu’ils préfèrent cela à la stigmatisation de ne pas pouvoir engendrer d’enfant ; mais c’est un choix. La Loi peut autoriser le mariage pour tous, mais en fin de compte chaque individu reste libre de choisir sa voie ; le Coran vous indique la sienne et c’est à vous de décider. Allah sait que faire l’amour procure une sensation si agréable, mais pour combien de temps ? Allah sait que la cocaïne procure une sensation si agréable, mais pour combien de temps ? Si je ne peux pas me marier, pour des raisons matérielles par exemple, et que je commets une faute, au moins dois-je demander pardon. Au moins dois-je considérer cela comme un péché. Allah dit : « Ne vont-ils donc pas revenir vers Allah et Lui demander pardon ? Car Allah est Pardonneur, Miséricordieux. » (5.74) « Et ceux qui, lorsqu’ils commettent une turpitude ou se font du tort à eux-mêmes, se souviennent d’Allah et implorent le pardon pour leurs péchés - et qui donc pardonne les péchés sinon Allah ? - et ne persistent pas sciemment dans le mal qu’ils ont fait. » (3.135) Je dois donc implorer le pardon d’Allah et Lui demander de me donner les moyens de me marier. Il ne s’agit pas de coercition. Ce n’est pas qu’Allah veuille que je souffre de telles privations. C’est qu’Il veut m’élever de l’état d’animal à celui d’être humain digne. L’amour a été créé pour encourager les gens à se marier et à engendrer des enfants. Certains de ces enfants adoreront, espérons-le, Allah. L’expérience me montrera que Satan peut parfois être comme un lion en cage, et que c’est moi qui irai ouvrir la cage pour le laisser sortir. L’expérience me montrera que je ne commets pas ces erreurs uniquement parce que je suis faible. Il m’arrivera même d’en commettre juste après avoir été soulagé d’une longue souffrance ! Allah dit : « Et quand un malheur touche l’homme, il Nous invoque, couché sur le côté, assis ou debout ; puis, lorsque Nous l’avons délivré de son malheur, il s’en va comme s’il ne Nous avait jamais invoqués pour un mal qui l’avait atteint. » (10.12) Que devrais-je attendre d’Allah dans ce cas ? Ainsi, lorsque Allah me punit pour mes fautes, c’est parce qu’Il veut que je sois une personne honnête et droite. Allah ne veut pour moi que le bien. Il veut que je sois heureux. Allah m’aimerait avant même que je ne L’aime. Allah dit : « Ô vous qui croyez ! Quiconque parmi vous apostasie de sa religion… Allah fera venir un peuple qu’Il aime et qui L’aime. » (5.54) Quand je pèche et que je suis puni, Allah veut que je ressente de la gêne, de la honte, afin que je dise PARDON. Allah dit : « Ô homme ! Qu’est-ce qui t’a trompé au sujet de ton Seigneur, le Généreux, qui t’a créé, puis façonné, puis harmonieusement proportionné ? Il t’a formé dans l’apparence qu’Il a voulue. » (82.6-8)
Pourquoi est-ce que je pèche ? Très souvent, c’est soit parce que je suis pessimiste (et que je pense qu’Allah ne va pas m’aider de sitôt), soit parce que je me sens autosuffisant et que je crois que même le châtiment d’Allah n’affectera pas ma vie dans l’immédiat. Mais pourquoi devrais-je attendre qu’Allah m’aide ? En tant que croyant, est-ce moi qui veux servir Allah ou est-ce que je veux qu’Allah me serve ? Et si Allah me donnait tout ce que je veux, me soucierais-je seulement de passer du niveau de l’Islam au niveau de l’Imane ? Allah m’a d’abord donné la chance d’être musulman ; maintenant Il me donne la possibilité de devenir moumine (un véritable croyant). C’est un degré supérieur ; je dois travailler dur pour y parvenir. Je dois travailler dur psychologiquement et intellectuellement. Ainsi, si Allah me place dans une situation pitoyable, à cause de mes propres péchés, c’est l’occasion pour moi de créer une harmonie entre les actes physiques que j’accomplis en tant que musulman (la prière, le jeûne…) et le cadre spirituel dans lequel je les accomplis. En faisant cela, je donne un sens à ma salate (prière), à mon jeûne… Je ne me contente plus d’imiter les autres ; je traduis le langage de mon propre cœur et de mon esprit en actes concrets. Cela ne se fera pas du jour au lendemain : cela vient peu à peu. Allah sait ce que je veux. Allah sait ce dont j’ai besoin. Allah connaît les limites de ma patience mieux que moi-même. Allah sait tout de moi, même avant ma naissance. Ce qui compte maintenant, c’est mon intention, ce que j’ai dans le cœur. Est-ce que je veux servir Allah ou est-ce que je veux qu’Allah me serve ? Si je veux simplement qu’Allah me serve, je ne resterai rien de plus qu’un musulman - ce qui est en soi une GRANDE chose.
L’épreuve est douloureuse. Mais les non-croyants aussi traversent des expériences douloureuses. C’est mon intention, c’est mon cœur, qui transforment mon épreuve en degrés gravis sur l’échelle de la Foi, si toutefois je m’en soucie. Il y a des hauts et des bas.
Et maintenant, que se passe-t-il si j’échoue à une épreuve ? Très simplement, je serai puni. Lorsque je me sens bien, même si je suis un moumine, je peux céder aux tentations, je peux oublier toutes les souffrances que j’ai traversées lors de ma dernière épreuve. Alors Allah me rappellera par une nouvelle épreuve. Cet emploi qui me donnait un si fort sentiment de sécurité et d’autosuffisance, eh bien, je le perds. Mon sentiment de sécurité est remplacé par le pessimisme. Que fais-je ? Soit je cède à mes instincts animaux, poussé par mon pessimisme écrasant, soit je me souviens de mon Seigneur et je cours vers Lui pour trouver refuge. Malheureusement pour moi, Allah peut ne pas éloigner mon malheur de sitôt. Il peut attendre que j’en tire une leçon. Allah peut attendre que je me pose davantage de questions, que je fasse mon examen de conscience, que je réfléchisse plus objectivement au monde qui m’entoure, à la vie, à mon rôle dans ce monde, à mon but dans cette existence. Allah attendra que je sois honnête avec moi-même. Si je le fais, ma foi grandira de plus en plus.
Moi aussi, je pourrais dire : pourquoi devrais-je être puni au départ, puisque c’est Allah qui a créé Satan et lui a donné le pouvoir de m’égarer ? Supposons que votre fils unique vole une voiture et aille en prison : en prendriez-vous la responsabilité ? Accepteriez-vous d’aller en prison à sa place, sous prétexte que c’est vous qui ne lui avez pas donné la bonne éducation ? Peut-être que votre fils est bon et ne ferait jamais une telle chose, mais supposons que la voiture de votre épouse soit volée par le fils d’une mère célibataire qui a conçu cet enfant lors d’une aventure pendant une sortie scolaire. Votre épouse maudirait-elle le garçon qui a volé la voiture ou l’ancienne lycéenne qui l’a mis au monde ? Si vous (homme) couchiez avec une fille rencontrée dans la rue et que vous attrapiez le sida, qui blâmeriez-vous ? La fille, ses parents, vous-même, la société ? Si vous tombiez gravement malade à cause de la malbouffe que vous consommez chaque jour, pénaliseriez-vous les grandes entreprises agroalimentaires, les nouveaux modes de vie, la société entière ? Accuseriez-vous toute la chaîne alimentaire ? Ainsi, le Coran éveille et responsabilise le croyant. Il parle de nafs ammāra (l’âme qui incite au mal), de nafs lawwāma (l’âme qui se blâme elle-même) et de nafs mutma’inna (l’âme apaisée). C’est à moi, en tant que croyant, de gérer ma nafs, avec l’aide d’Allah, Qui dit : « Par l’âme et Celui qui l’a harmonieusement façonnée, et lui a inspiré son immoralité comme sa piété ! A réussi certes celui qui la purifie, et a échoué certes celui qui la corrompt. » (91.7-10) « Ô toi, âme apaisée ! Retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée. Entre parmi Mes serviteurs ! Entre dans Mon Paradis ! » (89.27-30)
Chacun peut apprendre directement du Coran comment remercier Allah pour toutes Ses grâces. Allah dit : « Ne voyez-vous pas qu’Allah a mis à votre service tout ce qui est dans les cieux et sur la terre et qu’Il vous a comblés de Ses bienfaits, apparents et cachés ? Et pourtant, parmi les hommes, il en est qui disputent au sujet d’Allah sans science, sans guide et sans Livre éclairant. » (31.20) Mais lorsqu’il s’agit de gérer nos relations complexes au sein de la société, nous avons besoin d’un savoir solide inspiré du Coran et du Hadith. Ce sont nos savants, ceux qui possèdent la connaissance, qui nous expliquent comment accomplir notre mission de lieutenants d’Allah sur terre. Allah dit : « Interrogez les détenteurs du Rappel si vous ne savez pas ! » (16.43) « Rappelez-vous Allah comme Il vous a enseigné ce que vous ne saviez pas. » (2.239) « Que n’y eut-il, parmi les générations avant vous, des hommes dotés d’un reste de bon sens pour interdire la corruption sur terre, hormis le petit nombre que Nous sauvâmes parmi eux ! » (11.116) La vie en société a besoin d’organisation. Les gens doivent connaître leurs droits et leurs devoirs ; ils doivent savoir, par exemple, quelle est l’étendue de la liberté qui leur est accordée dans la société. Mais ils doivent aussi comprendre pourquoi ils doivent s’abstenir de faire certaines choses que d’autres, dans la même société, feraient sans gêne. Même une personne véritablement intellectuelle peut en venir à obéir aux prescriptions et aux interdits d’Allah sans protester. C’est cela la ’ibāda, l’adoration. Mais il y a la ’ibāda (l’adoration) et la ma‘rifa (la connaissance). Je m’efforce, au sein de la foi, de comprendre, de saisir la finalité qu’Allah « avait en vue » lorsqu’Il a ordonné ceci ou interdit cela. Allah dit : « Ils t’interrogent sur le vin et les jeux de hasard. Dis : Il y a en eux un grand péché et quelques profits pour les gens ; mais le péché qu’ils comportent est plus grand que leur utilité. » (2.219) En tant que croyant, je comprends qu’Allah n’a pas interdit cela sans raison : « …le péché qu’ils comportent est plus grand que leur utilité. » C’est-à-dire pour des raisons pratiques. Prenez, par exemple, les relations hommes-femmes. Du point de vue social, il pourrait n’y avoir aucun problème à ce qu’une femme sensée, honnête et croyante reçoive un ami masculin dans son bureau, ou même sous sa tente ou dans sa chambre personnelle. Mais l’expérience humaine a toujours montré que les gens ne se comportent pas tous de la même manière et que l’homme peut être faible ; c’est pourquoi la religion a voulu établir des règles et des prescriptions. Allah dit : « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de préserver leur chasteté, de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît, de rabattre leurs voiles sur leurs poitrines et de ne montrer leurs atours qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou à leurs femmes, ou à leurs esclaves, ou aux serviteurs mâles impuissants, ou aux garçons impubères ignorants des parties cachées des femmes. Qu’elles ne frappent pas du pied de façon à laisser deviner ce qu’elles cachent de leurs parures. Et repentez-vous tous devant Allah, ô croyants, afin que vous réussissiez. » (24.31) Allah entre ici dans le détail parce que, vous le savez, même dans le droit positif, beaucoup cherchent les failles et les dérogations pour obtenir ce qui ne leur appartient pas, pour contourner la loi.
La liberté n’est pas seulement une responsabilité individuelle. C’est aussi une responsabilité collective. Si la Cité (l’État, l’autorité) interdit l’usage des drogues, par exemple, l’objectif est noble ; il s’agit de préserver de nombreuses personnes de la dépendance, de la délinquance. C’est une amāna, un dépôt sacré ; c’est l’intérêt général. Si je suis croyant, le Coran me montre comment me comporter dans la société dans son ensemble. Allah dit : « Recherche, à travers ce qu’Allah t’a donné, la demeure dernière, et n’oublie pas ta part en ce monde ; sois bienfaisant comme Allah a été bienfaisant envers toi, et ne recherche pas la corruption sur terre ; certes, Allah n’aime pas les corrupteurs. » (28.77) Le Coran veut que toi et moi soyons des personnes responsables. Même lorsqu’il s’agit d’élections, je dois voter - si je vote - pour la personne que je pense la meilleure, même si je n’ai personnellement besoin de rien de cette personne ou de son parti. Que j’aille voter ou que je reste chez moi le jour du scrutin, ma responsabilité ne s’arrête pas là. Je suis responsable chaque jour : « …sois bienfaisant comme Allah a été bienfaisant envers toi, et ne recherche pas la corruption sur terre. » (28.77) C’est quotidien ! Au minimum, je ne devrais pas contribuer à la corruption. Car si la corruption devient envahissante, généralisée, tout le monde en souffrira, même les bons croyants. Allah dit : « Et prémunissez-vous contre une épreuve qui n’atteindra pas exclusivement ceux d’entre vous qui ont été injustes. » (8.25) Si une épidémie, par exemple, survient, elle touchera tout le monde.
C’est pourquoi le Coran a voulu organiser notre vie, individuelle et collective, de telle sorte que chacun puisse jouir de la beauté du monde d’une manière décente et légitime, sans nuire à autrui : la vie est un don précieux. Allah veut pour nous la vie, non la mort. Il dit : « Il y a pour vous, dans la loi du talion, une garantie de vie, ô vous doués d’intelligence, afin que vous vous préserviez du mal. » (2.179)
Salomon est cité dans le Coran disant : « Seigneur ! Pardonne-moi et accorde-moi une royauté qui n’appartiendra à personne après moi. Tu es, certes, le Grand Donateur. Nous lui assujettîmes alors le vent, qui, par son ordre, soufflait doucement là où il voulait ; ainsi que les démons, tous bâtisseurs et plongeurs, et d’autres encore, enchaînés : “Voici Notre don ; accorde ou retiens sans avoir à en rendre compte.” » (38.35-39) Bien sûr, tout le monde ne peut pas être Salomon. Tout le monde ne peut pas être riche - même en Amérique ou en Chine. Depuis l’origine, la vie repose sur des dualités, comme le monde entier : le masculin et le féminin, le jour et la nuit, le bien et le mal, le riche et le pauvre, la foi et l’hérésie. Croyants et non-croyants peuvent être pauvres ou riches, mais ils n’abordent pas la vie de la même manière. Même les croyants n’abordent pas toujours la vie de la même façon. D’où l’importance de la guidance. Allah me montre la voie, mais Il ne me forcera pas toujours à faire quelque chose ni ne m’empêchera systématiquement d’agir. Allah dit : « Nous avons effectivement envoyé Nos messagers avec des preuves évidentes, et révélé avec eux le Livre et la Balance afin que les hommes établissent la justice ; et Nous avons fait descendre le fer, dans lequel il y a une force redoutable ainsi que des utilités pour les hommes. » (57.25) Avec un couteau, avec ton argent ou avec ton corps, tu peux faire des choses très différentes. De même que j’ai une empreinte digitale ou oculaire unique, j’ai aussi une psychologie singulière, un destin différent de celui des autres. Mais je ne suis pas totalement maître de mon destin. Même lorsqu’il s’agit de me souvenir d’Allah. Allah dit : « Ceci est un rappel. Que celui qui veut prenne donc un chemin vers son Seigneur. Mais vous ne le voudrez que si Allah le veut. Allah est Omniscient et Sage. » (76.29-30) « Que celui qui veut se rappelle. Mais ils ne se rappelleront que si Allah le veut. » (74.55-56) « …mais Allah vous a fait aimer la foi et l’a embellie dans vos cœurs, et Il vous a fait détester la mécréance, la perversité et la rébellion. Ceux-là sont les bien guidés. » (49.7) Allah « s’interpose entre l’homme et son propre cœur. » (8.24) Mais l’intervention d’Allah dans ma vie diffère généralement selon deux choses : 1) ma foi (le degré de ma foi en Allah) ; 2) le genre de bien qu’Allah veut m’accorder tôt ou tard. « Mon Seigneur est certes Miséricordieux et Plein d’amour. » (11.90) Pourtant, lorsque je quitte mon travail pour la dernière fois, sans aucune alternative en vue, je peux ne pas me soucier du bien qu’Allah me réserve peut-être. Je ne veux pas souffrir. Je ne veux pas de nuits blanches. Je ne veux pas entendre des remarques ni subir des regards qui me rabaissent. Je veux le bonheur maintenant, et pour toujours. Pourquoi serais-je licencié par un être humain comme moi ? Pourquoi d’autres continuent-ils à aller travailler ? Pourquoi d’autres mènent-ils une vie normale ? Ces mêmes questions ont toujours été posées par croyants et non-croyants. La raison seule ne peut y répondre. Nous ne faisons que philosopher, comme je le fais dans ce livre. Nous savons ce qu’il y a dans le Coran, nous voyons ce qui se passe autour de nous, mais il y a des choses que nous ignorons. Et ce sont ces choses que nous ignorons qui rendent parfois toute compréhension si difficile pour toi et moi.
Si je suis un moumine (un croyant), Allah me donne dans le Coran un exemple éclairant de la manière dont je peux mal interpréter Ses actes. L’histoire de Moïse avec Al-Khidr (dans la sourate Al-Kahf) me montre que même un Prophète ne peut pas toujours comprendre le « comportement » d’Allah. Cette histoire montre qu’il est tout à fait normal - c’est humain - que je ne comprenne pas ce qui m’arrive, puisque j’utilise la raison et la logique humaines pour réfléchir à ces choses. Le problème n’est pas la raison en elle-même. Le problème est que nous, humains, fondons notre raisonnement sur des données qui peuvent être incomplètes. Allah, Lui, possède toutes les données : voilà la différence. C’est comme si Allah gérait ton patrimoine à ton insu, mais avec sagesse, dans ton intérêt. Ce qu’Il retire d’une main, Il le compense de l’autre. Dans le Coran, Il dit : « Il se peut que vous détestiez une chose alors qu’elle est un bien pour vous, et il se peut que vous aimiez une chose alors qu’elle est un mal pour vous. Allah sait, et vous ne savez pas. » (2.216) Par exemple, dans l’histoire de Moïse avec Al-Khidr, Allah parle de cet homme qui laissa deux orphelins : « Quant au mur, il appartenait à deux jeunes orphelins de la ville, et il y avait dessous un trésor leur appartenant ; leur père était un homme vertueux ; ton Seigneur a voulu qu’ils atteignent leur maturité et qu’ils extraient leur trésor, par une miséricorde de ton Seigneur… » (18.82) Nous ne connaissons pas l’âge de cet homme à sa mort. Mais quel que soit son âge, c’est ainsi : il a accompli sa mission, il peut se reposer. Allah prendra soin de ses enfants et de sa veuve. Cela devrait m’éclairer personnellement : je dois briser cette barrière psychologique qui me dit qu’à tel âge je dois absolument avoir accompli ceci ou cela, sinon je suis en situation d’échec personnel, ou considéré comme tel. C’est cette barrière psychologique qui nous tourmente, nous traumatise, nous rend fous, aveugles. Et nous continuons à demander : pourquoi ceci ? pourquoi cela ? Parce que nous ne possédons pas toutes les données, nous ne nous soucions pas vraiment de ce qui peut advenir ensuite.
D’où l’importance de la prière d’Istikhara dans laquelle le croyant dit : « Ô Allah, je Te consulte par Ta science et je sollicite Ton assistance par Ta puissance, et je Te demande de Ta grâce immense. Car c’est Toi qui décrètes, et moi je ne décrète pas ; c’est Toi qui sais, et moi je ne sais pas ; et Toi seul détiens la connaissance de l’Invisible. Ô Allah, si Tu sais que cette affaire (mentionner ici l’affaire) est un bien pour moi quant à ma religion, ma vie, ma subsistance et l’issue de mes affaires, présentes et futures, alors décrète-la pour moi, facilite-la-moi, puis mets-y la bénédiction pour moi. Et si Tu sais que cette affaire est un mal pour moi quant à ma religion, ma vie, ma subsistance et l’issue de mes affaires, alors détourne-la de moi et détourne-moi d’elle, et décrète pour moi le bien où qu’il se trouve, puis rends-m’en satisfait. »
Je passais près d’un grand cimetière, rempli de tombes, lorsque la beauté rustique de la vallée fit naître un large sourire sur mon visage. J’oubliai aussitôt le cimetière et pris plaisir à marcher le long des cascades. Telle est la puissance de la tentation ! Mais est-il contraire à l’Islam de ressentir et d’apprécier la beauté du monde ? Est-il contraire à l’Islam d’habiter une magnifique demeure au milieu de la verdure ? Allah dit : « Qui a interdit la parure qu’Allah a produite pour Ses serviteurs, ainsi que les bonnes choses de Sa subsistance ? » (7.30) Cette beauté a été créée pour nous, mais elle peut aussi se retourner contre nous. C’est comme un couteau, vous savez. Allah dit : « On a enjolivé aux hommes l’amour des choses qu’ils convoitent : femmes, enfants, trésors entassés d’or et d’argent, chevaux marqués, bétail et terres. Voilà la jouissance de la vie d’ici-bas. Mais auprès d’Allah est la meilleure demeure. » (3.14) Alors pourquoi existe-t-il de tels plaisirs ? Pourquoi une telle beauté ? Eh bien, c’est le même lieu magnifique pour ceux qui y vivaient autrefois et pour ceux qui y vivent aujourd’hui. La même beauté, les mêmes tentations, le même cimetière. Mais Allah n’a pas créé seulement la beauté. Il a aussi permis qu’existent des choses pénibles - afin que nous réfléchissions.
Même les soldats qui servaient les autorités coloniales françaises n’étaient pas tous français. Beaucoup venaient d’autres colonies françaises. Et les étrangers présents alors dans nos villes et villages n’étaient pas tous français. Il y avait aussi des collaborateurs locaux. Nous avons appris tout cela à l’école. La question est : choisit-on d’être colon dans un pays colonisé ou collaborateur ? Un colon ou un collaborateur local peut avoir une famille et des enfants à nourrir. Ces enfants ne savent pas forcément comment leur père a gagné l’argent qui leur a acheté de bons vêtements, de la bonne nourriture ou une belle maison. Autre question : quelle est la différence entre une maison construite avec l’argent de la collaboration (ou de la corruption) et une maison bâtie grâce à un commerce légitime, par exemple ? Pour un étranger, ce qui compte, c’est l’apparence de la maison : est-elle belle ou non ? Il sera émerveillé par la beauté de la maison, de la voiture, de l’usine, des enfants… même s’il connaît l’origine de l’argent. Parce que les gens regardent l’apparence, non l’origine. Si cet étranger était pauvre, célibataire ou sans abri, qui se soucierait de lui ?
Allah sait tout cela ! Il sait que rares sont ceux qui s’en soucient vraiment. Il dit : « Et ce qu’Il a créé pour vous sur la terre, aux couleurs variées - voilà certes un signe pour des gens qui réfléchissent. » (16.13) C’est pour ceux qui « réfléchissent » qu’Allah a fait cette beauté. Si Allah leur dit : « Celui qui crée est-il semblable à celui qui ne crée pas ? » (16.17), ils répondront certainement : non ! Allah dit : « N’ont-ils pas vu ce qu’il y a devant eux et derrière eux du ciel et de la terre ? (…) Il y a en cela un signe pour tout serviteur repentant. » (34.9) « Un enseignement et un rappel pour tout serviteur qui revient (vers Allah). » (50.8) Ce serviteur repentant (‘abd mounîb) sera sensible à toute beauté : qu’elle soit sauvage, au cœur des bois, ou façonnée par l’homme, comme cette merveilleuse voiture garée devant l’école. Mais ce serviteur repentant ne sera pas trop impressionné par la beauté fabriquée par l’homme lorsqu’il en connaît l’origine. Il accordera autant d’importance à l’apparence qu’à la provenance. Allah dit : « Le mauvais et le bon ne sont pas semblables, même si l’abondance du mauvais te séduit. » (5.100) Ce serviteur repentant sait que tout cela n’est qu’épreuve. Allah dit : « Toute âme goûtera la mort. Nous vous éprouvons par le mal et par le bien, à titre d’épreuve. » (21.35) Mais voici le problème ! Si c’est réellement ce que je crois, alors je serai mis à l’épreuve. Je ne peux pas feindre. Allah dit : « Les gens pensent-ils qu’on les laissera dire : “Nous croyons”, sans les éprouver ? Nous avons certes éprouvé ceux qui les ont précédés. Ainsi Allah connaît ceux qui sont sincères et connaît ceux qui mentent. » (29.2-3) Si je réussis la première épreuve, je dois me préparer à la suivante. La règle est la suivante : plus je m’élève dans mon imane (foi), plus l’épreuve sera difficile. Et je serai éprouvé par les gens autour de moi : des gens qui ont de magnifiques voitures, de belles maisons, de bons emplois, d’adorables enfants… et même par des gens qui n’ont rien du tout. Allah dit : « Nous avons fait de certains d’entre vous une épreuve pour les autres : serez-vous patients ? Ton Seigneur est Clairvoyant. » (25.20) Je serai comme un marin solitaire sur une mer impitoyable, seul - sauf avec Allah. Chaque fois que je franchis une vague dans cet océan monstrueux de tentations, je dis : « À côté de la difficulté est certes une facilité. Oui, à côté de la difficulté est certes une facilité. » (94.5-6) jusqu’à atteindre le rivage avec le moins de dégâts possible. C’est une expérience fascinante.
Eh bien, dira-t-on, je ne suis pas musulman et j’ai servi votre État musulman. Est-il injuste que je sois payé pour cela ? Est-il injuste que vous collaboriez avec mon État non musulman et juste pour moi de collaborer avec votre État musulman ? Deux poids, deux mesures ? C’est une question difficile. Pourtant, nous lisons dans le Hadith : « Le Messager d’Allah nous envoya – moi-même, Az-Zubayr et Al-Miqdâd ibn Al-Aswad – et dit : “Avancez jusqu’à Rawdat Khâkh ; vous y trouverez une femme portant une lettre. Prenez-la-lui et apportez-la-moi.” Nous partîmes au galop jusqu’à Rawdat. Nous trouvâmes la femme et lui dîmes : “Donne-nous la lettre.” Elle répondit : “Je n’ai pas de lettre.” Nous dîmes : “Ou bien tu la sors, ou bien nous te dévêtirons.” Elle la sortit alors de sa tresse. Nous l’apportâmes au Messager d’Allah. Elle provenait de Hâtib ibn Abî Balta‘a et était adressée à des polythéistes de La Mecque, les informant d’une affaire concernant le Prophète. Il dit : “Qu’est-ce que cela, ô Hâtib ?” Il répondit : “Ne te hâte pas contre moi, ô Messager d’Allah ! J’étais un allié des Quraych sans être de leur lignée. Les Muhâjirûn qui sont avec toi ont des proches qui protègent leurs familles et leurs biens à La Mecque. Comme je n’ai pas de lien de sang parmi eux, j’ai voulu leur rendre service afin qu’ils protègent mes proches. Je ne l’ai pas fait par mécréance ni pour renier ma religion, ni pour préférer la mécréance après l’Islam.” Le Prophète dit : “Il a dit la vérité.” ‘Omar ibn Al-Khattâb dit : “Permets-moi de trancher la tête de cet hypocrite !” Le Prophète répondit : “Il a participé à Badr. Et tu ne sais pas : peut-être Allah a-t-Il regardé les gens de Badr et dit : ‘Faites ce que vous voulez, Je vous ai pardonné.’” Et ce verset fut révélé à son sujet : “Ô vous qui croyez ! Ne prenez pas pour alliés Mes ennemis et les vôtres en leur témoignant de l’affection.” »
En d’autres termes, c’est une question de principes et de convictions.
Certaines personnes se dépassent en pratiquant certains sports ou en se lançant dans des aventures particulières. Le serviteur repentant, lui, se dépasse en pratiquant sa foi, sur le terrain, dans la réalité. Dans les deux cas, si je suis un moumine, je fais cela pour le bien de ma propre âme. Allah dit : « Et quiconque lutte, ne lutte que pour lui-même, car Allah Se passe largement de Ses créatures. » (29.6) Le monde est rempli de gens, mais seuls quelques-uns comptent vraiment pour toi. Ta famille et tes amis comptent plus que tous les autres. Il en est de même pour Allah. Dans le Coran, nous lisons : « Laisse-Moi avec celui que J’ai créé seul, à qui J’ai accordé de vastes biens, des fils demeurant auprès de lui, et pour qui J’ai facilité la vie. Pourtant, il désire que J’en ajoute encore… » (74.11-15) Comment quelqu’un comme celui-là pourrait-il compter pour Allah ? Si je veux compter pour quelqu’un, je fais quelque chose pour lui plaire, n’est-ce pas ? Si je veux compter pour Allah, je fais quelque chose pour Lui plaire, n’est-ce pas ? Mais si je peux mentir aux gens, si je peux feindre devant eux, je ne peux pas mentir à Allah. Allah dit : « Ainsi Allah connaît ceux qui sont sincères et connaît ceux qui feignent. » (29.3)
Toutes les tentations, tout l’éclat, toute la beauté du monde ont été créés dans ce but. Allah dit : « (Tout cela) afin qu’Allah éprouve ce qu’il y a dans vos poitrines et purifie ce qu’il y a dans vos cœurs. Allah connaît parfaitement le contenu des poitrines. » (3.154) Et de même que nous révélons à Allah, par nos actes, que nous sommes sincères, Lui nous révèle, à travers nos épreuves, que lorsque tout le monde nous abandonne, Lui seul demeure à nos côtés pour nous soutenir et nous sauver. À mesure que nous connaissons Allah davantage, nous finissons par L’aimer.
En nous créant, Allah a voulu nous manifester Sa beauté et Sa générosité. Il n’avait pas besoin de nous. Il a simplement voulu nous offrir la possibilité de vivre cette expérience terrestre. Allah savait que la terre ne serait pas pour nous un paradis. Il nous a promis un véritable paradis, sans que nous l’ayons mérité, et l’éternité en plus. Mais nous - moi le premier - voulons le paradis ici et maintenant. C’est pourquoi Allah nous donne du temps : pour réfléchir, pour comparer, pour nous souvenir. Heureusement, Allah ne nous punit pas immédiatement. Et Il ne nous punit pas pour tous nos péchés. Même Pharaon, Il ne l’a pas châtié tout de suite. Car Allah sait que lorsque nous nous donnons le temps de réfléchir - sincèrement et de bonne foi - nous aurons naturellement l’occasion de reconnaître Sa droiture et Sa justice dans tout ce qu’Il accomplit.
15
Une princesse ou la fille d’un milliardaire apprécierait-elle la vie dans un palais de la même manière qu’une jeune fille ayant grandi dans les bidonvilles et devenue ensuite l’épouse d’un président ou d’un milliardaire ? L’une comme l’autre pourrait tenir cette vie pour acquise. Il en va de même pour nous tous. Nous aurions probablement tenu la vie au Paradis pour acquise. Nous aurions peut-être pensé que nous valions plus que cela. Satan dit à Adam et Ève : « Votre Seigneur ne vous a interdit cet arbre que pour vous empêcher de devenir des anges ou d’être immortels. » (7.20) Adam et Ève écoutèrent Satan et mangèrent de l’arbre parce qu’ils aspirèrent soudain à quelque chose qu’ils jugeaient plus précieux que le Ciel où ils se trouvaient. Mais Allah, le Beau, le Généreux, voulut qu’il n’y eût rien de plus beau que le Paradis, car c’est « un don d’accueil de la part de leur Seigneur. » (3.198) Si vous êtes hôte et recevez des invités que vous aimez, vous les accueillerez dans le meilleur endroit possible et leur offrirez la meilleure réception possible. Allah n’a pas à « payer » pour le Paradis. « À Allah appartient la royauté des cieux et de la terre. Il crée ce qu’Il veut. » (42.49) Un tel Dieu ne saurait être avare envers les croyants. Allah veut que nous connaissions Sa valeur, que nous L’estimions, que nous appréciions Sa générosité et Sa bonté. S’Il nous fait souffrir dans cette vie d’ici-bas, c’est pour que nous voyions la différence entre ici et là-bas, entre le bonheur que nous cherchons à atteindre par nous-mêmes (et qui, de toute façon, a une fin) et le bonheur qu’Allah veut nous faire goûter pour toujours au Paradis. Autrement dit, Allah veut que nous Le remerciions d’avance pour ce don inespéré. Il veut que nous Le remerciions ici - malgré les privations - car ce sont nos remerciements ici qui comptent. Et pourtant, ceux qui auront passé leur vie à rendre grâce à Allah en ce monde Lui rendront aussi grâce dans l’Au-delà. Ils diront : « Louange à Allah, Qui a tenu envers nous Sa promesse et nous a fait hériter la terre ; nous séjournons dans le Jardin où nous voulons ! Quelle excellente récompense pour ceux qui œuvrent ! » (39.74)
Maintenant, Allah mérite-t-il d'être remercié par avance ou a-t-Il besoin qu'on Le remercie ? C'est là que les avis divergent : certains disent oui (Il le mérite, mais n'en a pas besoin), d'autres ne s'en soucient pas. C'est là que j'ai le choix : je choisis entre croire et ne pas croire. Quand je crois, je réalise qu'en fait, je n'ai pas d'autre choix. Car plus je crois, plus je me sens profondément redevable envers le Tout-Puissant. C'est, en quelque sorte, comme choisir entre fumer et ne pas fumer. Personne ne va m'interdire de fumer, mais si je fume, j'en connais les conséquences. C'est pourquoi Allah dit : "Quiconque fait le bien, c'est pour son bien ; et quiconque fait le mal, c'est contre lui. Et ton Seigneur n'est point injuste envers Ses serviteurs." (41.46) Si je rends grâce à Allah, je le fais d'abord pour sauver ma propre âme, et ensuite, je ne fais que ce qui est juste. J'exprime ma gratitude à mon Seigneur pour m'avoir donné une chance de vivre dans ce monde et une chance de travailler pour une place au Paradis, où je pourrai voir (ou avoir) toutes les choses parfaites que je ne peux voir (ou avoir) dans ce monde. Le Prophète (psl) a dit : "Allah, le Très-Haut, a dit : 'J'ai préparé pour Mes serviteurs vertueux ce qu'aucun œil n'a vu, ce qu'aucune oreille n'a entendu, et ce qui n'est jamais venu à l'esprit d'aucun homme.' Si vous le voulez, récitez (le Coran) : 'Aucune âme ne sait ce qui est réservé pour eux comme réconfort pour les yeux (joie suprême), en récompense de ce qu'ils faisaient.'" (32.17)
Lors d'une émission de radio, on a demandé à un vieux paysan : "Vous souvenez-vous de la famine de 1981 ?" Il a répondu : "Oh, ce n'est rien comparé à la famine de 1945, quand une femme emmenait son bébé loin de chez elle et le laissait devant la maison de quelqu'un d'autre ou au bord de la route, puis elle se retournait pour regarder, le cœur serré, s'arrêtait un instant avant de poursuivre son chemin pour rentrer chez elle." "Cela a dû être douloureux," dit l'intervieweur. "Pensez-vous que ces femmes étaient assez sans cœur pour abandonner ainsi leurs bébés ?" "Mais c'est la famine, mon ami," répondit le paysan. "La faim rend aveugle."
C'est l'aveuglement de l'esprit. Qu'en est-il de l'aveuglement du cœur ? Quand j'écoute certaines émissions de radio, non seulement de mon pays, mais aussi des stations de radio internationales, j'ai parfois l'impression que le monde est plein de misère. J'ai entendu beaucoup de gens parler à la radio pour se plaindre de divers problèmes. Même des célébrités se plaignent de leurs peines de cœur, de leurs expériences horribles avec leurs partenaires, leurs parents, leurs enfants... Certains vont à la télévision en direct pour parler de ces choses. Parallèlement, de jour comme de nuit, j'entends à la radio beaucoup de rires, beaucoup de musique joyeuse, beaucoup de sports, beaucoup de gastronomie, beaucoup de choses qui me donnent l'impression qu'il n'y a pas une seule personne malheureuse dans le monde entier ! J'ai entendu beaucoup de gens utiliser les expressions "Dieu merci", "Thank God", "Alhamdulillah" pour exprimer leur gratitude envers Dieu. Mais j'ai aussi entendu beaucoup de gens se plaindre de Dieu, ou plutôt du Destin. Une question que ces personnes pourraient poser : "Comment se fait-il que Dieu, ce Créateur Tout-Puissant qui sait tout, qui est puissant, miséricordieux, comment se fait-il qu'Il connaisse ma situation pitoyable, qu'Il sache tout de mes souffrances, et pourtant Il ne fasse rien pour changer ma situation ?" C'est une question difficile. Oui, "Il est le Sage, le Parfaitement Connaisseur." (30.54) "Il est Omnipotent." (67.1), mais j'ai peut-être commis des péchés, et mon "Seigneur n'est point injuste envers Ses serviteurs." (41.46) et "Nul ne peut changer Ses paroles. Et Il est l'Audient, l'Omniscient." (6.115) Et même si mes péchés étaient tous pardonnables, je pourrais encore avoir des doutes sur ma foi. Alors Allah voudra peut-être éprouver ma foi en me privant de choses que j'aime. Allah "sait celui qui croit en l'au-delà et celui qui doute à son sujet." (34.21) Même le yaqine (la foi absolue) peut varier d'une personne à l'autre, d'une situation à l'autre. Certaines personnes peuvent avoir besoin de traverser des expériences personnelles, une sorte de connaissance du cœur, pour renforcer leur foi. Ce sont de telles expériences qui feraient qu'un croyant interagisse avec Allah différemment. De telles expériences me feraient dire : Oui, je sais, en tant que croyant, qu'Allah est "le Sage, le Parfaitement Connaisseur" (30.54) et "Il est Absoluteur et Aimant" (11.90), mais Allah est aussi "Puissant, Détenteur du pouvoir de punir" (14.47) ; et j'ai péché, quels que soient mes péchés. Alors quand j'ai un problème, je "L'invoque avec crainte et désir." (7.56) Je crie vers Allah "avec désir et crainte." (21.90) J'invoque Allah avec crainte car je sais qu'Il peut me punir pour mes péchés. Je L'invoque avec espoir car je sais qu'"Il est Absoluteur et Aimant" (11.90) et qu'"Il est Omnipotent." (67.1) Ce n'est pas parce qu'Allah dit "Quand Nous voulons une chose, Notre seule parole est : 'Sois' ; et elle est." (16.40) que je devrais m'attendre à ce qu'Il exauce ma prière immédiatement. Ce à quoi je devrais m'attendre, c'est qu'Allah peut - quand Il le veut - exaucer ma prière. C'est ce qui est important pour moi. Quand je suis dans une situation difficile, certaines personnes au bon cœur voudraient m'aider mais ne le peuvent pas. Que pourriez-vous faire en voyant un enfant brûler derrière les fenêtres d'un appartement dans une tour en feu ? Que pourriez-vous faire en voyant des gens emportés avec leur voiture dans une crue soudaine ? Il me suffit, en tant que croyant, qu'Allah puisse m'aider quand Il le veut. Pour ma part, je dois essayer autant que possible d'éviter tout ce qui pourrait courroucer Allah et L'amener à me punir en premier lieu. Je devrais faire autant de bien que possible - si je le peux - et ensuite espérer le meilleur. Personne ne va dicter à Allah ce qu'Il doit faire. Si j'ai des questions, Allah aussi aurait des questions à me poser : M'as-tu remercié pour l'emploi que Je t'ai aidé à trouver... ou as-tu plutôt répondu en péchant ? Aimerais-tu que d'autres personnes soient ingrates envers toi ? Alors, qui devrais-tu blâmer pour cette dette que tu ne peux plus rembourser maintenant que tu es sans emploi ? Ce n'est pas Allah qui va me dire cela. Si je suis un bon croyant, c'est ma nafs lawama ("l'âme qui ne cesse de blâmer (son propriétaire)" (75.2)) qui va me soumettre à une telle auto-analyse. Cela signifie que si j'ai mal agi, je dois en assumer la responsabilité. Je dois réparer le mal. Je dois au moins avoir une certaine décence envers mon Seigneur, Qui dit : "Allah ne modifie point l'état d'un peuple, tant que les [individus qui le composent] ne modifient pas ce qui est dans leurs cœurs." (13.11) En d'autres termes, je ne devrais pas m'attendre à ce qu'Allah me donne quelque chose pour lequel je n'ai rien fait de bon en retour. Allah dit : "A cause de l'habitude des Quraysh : leur habitude (consistant) à voyager en hiver et en été. Qu'ils adorent donc le Seigneur de cette Maison (la Kaaba) qui les a nourris contre la faim et rassurés de la crainte." (106.1-4) Ce pour quoi je devrais prier, avant tout, c'est la hidaya (la guidance). "Guide-nous dans le droit chemin, le chemin de ceux que Tu as comblés de faveurs." (1.6-7) De plus, je devrais prier pour al-khachya (la crainte révérencielle de Dieu). Parce que sans hidaya et sans khachya, je peux facilement m'égarer. La hidaya est mon passeport. Al-Khachya est mon visa.
Dans le Coran, nous lisons : "Allah accorde Ses dons sans compter à qui Il veut." (3.37) "Il dispense (Ses biens) comme Il Lui plaît." (5.64) Cela signifie qu'Allah donnerait même à ceux qui ne prient pour rien, qui ne font rien pour Lui. C'est mon piège. C'est ce qui me ferait dire : puisque Allah donne à ces gens-là, pourquoi ne me donne-t-Il pas aussi, à moi qui crois en Lui et m'efforce de Lui plaire ? C'est un piège ! Que puis-je faire pour éviter de tomber dans le piège, si je n'y suis pas déjà tombé ? Eh bien, je dois simplement tirer une leçon de mes expériences personnelles. Mes expériences personnelles devraient m'enseigner, par les faits, que "Si Allah fait qu'un mal te touche, nul autre que Lui ne peut l'écarter. Et s'Il fait qu'un bien te touche... Il est Omnipotent. Il est le Dominateur Suprême sur Ses serviteurs. Et Il est le Sage, le Parfaitement Connaisseur." (6.17-18) Une fois que j'aurai appris cela, je pourrai comprendre pourquoi Allah m'a privé de quelque chose que j'aimais. Allah dit : "Si Allah attribuait la subsistance avec largesse à [tous] Ses serviteurs, ils commettraient des abus sur la terre. Mais Il fait descendre avec mesure ce qu'Il veut. Il est, certes, Parfaitement Connaisseur de Ses serviteurs et Clairvoyant." (42.27) Si je suis honnête avec moi-même, je dois me demander : suis-je devenu une meilleure personne quand Allah m'a donné ceci ou cela la dernière fois ? Ai-je remercié Allah pour Son don, ou ai-je plutôt répondu en péchant ?
Allah dit : "Voilà pour celui qui craint Ma Présence et qui redoute Ma menace." (14.14) Que me dit ce verset ? Eh bien, il me dit : STOP ! Où vas-tu ? Que veux-tu ? Veux-tu servir Allah ou veux-tu qu'Allah te serve ? Ce sont des questions légitimes. Je devrais y répondre, si je suis un bon croyant. Je devrais mettre de côté un instant toutes mes demandes et prières, et commencer à me poser des questions sur les choses que j'ai déjà obtenues. Aux informations, nous entendons quelque chose comme : "C'est le pire ouragan depuis 30 ans. Beaucoup de gens ont tout perdu." C'est dur à vivre, même pour des croyants dévots. Ce n'est facile pour personne de tout perdre du jour au lendemain. Mais quand je vois que de telles choses n'arrivent pas exclusivement à des nations ou des pays spécifiques, je dois me poser des questions. La sécheresse, par exemple, a frappé les gens même du temps des prophètes. Elle est arrivée aux adeptes de Moïse (psl) de son vivant. Elle est arrivée aux adeptes du Prophète Muhammad (psl) de son vivant, aux compagnons du Prophète durant le règne de Umar Ibn al-Khattab et d'autres bons dirigeants. À quoi penserais-je en me posant ces questions ? Eh bien, je penserais à ces (plus ou moins heureuses/paisibles/normales...) 28 années entre l'ouragan/la sécheresse/l'incendie/la guerre dévastateur(-trice) actuel(le) et le/la précédent(e). Je penserais, je l'espère, au temps où j'avais de l'eau et de l'électricité toute la journée, toute l'année... avant les démoralisantes coupures d'électricité quotidiennes. Je devrais penser aux dons, à la générosité et à la patience d'Allah pendant tout ce temps où je n'appréciais pas vraiment ces dons.
Maintenant, supposons que je sois certain que quelqu'un m'aime énormément et tienne énormément à mon amour, comment pensez-vous que je réagirais ? Eh bien, si je suis reconnaissant, j'essaierais au moins de ne pas le/la blesser ou choquer, même si je n'éprouve pas de sentiments particuliers pour cette personne. Si je suis ingrat, je pourrais penser qu'il est normal qu'une telle personne m'aime encore plus que cela et fasse l'impossible pour me plaire. Alors je ne m'en soucierais pas, je montrerais à cette personne que je ne l'aime pas, etc. Que se passe-t-il dans ce cas ? Eh bien, je pourrais un jour regretter d'avoir perdu l'amour de cette personne. C'est la conséquence de l'arrogance. Allah n'aime pas cela. Il a dit à propos du peuple de Pharaon : "Puis lorsqu'ils Nous eurent irrité, Nous Nous vengeâmes d'eux et les noyâmes tous." (43.55)
Ainsi, ces événements terribles qui me poussent à poser des questions existentielles devraient être pour moi un rappel. Je devrais me souvenir qu’Allah est plus puissant que les individus, plus puissant que les États, plus puissant que les empires. Pourquoi Allah a-t-Il fait subir la sécheresse aux gens alors qu’ils recevaient encore Ses révélations par l’intermédiaire de leurs prophètes ? La réponse est claire et simple : Allah veut que l’humanité sache que « Ce qu’Allah accorde aux hommes de Sa miséricorde, nul ne peut le retenir ; et ce qu’Il retient, nul ne peut ensuite le libérer. Il est le Puissant, le Sage. Ô hommes ! Rappelez-vous le bienfait d’Allah envers vous ! Existe-t-il un créateur autre qu’Allah qui vous pourvoie du ciel et de la terre ? Il n’y a de divinité que Lui. Comment donc pouvez-vous vous détourner ? » (35.3) Ce n’est pas le gouvernement qui crée les emplois ; c’est Allah Qui crée les conditions de la croissance économique, où Il veut et quand Il veut. Un gouvernement incapable d’éviter une grande crise économique ne peut pas, du jour au lendemain, créer des millions d’emplois ! C’est Allah Qui est le Seigneur du monde. L’État peut construire autant de ponts et de routes que son budget le lui permet. Allah peut faire s’effondrer tout cela en quelques heures. En même temps, lorsque l’État, directement ou indirectement, détruit l’environnement par une pollution abjecte et provoque sécheresses et inondations, Allah demeure le dernier recours pour mettre fin à la sécheresse ou maîtriser les crues.
Souvenez-vous : dans les années 1980, la moitié de l’humanité vivait sous le seuil de pauvreté. Inutile de citer des pays, vous les connaissez. Cela signifie-t-il que tous les politiciens qui gouvernaient le monde auparavant étaient incapables ? Puis, beaucoup de pays qui ont connu pendant un temps une croissance économique spectaculaire sont devenus victimes d’une inflation démentielle et de dettes extérieures impossibles à rembourser. Est-ce donc l’État ou Allah Qui crée les conditions de la croissance économique, où Il veut et quand Il veut ? Parfois, il y a tellement d’emplois que même le gouvernement ne peut y faire face sans modifier les lois sur l’immigration.
Quand je pense à tout cela, je devrais être émerveillé qu’Allah, Qui doit gouverner le monde entier avec tous ses problèmes et sa complexité, puisse « trouver du temps » pour penser à moi également. « Mon Seigneur ni ne se trompe ni n’oublie. » (20.52) Ce sentiment que mon Dieu est le Seigneur du monde est ma meilleure assurance. Lorsque je rends grâce à Allah – pour ce qu’Il m’a déjà donné – je brise les barrières psychologiques imaginaires qui me séparent de Lui ; je purifie mon cœur de tous ses complexes. En me réconciliant avec mon Dieu, par le repentir, je guéris mon cœur de mon ego superficiel. En faisant tout cela, je me mets entièrement entre les mains du véritable Seigneur. Allah dit : « Et Allah domine dans Son entreprise, mais la plupart des hommes ne savent pas. » (12.21) « Et que leur parole ne te chagrine pas (Ô Muhammad). La puissance appartient entièrement à Allah. Il est l’Audient, le Savant. » (10.65) « Dis : Invoquez ceux (saints et anges) que vous supposez être des dieux à côté de Lui ; pourtant ils n’ont aucun pouvoir pour vous épargner le malheur ni pour changer quoi que ce soit. » (17.56) « Ils ne mesurent pas Allah à sa juste mesure. Certes, Allah est Fort, Tout-Puissant. » (22.74) « Et rien n’existe dont Nous n’ayons les trésors. Et Nous ne les faisons descendre qu’en mesure déterminée. » (15.21) « Et il n’existe pas de bête sur terre dont la subsistance ne dépende d’Allah. Il connaît son habitat et son dépôt. Tout est consigné dans un Livre clair. » (11.6) « Combien d’animaux y a-t-il qui ne portent pas leur propre provision ! Allah pourvoit à eux et à vous. Il est l’Audient, le Savant. » (29.60) Alors je ne peux qu’incliner volontairement, consciemment, avec chaque cellule de mon corps, avec chaque parcelle de mon âme, devant Allah, le Seigneur des Mondes.
Cela signifie-t-il que l’État est inutile, que le gouvernement est redondant ? Pas du tout. Quand un homme au pouvoir m’aide, c’est bien de sa part, et je devrais le remercier pour cela – même s’il ne le fait que pour être réélu ou pour augmenter les ventes de ses futurs mémoires. Je devrais le remercier parce que, comme le Prophète (paix et bénédictions sur lui) l’a dit : « Celui qui ne remercie pas les gens ne peut remercier Allah Tout-Puissant. »
Maintenant, devrais-je accepter l’aide des gens ? Pourquoi pas ? Je ne devrais pas considérer cela comme une aide dirigée seulement vers ma personne, mais vers l’humain en moi. Lorsque je travaille et passe des heures au travail, avec toutes les conséquences à long terme sur ma santé, je ne fais pas cela seulement pour le bien de mon âme. Je le fais pour le bien de la société dans son ensemble. Quand on élève un enfant pendant des années et des années, ce n’est pas seulement pour son plaisir personnel. C’est pour le bien et l’intérêt de la nation également. Cet enfant pourrait devenir un soldat pour défendre la nation, un enseignant pour éduquer les générations futures, ou un médecin pour soigner les patients à venir. Ainsi, je ne devrais pas avoir honte de recevoir de l’aide – qu’il s’agisse d’argent public ou de dons privés – lorsque je ne peux pas m’aider moi-même. Aujourd’hui, je suis celui qui a besoin d’aide ; demain, je pourrais être celui qui aide quelqu’un d’autre. C’est ça, la solidarité. Allah veut deux choses : la gratitude envers Lui et la solidarité entre les êtres humains. Quand quelqu’un me donne quelque chose (une aide), il peut le faire pour être remercié ou simplement pour manifester le côté humain/humain en lui - pour se sentir une personne décente et utile. Lorsque Allah me donne quelque chose de bon, c’est comme s’Il me disait : « Hé, ceci est juste pour te rappeler le Paradis. » Allah dit (à propos d’Ibrahim (paix sur lui)) : « Nous lui avons donné sa récompense dans ce monde, et dans l’Au-delà il sera assurément parmi les justes. » (29.27) Quand Allah me soumet à quelque chose de douloureux, c’est comme s’Il me disait : « Hé, ceci est juste pour te rappeler l’Enfer. » Allah dit : « Ne voient-ils pas qu’ils sont éprouvés une ou deux fois chaque année ? Et pourtant ils ne se repentent pas et ne prêtent pas attention. » (9.126) En d’autres termes, Allah se soucie de moi. Il ne veut pas que j’aille en Enfer. Il veut que j’aille au Paradis. Même le Coran décrit la mort comme une « mosibah », une « calamité ». (9.106) Comment puis-je me fier à quelque chose qui, dans le meilleur des cas, se terminera par une mosibah ? C’est encore plus effrayant que de perdre sa maison !
D'ailleurs, quand une calamité survient, une catastrophe naturelle, on ne ressent pas vraiment une très grande différence entre un pays riche et un pays pauvre. La souffrance est la souffrance. On peut secourir les gens ici avec des hélicoptères et là-bas avec des petits bateaux ou des animaux. Le rythme de la reconstruction peut différer et pourtant, on ne peut qu'être étonné de constater que malgré des catastrophes naturelles dévastatrices et récurrentes (la mousson en Asie du Sud-Est, par exemple), la vie continue comme si de rien n'était. Cela pourrait changer à l'avenir, je ne sais pas. Mais, au moins jusqu'à présent, chaque année il y a une mousson et c'est pourtant là que se trouve la plus grande population du monde. Les maisons sont reconstruites, les villages sont reconstruits, les villes sont reconstruites, et les touristes y retournent. Malgré la mousson, les gens jouent au cricket chaque année. Malgré l'ouragan, les gens vont aux concerts, dans les stades et sur les terrains de golf chaque année. Ce que je veux dire, c'est qu'en tant que croyant, je devrais considérer ces événements terribles comme des messages, comme un rappel. Je dois me rappeler qu'en tant qu'humain, je suis faible. Mon pouvoir a des limites. Je ne suis pas "chez moi" : je ne suis qu'un invité dans ce monde. Beaucoup de gens étaient ici un jour. Moi aussi, je partirai un jour. L'avion peut m'offrir le meilleur confort, dans la meilleure Première Classe du monde, mais je ne suis qu'un passager. Je peux vivre dans une maison digne d'un Cinq Étoiles, mais à ma mort, elle cessera d'être mienne. Allah dit : "Voici que c'est Nous, Seuls, Qui héritons la terre et tout ce qui s'y trouve, et c'est vers Nous qu'ils seront ramenés." (19.40) "Tout ce qui est sur elle [la terre] doit disparaître. Seule subsistera la Face (Wajh) de ton Seigneur, plein de Majesté et de Noblesse." (55.26-27) "Vous ne pouvez échapper (à Lui) ni sur terre ni dans le ciel, et vous n'avez en dehors d'Allah, ni ami ni secoureur." (29.22) "Allah reçoit les âmes au moment de leur mort, et celle qui ne meurt pas encore, dans son sommeil. Il retient celle dont Il a décrété la mort et renvoie les autres jusqu'à un terme fixé. Voilà bien des signes pour des gens qui réfléchissent." (39.42)
Mes jours sont comptés chaque jour. Je ne fais que passer. Je suis comme une balle de tennis jetée sans cesse entre le lever et le coucher du soleil. Le lever du soleil me lance vers le coucher et le coucher du soleil me renvoie vers le lever : je ne peux pas arrêter le temps. Et un jour, je réaliserai à quelle vitesse je vieillis. Le Coran me dit : "Faites prématurément (de bonnes œuvres) pour vos âmes, craignez Allah, et sachez que vous Le rencontrerez (un jour). Et annonce la bonne nouvelle aux croyants, (ô Muhammad)." (2.223) Alors, que puis-je faire d'autre que chercher une relation paisible plutôt que conflictuelle avec mon Seigneur ? Quand je reconnais ma faiblesse vis-à-vis d'Allah, Lui aussi me dit : "Allah veut vous alléger (les fardeaux), car l'homme a été créé faible." (4.28) Par conséquent, lorsque je commets une erreur, Allah prendra en compte ma faiblesse. Parce qu'Il est "Absoluteur, Aimant" (11.90) "Et c'est Lui l'Absoluteur, l'Aimant." (85.14) "Ceux qui évitent les plus grands péchés et les turpitudes, sauf les fautes légères... Certes, ton Seigneur est d'une immense miséricorde. Il vous connaît parfaitement (depuis le moment) où Il vous a créés de la terre, et quand vous étiez cachés dans les ventres de vos mères. Ne vous vantez donc pas d'être purs. Il connaît parfaitement celui qui Le craint (et s'éloigne du mal)." (53.32) Quand Allah sait que je ne veux pas Lui faire la guerre, que je ne cherche pas à L'antagoniser, Il transforme ma faiblesse en force.
Qu'est-ce que cela signifie pour moi de reconnaître que je suis faible vis-à-vis d'Allah ? Cela signifie que je ne veux pas qu'Allah regrette de m'avoir créé. Je veux qu'Il soit fier de moi. Comment ? Allah dit : "Qu'importe à Allah votre châtiment si vous êtes reconnaissants (pour Ses bienfaits) et croyez (en Lui) ? Allah est Plein de Gratitude (envers Ses serviteurs), Omniscient." (4.147) "Ô vous qui croyez ! Mangez des bonnes choses que Nous vous avons attribuées, et remerciez Allah, si c'est Lui que vous adorez." (2.172) Comme je l'ai dit, je ne suis qu'un invité dans ce monde. Oui, je peux travailler et gagner de l'argent. Mais je ne peux pas tout faire pour que ma vie soit facile. Je ne peux pas fabriquer mes vêtements moi-même. Je ne peux pas fabriquer mon vélo moi-même. J'ai besoin d'une télé, j'ai besoin de suivre l'actualité. J'ai besoin de légumes et de fruits. J'ai besoin d'électricité et d'eau à la maison. Que ferais-je de mon argent s'il n'y avait pas d'autres personnes pour fabriquer toutes ces choses pour moi ? Je peux être financièrement indépendant, mais jamais autosuffisant. J'ai aussi besoin d'air pur. J'ai besoin du soleil. J'ai besoin de sommeil. J'ai besoin d'une bonne santé. Donc Allah a pensé à toutes ces choses avant de nous créer. Il dit : "Est-ce eux qui distribuent la miséricorde de ton Seigneur ? C'est Nous Qui avons réparti entre eux leur subsistance dans la vie présente, et élevé certains d'entre eux au-dessus des autres par degrés, afin que les uns prennent les autres à leur service. Mais la miséricorde de ton Seigneur est meilleure que ce qu'ils amassent." (43.32) C'est pourquoi Il dit : "Ne convoitez pas ce par quoi Allah a favorisé certains d'entre vous par rapport à d'autres. Aux hommes, une part de ce qu'ils acquièrent, et aux femmes, une part de ce qu'elles acquièrent. (Ne vous enviez pas) mais demandez à Allah de Sa grâce. Car Allah est, certes, Omniscient." (4.32)
Maintenant, au lieu de me demander pourquoi Allah donne à ces gens qui ne croient pas en Lui, je devrais me demander : pourquoi ne recherche-je pas l'aide d'Allah tout en voulant Le servir ? Pourquoi ne respecté-je pas les décisions d'Allah ? Si Allah veut donner à untel, qu'il en soit ainsi ! Ce qui est important pour moi, c'est qu'Allah peut me donner aussi. Mais je dois d'abord me préparer à recevoir le don d'Allah. Il y a une différence entre ce qu'Allah m'a donné avant - sans que je mérite ce qu'Il m'a donné - et me donner quelque chose maintenant ou dans le futur comme récompense pour quelque chose que j'ai fait pour Lui plaire. Une récompense n'est pas comme un cadeau. Je n'obtiendrai aucune sorte de récompense sans faire de sacrifices. Quand cette récompense arrive, je la considère comme une miséricorde d'Allah. Tout comme quand quelqu'un m'aide (par amour) ou fait quelque chose pour moi (pour de l'argent), je considère cela aussi comme une miséricorde d'Allah. Personne ne peut m'aider ou faire quoi que ce soit pour moi "sauf par la permission d'Allah", de toute façon. Pensez à une personne riche quand elle tombe malade. Son argent peut-il lui rendre la santé "sauf par la permission d'Allah" ? Alors je considère la miséricorde d'Allah comme un signe de la grandeur d'Allah. Mais en réalisant combien Allah est grand, combien Allah est puissant, je ne peux m'empêcher de ressentir une certaine crainte de Lui. Je réaliserais que même la crainte d'Allah est en réalité une miséricorde. C'est pourquoi les bons croyants implorent Allah de leur accorder la khachya (la crainte révérencielle d'Allah). La crainte d'Allah est une sorte de vaccination spirituelle. Je suis croyant, mais je suis un être humain après tout. Je peux être faible parfois parce que j'ai les mêmes instincts, les mêmes désirs, les mêmes peurs que n'importe qui. La vie est imprévisible. Je ne sais pas ce qui peut m'arriver demain. Je peux être intelligent, mais je ne peux pas savoir ce qui se passe dans la tête des autres. Je peux être trahi, je peux être trompé, je peux être déçu, je peux être humilié, je peux perdre des choses qui me sont essentielles aujourd'hui. Donc, si je compte sur mes propres capacités comportementales, sur mes compétences en communication, sur mon intelligence exceptionnelle, (bref, sur mes compétences relationnelles), je pourrais encore être surpris de devoir faire face à des personnes particulièrement méchantes qui n'auraient aucune pitié pour moi. Nous avons vu à travers l'histoire, même des rois et des empereurs trahis d'où ils ne s'y attendaient pas. D'où l'importance de la crainte d'Allah. Si je crains Allah, je ferai de mon mieux pour éviter le mal, tout en gardant à l'esprit que je peux encore tomber dans des moments de faiblesse. Si quelque chose de mal m'arrive (comme châtiment divin pour mes péchés passés ou présents), je suis la victime, pas l'agresseur. Si je suis la victime et que je suis un bon croyant, Allah m'aide malgré mes péchés passés. Il dit : "Allah défend ceux qui croient. Allah n'aime aucun traître ingrat." (22.38) Si je suis l'agresseur, "Allah n'aime pas les agresseurs." (2.190) Il pourrait donc ne pas m'aider. Mais cela ne signifie pas, cependant, que je doive rester sans rien faire quand on m'attaque. J'ai le choix de réagir de la manière qui me convient le mieux. Allah dit : "Quiconque vous attaque, attaquez-le d'une manière similaire à son attaque. Craignez Allah, et sachez qu'Allah est avec ceux qui Le craignent (et s'écartent du mal)." (2.194) Quand j'essaie d'éviter le mal, je crains Allah, pas les gens. C'est cela la taqwa, la piété envers Allah. La taqwa signifie que je suis le contrôleur de mon propre comportement. Je surveille mes propres actes. Et c'est logique. C'est ce qu'une personne sensée devrait faire. Et Allah s'adresse aux gens sensés, appelés dans le Coran "les hommes d'entendement". Allah dit : "Dis : Le mauvais et le bon ne sont pas pareils, même si l'abondance du mal te séduit. Craignez donc Allah, ô hommes d'entendement, afin que vous réussissiez." (5.100)
Quand j'y pense, je réalise que tout cela est bon pour moi. Pourquoi est-ce que j'adore Allah après tout ? Eh bien, Allah dit : "Ô hommes ! Adorez votre Seigneur, Qui vous a créés, vous et ceux qui vous ont précédés, ainsi atteindrez-vous à la piété." (2.21) "Craignez donc Allah, afin que vous soyez reconnaissants." (3.123) J'adore Allah d'abord pour pouvoir éviter le mal, c'est-à-dire pour être pieux envers Lui, en signe de gratitude et de révérence pour Lui. C'est ainsi que je me libère de la peur des gens et que je deviens bienveillant, autant que possible, envers les créatures d'Allah. Ce faisant, j'évite beaucoup de problèmes inutiles. En étant bon, de moins en moins de gens souffriront de mes actes, se plaindront de moi ou penseront à me nuire, surtout quand je suis indépendant (financièrement, etc.). Parfois, la gentillesse est malheureusement prise pour un signe de faiblesse, même par des proches. Cependant, en suivant ce chemin de paix, je me retrouve à mener une vie plutôt paisible (malgré le mal occasionnel de certains adeptes de Satan lors de mes épreuves ou comme punition pour mes propres péchés). Par conséquent, je vois le bénéfice de ma Foi. Je vois que la religion est bonne pour moi. Je sens que la Foi n'est pas seulement des paroles, ou un lavage de cerveau ; qu'elle a des effets positifs concrets sur ma vie quotidienne. Alors j'en remercie Allah : je vois, à travers cela, la grandeur et la sagesse d'Allah.
Le Prophète (psl) a dit : "Par Celui qui tient mon âme dans Sa main, si vous ne commettiez pas de péchés, Allah vous balaierait de l'existence et vous remplacerait par des gens qui commettraient des péchés et demanderaient pardon à Allah, et Il leur accorderait Son pardon." Est-ce un appel aux croyants à commettre des péchés ? Allah dit : "Ô vous qui croyez ! Allah vous éprouvera sûrement par quelque gibier que vos mains et vos lances peuvent atteindre, afin qu'Allah connaisse celui qui Le craint en secret. Quiconque après cela transgresse aura un châtiment douloureux." (5.94) Ce n'est qu'un exemple des conditions qu'Allah créerait pour vous, pour moi, afin de tomber. La dernière décision reste entre mes mains.
Un autre exemple : je suis devant quelque chose que j'aimerais beaucoup avoir pour moi. Je peux le voler sans jamais être remarqué. La tentation est forte. Si je résiste, je suis sauvé. Si je succombe, je m'expose au châtiment d'Allah, et non à celui d'un humain. Dans le Coran, nous lisons : "… mais les diables ont mécru, enseignant aux gens la magie et ce qui fut révélé aux deux anges à Babel, Harut et Marut. Et ceux-ci (les deux anges) n'enseignaient rien à personne sans dire : 'Nous ne sommes qu'une tentation. Ne sois donc pas mécréant (en apprenant la magie).' Et ils apprenaient auprès d'eux ce qui sépare l'homme de son épouse. Mais ils ne nuisaient par là à personne, sauf par la permission d'Allah. Et ils apprenaient ce qui leur nuisait et ne leur profitait pas…" (2.102)
Donc, si j'échoue à l'épreuve et que je pèche, je serai puni. Ma punition, je l'espère, me ramènera sur le chemin d'Allah. Ainsi, Allah reste toujours présent dans mon esprit. Certains croyants redoutent de telles situations. Ils ne veulent pas pécher du tout. Ils ne veulent pas commettre d'actes abominables. Mais il y a d'autres personnes qui redoutent les al-khatarat (les mauvaises pensées), et pas seulement les al-'atharat (les mauvais actes) ; ils ne veulent même pas penser à commettre le moindre péché ! C'est le degré de la wilaya (l'Alliance avec Dieu, la protection de Dieu). Allah dit : "En ce cas, la protection n'appartient qu'à Allah, le Vrai. Il est le Meilleur pour la récompense et pour la conséquence finale." (18.44) C'est le sommet de la pyramide, si vous voulez. Allah dit : "Il élit pour Sa miséricorde qui Il veut. Allah est Détenteur d'une grâce immense." (3.74) Ce sont ces gens qui veulent servir Allah plutôt que d'attendre qu'Allah les serve. C'est pourquoi Allah leur a préparé un degré spécial au Paradis. Il dit : "Et les devanciers (dans la foi), les devanciers (dans la récompense). Ce sont ceux-là les plus rapprochés d'Allah, dans les Jardins de délices." (56.10-12) "Y a-t-il d'autre récompense pour le bien que le bien ?" (55.60)
Est-ce un "groupe fermé" ? Le Coran dit : "Et les devanciers (dans la foi), les devanciers (dans la récompense). Ce sont ceux-là les plus rapprochés d'Allah, dans les Jardins de délices. Une multitude d'élus parmi les premières générations, et un petit nombre parmi les générations tardives." (56.10-14) Allah dit dans le Coran : "Peu de Mes serviteurs sont reconnaissants." (34.13) Comment puis-je être reconnaissant, "un serviteur reconnaissant" (17.3) ? Il y a un exemple clair dans le Coran : "(Ils étaient) la descendance de ceux que Nous avons transportés (dans l'arche) avec Noé. Il était vraiment un serviteur reconnaissant." (17.3) Mais c'est un prophète. Je ne suis pas un prophète. Comment puis-je être comme lui ? Le Coran dit : "Craignez donc Allah, afin que vous soyez reconnaissants." (3.123) "Et c'est Lui Qui a établi l'alternance de la nuit et du jour pour quiconque veut réfléchir ou montrer sa reconnaissance." (25.62) "Et quiconque fait le bien de son propre chef, (pour lui) Allah est Plein de Gratitude, Omniscient." (2.158) "Nous avons créé l'homme d'une goutte de sperme (mélangé) pour l'éprouver. Puis Nous l'avons fait entendant, voyant. Nous l'avons guidé dans le chemin, - qu'il soit reconnaissant ou ingrat." (76.2-3) "Ô vous qui croyez ! Endurez, surpassez les autres en endurance, soyez prêts, et craignez Allah, afin que vous réussissiez." (3.200) Combien de personnes sont prêtes à faire cela ? Rien d'étonnant à ce qu'Allah dise : "Peu de Mes serviteurs sont reconnaissants." (34.13) "Vous êtes peu reconnaissants !" (67.23)
Si je ne peux pas être patient quand je perds une chose, comment puis-je remercier Allah pour toutes les choses qu'Il m'a déjà données ? C'est une question de Foi (croyance) et de foi (intention). Allah dit : "Si vous êtes reconnaissants, Je vous donnerai davantage." (14.7) "Et quiconque fait le bien de son propre chef, (pour lui) Allah est Plein de Gratitude, Omniscient." (2.158) C'est pourquoi Allah dit : "Il y a vraiment là des signes pour tout cœur patient et reconnaissant." (31.31) Ces gens qui sont patients et reconnaissants ne se plaignent pas du Destin. Ils ne veulent pas une vie facile du début à la fin. Ils sont prêts pour les épreuves et les sacrifices. Mais cela ne signifie pas, cependant, qu'ils imploreraient Allah de les toucher par l'affliction et l'adversité. Ils seraient seulement patients et reconnaissants, quoi qu'il leur arrive.
Salomon (psl) est cité dans le Coran disant : "Cela est de la grâce de mon Seigneur, pour m'éprouver si je suis reconnaissant ou ingrat. Quiconque est reconnaissant, c'est pour son propre bien ; et quiconque est ingrat, alors mon Seigneur Se suffit à Lui-même et Il est Généreux." (27.40) Si je suis un bon croyant, je dois savoir qu'il est normal pour moi de rendre grâce à Allah. Sinon, pourquoi croirais-je en Lui ? Allah dit : "Mangez donc de ce qu'Allah vous a attribué de licite et de bon. Et soyez reconnaissants pour les bienfaits d'Allah, si c'est Lui que vous adorez." (2.172) "Si vous êtes ingrats, alors Allah Se passe de vous, bien qu'Il n'agrée pas l'ingratitude pour Ses serviteurs. Et si vous êtes reconnaissants, Il l'agrée pour vous. Nul pécheur ne portera le fardeau d'un autre. Puis c'est vers votre Seigneur qu'est votre retour ; et Il vous informera de ce que vous faisiez. Il connaît parfaitement le contenu des poitrines." (39.7) La gratitude est une vertu, n'est-ce pas ? Allah veut que nous ayons des vertus, non des vices. Quand Allah dit "Ne seront-ils donc pas reconnaissants ?" (36.73) c'est comme s'Il disait : Pourquoi croiriez-vous si vous ne Me remerciez pas ?
Encore une fois, c'est une question de foi (intention). Je ne peux pas croire en Allah "sauf par Sa permission". Et je ne peux pas faire le bien "sauf par Sa permission". Allah dit : "Mais vous ne voudrez, que si Allah veut. Allah est Omniscient et Sage." (76.30) Si seulement j'avais une bonne foi ! Allah me dit : "À chacun une direction vers laquelle il se tourne. Rivalisez donc dans les bonnes œuvres. Où que vous soyez, Allah vous réunira tous. Allah est Omnipotent." (2.148) Alors laissez-moi dire "D'accord". Et ensuite, Allah m'aide à croire en Lui, à faire le bien pour Lui, à Le remercier... Allah dit : "Parmi eux, il en est qui devancent (les autres) dans les bonnes œuvres, par la permission d'Allah. Telle est la grâce immense !" (35.32) "Et n'eût été la grâce d'Allah sur vous et Sa miséricorde, nul d'entre vous n'aurait jamais été pur. Mais Allah purifie qui Il veut. Allah est Audient et Omniscient." (24.21) C'est pourquoi les bons croyants disent (comme dans le Hadith) : "Ô Allah, aide-nous à T'invoquer, à Te remercier, et à T'adorer parfaitement."
Comme je l'ai dit précédemment, Allah s'adresse aux "hommes d'entendement" (5.100), aux gens (hommes et femmes) qui utilisent leur raison pour voir ce qui est bon pour eux. Allah n'a pas besoin de mes remerciements. Il est plus grand que tout remerciement, mais n'en a pas besoin. Si je suis reconnaissant envers Allah, Lui aussi est Reconnaissant. Il dit dans le Coran "Allah est Plein de Gratitude, Omniscient." (2.158) "Allah est Absoluteur et Plein de Gratitude." (42.23) "Si vous êtes reconnaissants, Je vous donnerai davantage." (14.7) C'est une relation d'"amour" réciproque. Je prends soin d'Allah, Il prend soin de moi. Je n'ai rien à donner à Allah, Lui a beaucoup de choses à me donner.
Pour simplifier les choses, imaginons l'amitié entre un grand empereur et son jardinier. L'empereur fait preuve de tendresse et de générosité envers le jardinier. Il le protège et lui donne une certaine assurance. Le jardinier, de son côté, fait preuve d'un respect total, d'une loyauté inébranlable et même d'un amour indéfectible pour son maître. Cette image est trop simpliste pour simplifier, ne serait-ce qu'un peu, la relation qui devrait exister entre un croyant et Allah. Mais elle a au moins le mérite de nous aider à comprendre que c'est l'empereur qui doit fournir la protection et que le jardinier ne doit en aucun cas manquer de respect à son maître. Dès l'instant où j'admets qu'Allah est mon maître, le Seigneur, et que je me soumets à Lui, avec tout le respect dû à Sa personne, j'ai le droit d'aspirer à Sa protection. Le Coran lui-même parle de "tijara" (commerce) entre le croyant et le Seigneur. J'honore ma part du pacte, puis Allah me dit, à tous : "Soyez fidèles à Moi, Je tiendrai Mon engagement." (2.40) "Et qui est plus fidèle à son engagement qu'Allah ?" (9.111)
En me soumettant à la volonté d'Allah, je ferais inévitablement des sacrifices, lesquels, en principe, devraient être récompensés, et qui plus est par une juste compensation. Pourtant, ce n'est pas parce que j'ai fait ce qu'Allah m'a demandé de faire que je mérite cette récompense. Il m'a déjà donné tant de choses ! La vie qu'Il m'a donnée est inestimable. Un œil, un bras ou une jambe qu'Il m'a donnés sont inestimables. Il m'a donné tout cela et plus encore sans que je Le Lui demande. Et par-dessus tout, il y a un bonus : le Paradis. Tout le monde aurait normalement droit au Ciel s'il n'y avait pas une sorte de compétition. Je veux le paradis ? Eh bien, je fais un effort pour l'obtenir !
Ainsi, pour les bons croyants, exprimer sa gratitude, c'est exprimer son amour, tout comme aider les autres, c'est leur donner une chance d'aimer Allah à leur tour. Allah ne veut pas que je croie en Lui simplement par bonté. Il veut que je croie en Lui parce que c'est la vérité. Il veut que je croie en Lui afin de me préparer à Sa rencontre, de préparer "mon retour" au Paradis. Allah dit : "Dis : Je ne suis qu'un homme comme vous. Il m'est révélé que votre Dieu est un Dieu unique. Quiconque, donc, espère rencontrer son Seigneur, qu'il fasse de bonnes œuvres et qu'il n'associe personne dans l'adoration de son Seigneur." (18.110)
Quelle est l'alternative, je me demande ? Il y a soit Dieu, soit Satan. Je dois choisir. Allah dit : "Quiconque prend Satan pour allié en dehors d'Allah est, certes, un perdant avéré." (4.119) Oui, je ne peux pas voir Satan (Lucifer) dans la rue. Mais Allah dit : "Ô enfants d'Adam ! Que Satan ne vous tente pas, comme il a fait sortir vos parents du Jardin, leur arrachant leur vêtement pour leur montrer leur nudité. Il vous voit, lui et sa tribu, d'où vous ne les voyez pas. Nous avons fait des diables les alliés de ceux qui ne croient pas." (7.27) Allah (Qui a créé Satan) dit aussi : "Le prendrez-vous, ainsi que sa descendance, pour alliés en dehors de Moi, alors qu'ils sont vos ennemis ?" (18.50) Est-ce que je choisirais un ennemi pour ami ? Cela n'a pas de sens. Allah parle même des "diables parmi les hommes et les djinns, qui s'inspirent mutuellement des paroles enjolivées par tromperie." (6.112) Comment puis-je savoir que cette personne est "un ange" et celle-ci "un diable" ? J'ai besoin d'une lumière spéciale pour distinguer l'un de l'autre. Allah dit : "Ô vous qui croyez ! Craignez Allah et croyez en Son messager. Il vous accordera double part de Sa miséricorde, et vous donnera une lumière pour vous guider, et Il vous pardonnera. Allah est Absoluteur et Miséricordieux." (57.28) "Vos parents ou vos enfants : vous ne savez pas lequel est plus utile pour vous." (4.11) "Ô vous qui croyez ! Il y a parmi vos épouses et vos enfants des ennemis pour vous. Prenez-y garde. Mais si vous passez outre, pardonnez et oubliez, alors Allah est Absoluteur et Miséricordieux. Vos biens et vos enfants ne sont qu'une tentation, alors qu'auprès d'Allah est une récompense immense." (64.14-15) Comment puis-je "me méfier d'eux" ou de quiconque si je n'ai pas cette "lumière spéciale" venant d'Allah ? Comment puis-je être un bon croyant si Allah ne m'aide pas à voir cette lumière ? Allah dit : "Et celui à qui Allah n'a pas accordé de lumière n'a pas de lumière." (24.40) "N'eût été la grâce d'Allah envers vous et Sa miséricorde, vous auriez suivi Satan, sauf quelques-uns." (4.83) En tant que croyant, j'ai besoin de cette grâce d'Allah. Et ensuite, tout mon travail - encore en tant que croyant - ne vaudrait rien si Allah ne l'acceptait pas. "Allah n'accepte (l'offrande) que de la part de ceux qui Le craignent." (5.27) "Mais quiconque tient sa promesse et craint Allah... alors Allah aime ceux qui Le craignent." (3.76)